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Djemilev nominé au prix Sakharov à contretemps

© AFP 2021 SERGEI SUPINSKYMustafa Dzhemilev, historical leader of the Crimean Tatar National Movement and former Soviet dissident speaks to journalists during his interview for AFP in Kiev on May 6, 2014.
Mustafa Dzhemilev, historical leader of the Crimean Tatar National Movement and former Soviet dissident speaks to journalists during his interview for AFP in Kiev on May 6, 2014. - Sputnik France
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Le Parlement européen a nominé Moustafa Djemilev parmi les 3 finalistes pour le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. Un choix des plus surprenants alors que ce militant de la cause tatare a abandonné la non-violence et prône désormais la lutte armée.

J'ai une sympathie particulière pour Moustafa Djemilev, leader des Tatars de Crimée, un peuple déporté en 1944 par Staline en raison de leur relation ambiguë avec les nazis pendant l'occupation. Le retour de ce peuple en Crimée a été long et pénible. Djemilev a dû passer par les camps, l'exil, les grèves de la faim avant d'être autorisé à s'installer en Crimée. La réhabilitation des Tatars de Crimée ne fut achevée qu'en 1990 par Gorbatchev.

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Je vous en parle en connaissance de cause, car je suis descendant d'un autre peuple déporté par Staline trois ans plus tôt : les Allemands de Russie. À la différence des Tatars de Crimée, les Allemands de la Volga n'ont jamais pu retrouver leur autonomie culturelle. Alors, étant moi-même concerné, j'ai toujours apprécié Djemilev pour son intransigeance et surtout pour son choix en faveur de la non-violence dans sa lutte contre les injustices.

Mais aujourd'hui, en 2016 je trouve que sa nomination au prix Sakharov pour la liberté de l'esprit est un choix plus que polémique. Tout simplement parce qu'en 2016, il est n'est plus question de non-violence…

Le Majlis, organisation des Tatars de Crimée fondée par Djemilev et qu'il soutient toujours, s'est violemment opposé au rattachement de la Crimée à la Russie. Tout le monde le sait et on pourrait respecter cette position. Mais ce qu'on ignore, c'est que cette fois-ci, l'organisation n'a pas fait le choix de la résistance passive à la Tolstoï, Gandhi ou encore Andreï Sakharov, dont le prix du Parlement européen en faveur des militants des droits de l'Homme porte le nom. Bien au contraire, c'est une logique de guerre qui l'a clairement emporté pour le Majilis.

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Le bataillon ethnique Asker, entièrement composé de Tatars de Crimée a été créé avec la bénédiction de Djemilev qui le qualifie lui-même de « bataillon des martyrs ».

Selon Djemilev, 450 combattants tatars sont en guerre contre la rébellion pro-russe dans la région est-ukrainienne du Donbass.

Des militants d'Asker ont lancé des ballons à la frontière de la Crimée avec des slogans menaçants tels que « Les Russes : la valise — la gare — la Russie » ou encore « La Crimée est une terre promise par Dieu aux Tatars de Crimée ». Le message envoyé à la majorité de la population criméenne était clair et ce n'est pas celui de la paix.

Les militants proches de Djemilev bloquent le commerce entre l'Ukraine et la Crimée en arrêtant les camions. Ils prônent également une interdiction totale pour les touristes ukrainiens de passer leurs vacances chez les « occupants » et les « collabos ». Étonnant. N'est-ce pas le même langage qu'utilisait Staline en déportant nos ancêtres ?

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On pourrait également lui reprocher une position ambiguë face à la branche criméenne du mouvement islamiste Hizb ut-Tahrir, classé comme terroriste par les services de sécurité russes pour son sectarisme, et la haine contre les autres religions. Djemilev se refuse en effet à les condamner et ne considère pas ces proches de Frères Musulmans comme dangereux.

J'espère que les Russes, les Tatars et les Ukrainiens recevront un jour leur prix Nobel de la Paix, lorsque ces les trois peuples parviendront à trouver pacifiquement des compromis difficiles sur la reconnaissance de la Crimée, comme l'ont fait Yitzhak Rabin et Yasser Arafat en 1992. Mais le Palestinien et l'Israélien ont reçu ce prix Nobel lorsqu'ils ont accepté le compromis et non lorsqu'Arafat menait l'Intifada pendant que Rabin appelait à casser les bras des Palestiniens.

Pour cette même raison, le moment n'est pas venu de donner le prix Sakharov à Djemilev. Pas encore.

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