L'ordre du jour de Donald Trump freiné par l'establishment américain

Moscou espérait un changement de la politique russe de la Maison blanche après l'élection de Donald Trump.

Le président américain avait même souligné dans ses interventions publiques qu'il souhaitait conclure un certain « pacte avec la Russie ». Pourtant, le chef de l'État américain a ordonné d'attaquer une base aérienne de l'armée syrienne la semaine dernière. Puis l'ambassadrice des USA auprès de l'Onu Nikki Haley a annoncé d'éventuelles nouvelles sanctions contre la Russie et l'Iran pour leur soutien à Bachar al-Assad. Avant cela, pendant une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité des Nations unies, elle avait dit que la Russie n'avait manifestement « pas réussi à remplir la mission de détruire l'arme chimique syrienne ».

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On avait déjà entendu Nikki Haley affirmer le caractère inflexible de la position américaine sur la Crimée et rejeter sur Moscou la responsabilité des événements dans le Donbass. Les déclarations de Rex Tillerson sur la Russie quand sa candidature pour le poste de secrétaire d'État était étudiée par le congrès ne contenaient pas non plus de compliments à l'égard de la politique du Kremlin. Cependant, Moscou considérait tout cela comme un jeu forcé de Trump face à un establishment critique envers lui.

Les autorités russes voyaient en lui un homme d'affaires qui privilégierait les intérêts américains palpables et concrets, et non les idées de protection des valeurs démocratiques à travers le monde malgré toute son extravagance et sa verve. On aurait pu attribuer aux « intérêts américains » la défaite de l'État islamique, comme Donald Trump l'avait promis aux électeurs pendant et après la présidentielle. A terme, le nouveau locataire de la Maison blanche aurait pu également avoir besoin d'une stabilisation de la situation avec l'Iran. Et la Russie était prête à aider.

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En parlant de pacte avec la Russie, Donald Trump ne mentait probablement pas ni ne lançait de paroles en l'air. Toutefois, Moscou n'est pas l'unique acteur avec qui le président américain voudrait ou devra conclure des accords: il y a également la Chine dont le président a été reçu récemment par Trump à Washington, ou encore l'establishment américain. Donald Trump a besoin d'une entente avec eux certainement encore plus qu'avec la Russie car il a les mains et les pieds liés par l'establishment qui ne lui permet pas de mener sa politique. Le congrès a approuvé la frappe contre la Syrie, qui pourrait justement faire partie de cette entente.

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L'establishment fait pression sur Donald Trump et on enquête sur les contacts de ses conseillers avec des représentants russes. Dans cette atmosphère, le président est contraint de se distancer ostentatoirement de Moscou, même si à terme cette distance instaurée s'avérera infranchissable. La presse occidentale rapporte que Rex Tillerson, perçu initialement par Moscou comme un secrétaire d'État raisonnable et retenu, va venir en Russie avec un ultimatum: laisser tomber Assad en échange d'une place au G8. Que ce soit le cas ou non, en planifiant sa visite à Moscou Tillerson ne pensait probablement pas que l'arme chimique syrienne serait le thème principal. Le thème et le ton lui sont essentiellement imposés par ce fameux establishment auquel les Américains ont dit « non » pendant l'élection.

Peut-être que Donald Trump est réellement intéressé par une entente avec la Russie, qu'il la considère comme possible et même inévitable. Mais la Russie doit savoir qu'en concluant un tel accord le président américain veut être en position de force. Il peut frapper Assad, s'assurer le soutien de Paris et de Berlin et ne pas susciter de réaction dure de Pékin. Il peut user de l'argument de l'arme chimique — et il sera entendu ( du moins on fera semblant de l'entendre ). Alors que la Russie ne dispose pas de telles capacités aujourd'hui.

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