Attentat déjoué : quand le terrorisme s’invite dans la campagne

© AFP 2022 Boris HORVATFrench soldiers, policemen and firefighter vehicles are seen at the site of a police search at the home of one of the two men arrested, as they were suspected of preparing an attack just days ahead of the first round of France's presidential vote on April 18, 2017 in the third district of Marseille.
French soldiers, policemen and firefighter vehicles are seen at the site of a police search at the home of one of the two men arrested, as they were suspected of preparing an attack just days ahead of the first round of France's presidential vote on April 18, 2017 in the third district of Marseille. - Sputnik Afrique
Cinq jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, deux individus suspectés de vouloir perpétrer un attentat ont été arrêtés à Marseille en possession d’armes et d’explosifs. Sur une vidéo d’allégeance à « Daech », interceptée par les services britanniques, François Fillon apparait.

Deux individus fichés « S » suspectés de préparer un attentat « imminent » sur le territoire ont été interpellés mardi 18 avril dans le IIIe arrondissement de Marseille par les hommes de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et du Raid. Un évènement à fort retentissement dans la dernière ligne droite d'un scrutin déterminant pour le pays et d'une campagne électorale déjà placée sous haute surveillance.

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Une attaque, possiblement kamikaze à en croire les déclarations de François Molins, procureur de la République, qui dès mardi soir a détaillé devant la presse l'arsenal retrouvé lors de la perquisition de l'appartement des deux suspects: au pistolet-mitrailleur Uzi, armes de poings, grenades et couteaux de chasse, s'ajoutent des ceintures d'explosifs bourrées de boulons, un procédé ayant pour but d'accroître l'effet destructeur de l'engin. Histoire de bien cadrer les motivations des deux suspects, un drapeau de l'État islamique a également été retrouvé sur place.

Ce matin, si certains médias mettent en parallèle les frappes opérées en Syrie et en Irak contre « Daech » et le lourd bilan payé par la population française ces deux dernières années en matière de terrorisme (238 morts), pour l'essayiste et géopolitologue Frédéric Encel, professeur de relations internationales à la PSB Paris School of Business et maître de conférences à Sciences Po Paris, les djihadistes visent avant tout la France pour ce qu'elle représente et non pour ses interventions extérieures.

« Ces gens-là détestent l'idée de nation, détestent évidemment la République française qui intègre, qui assimile, qui accueille depuis des décennies de nombreuses personnes notamment d'origine musulmane — y compris des femmes —. Et nous sommes des démocrates. Ils ont absolument horreur de ça et c'est la raison pour laquelle ils nous frappent et certainement pas parce que nous intervenons ici et là dans le monde. »

On remarquera que cette ligne semble partagée par les autorités. Côté Renseignement, on reste évasif concernant la cible des terroristes présumés, évoquant là aussi que c'est le processus électoral qui était visé plus qu'un candidat en particulier. Cependant, dans la presse, c'est le nom de François Fillon qui revient le plus. En cause, le candidat Républicains avait été le premier averti et placé sous la protection permanente de six officiers de sécurité, en fin de semaine, alors qu'il était en déplacement dans la région. En cause certainement, une vidéo interceptée par les services britanniques où la photo de François Fillon — en Une du Monde — apparaît.

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Le candidat a réagi, saluant le travail des forces de l'ordre. Il a également appelé à ne pas « focaliser le débat sur des questions de sécurité, surtout sur la mienne », estimant que « tout le monde est menacé aujourd'hui ». Un constat que semble partager Frédéric Encel, pour qui « il n'est pas certain que les terroristes islamistes choisissent véritablement leurs cibles pour leurs choix politiques », évoquant des frappes jusque-là plus « aveugles » que « symboliques ». Le géopolitologue exclut ainsi tout calcul de la part des terroristes visant à influencer un vote plus qu'un autre en visant un candidat déterminé. « Les djihadistes ont quand même une dimension nihiliste et apocalyptique qu'il ne faut pas négliger », insiste-t-il.

Cependant, certains éléments semblent entrer en contradiction avec cette thèse. Dans l'arsenal saisi par la police judiciaire figurent des charges de TATP (acronyme de triperoxyde de triacétone). Un explosif artisanal puissant « prisé des djihadistes » pour sa facilité de production. Surnommé la « veuve de Satan », il est connu pour être particulièrement instable. Instable et facile à produire, deux éléments qui laissent à penser que l'attentat était prévu à Marseille ou ses environs. Le Figaro évoquait ce matin cette hypothèse, révélant par ailleurs que sur les trois kilos de cet explosif retrouvés dans l'appartement des deux terroristes présumés, « une partie était prête à l'emploi ». On notera que le TATP a déjà été utilisé lors des attentats de Paris le 13 novembre 2015 et de Bruxelles le 22 mars 2016.

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S'ils ciblaient François Fillon, pourquoi ces deux individus originaires de Roubaix auraient-ils été louer un appartement à Marseille pour préparer leur attentat avant de parcourir près de 1 000 km avec ces substances instables? En effet, le candidat tient ce soir un meeting à Lille — avec un dispositif de sécurité renforcé. Certainement plus à la portée des deux djihadistes en herbe, Marine Le Pen réunit ses partisans ce mercredi soir… au dôme de Marseille.

Concernant le profil des deux suspects, Mahiedine Merabet et Clément Baur, fichés « S » et jusque-là condamnés respectivement douze et deux fois pour des faits de droit commun. Selon la famille de Mahiedine (29 ans), il se serait radicalisé au contact de Clément (23 ans), lors d'un séjour à la maison d'arrêt de Lille-Séquédin. Les deux individus auraient par la suite vécu en colocation à Roubaix. Une ville du nord déjà marqué par le djihadisme international, lorsqu'au milieu des années 90, un groupe de combattants proche d'Al-Qaida, revenu de Bosnie, avait entrepris de financer la mouvance en s'adonnant à des braquages.

Pour en revenir à Marseille, Clément se serait — selon François Molins — converti à l'islam et radicalisé à l'âge de 14 ans au contact de la communauté tchétchène de Nice. D'ailleurs, il utilisait l'alias d'un djihadiste tchétchène de la filière de Verviers. Clément aurait également montré une volonté de s'envoler pour la Syrie dès mars 2015, à sa sortie de prison.

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Leur arrestation met en tout cas un terme à plusieurs jours de traque, les deux individus étant sous le coup d'une enquête du parquet de Paris, ouverte le 12 avril pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle » et « infraction à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste ». Enquête qui reprend, à la suite de la découverte par services britanniques d'une vidéo d'allégeance à Daech, les deux enquêtes préliminaires ouvertes à l'encontre de Mahiedine Merabet et Clément Baur, respectivement les 5 et 10 avril.

Traque qui ne s'est pas limitée au seul territoire français, en effet le parquet Fédéral belge a dans un communiqué en date du 19 avril signalé la coopération des services antiterroristes de Lièges avec leurs homologues français ces derniers jours. Clément avait en effet séjourné dans la capitale économique wallonne, où il n'avait pas manqué d'attirer la curiosité des autorités locales.

Un bel exemple d'échange d'informations entre services, trop rare hélas à l'heure où les terroristes circulent librement dans l'espace Schengen.

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