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La Russie, la Turquie et l'Iran réparent les erreurs des USA

© AP Photo / Hassan AmmarA Syrian boy rides a bike adorned with a Syrian flag as Syrians families, who were displaced from east Aleppo last month, return to their homes in the Hanano district of eastern Aleppo, Syria, Sunday, Dec. 4, 2016.
A Syrian boy rides a bike adorned with a Syrian flag as Syrians families, who were displaced from east Aleppo last month, return to their homes in the Hanano district of eastern Aleppo, Syria, Sunday, Dec. 4, 2016. - Sputnik France
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Jeudi 4 mai, les représentants de la Russie, de l'Iran et de la Turquie - pays garants du cessez-le-feu en Syrie - ont signé à Astana un mémorandum pour la mise en place d'une "zone de désescalade" sur le territoire syrien.

Pour le moment il est question de quatre zones susceptibles d'être fermées à l'aviation, comme le souhaitaient les Américains. Il ne s'agit pourtant pas d'une concession au profit de Washington: cette décision s'inscrit dans le cadre d'une stratégie plus complexe, inaccessible aux États-Unis.

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A l'issue de la signature du mémorandum à Astana, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Jaberi Ansari a précisé que les préparatifs nécessaires à la création de ces quatre zones de sécurité prendraient un mois, après quoi le mémorandum entrerait en vigueur. La veille, le porte-parole du président russe Dmitri Peskov avait commenté les résultats des pourparlers entre les dirigeants de la Russie et de la Turquie et déclaré qu'en cas de cessez-le-feu dans les zones de désescalade en Syrie, ces dernières deviendraient des zones d'exclusion aérienne.

De son côté, l'opposition armée syrienne s'est dite prête à évoquer la mise en place de zones de sécurité — ce qui est déjà un exploit en soi. Désormais tout bute sur les détails: la géographie de ces zones, la composition de la population, et surtout qui et comment contrôlera le respect du cessez-le-feu et des accords par ceux qui resteront vivre sur ces territoires.

Certains ont déjà pratiquement perçu dans cette idée un accord direct entre la Russie et les USA de partager la responsabilité en Syrie — ou du moins l'esquisse d'un tel accord. Initialement l'idée des "zones de sécurité" avait été proposée par Washington à l'époque du président Obama. Ce dernier suggérait également des "zones d'exclusion aérienne" selon le modèle utilisé à une époque par les USA et par l'Otan en Irak, simplement en "découpant" le pays suivant une ligne horizontale. Donald Trump a repris cette idée pratiquement sans rien y apporter de nouveau, hormis le fait que sa diplomatie n'a pas exclu la Russie de ce processus.

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Les USA n'ont aucun accès à la majeure partie du territoire syrien à l'exception de certaines régions kurdes, et ils pénètrent dans l'espace aérien de ce pays uniquement sur autorisation du contingent russe. Pendant la brève période où le mémorandum sur la prévention des incidents aériens a été suspendu (après la frappe américaine contre la base aérienne syrienne) leur aviation ne pénétrait plus du tout en Syrie. De plus, Washington n'est pas prêt à installer des contingents américains dans la province d'Idleb.

Les négociations ne font que commencer. Les paramètres de la proposition changeront encore plusieurs fois mais il est déjà clair que la voie la plus prometteuse n'est pas tant l'idée des "zones d'exclusion aérienne" que la création de forces de maintien de la paix avec les militaires de trois pays n'ayant pas participé au conflit jusque-là. Il est question de "quelques pays arabes" et des Brics.

Les pays du monde arabe qui ne sont pas impliqués dans la guerre civile en Syrie au niveau national se comptent sur les doigts d'une main: c'est le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, ainsi que les Émirats arabes unis qui, en opposition à l'Arabie saoudite, adoptent une position plus souple de la question syrienne et ne s'ingèrent pas dans les affaires intérieures de Damas.

Quant aux Brics, il est peu probable que les soldats chinois soient déployés plus à l'est que la Mongolie-Intérieure. Pour des notions idéologiques, Pékin ne s'ingère pas dans les conflits qui ne relèvent pas directement de sa sphère d'intérêts.

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L'Inde ne convient pas non plus: pour les islamistes radicaux les hindous et les sikhs ne sont pas des humains mais des polythéistes. L'apparition en Syrie de contingents indiens ne ferait pas que les transformer en cible sans défense, mais donnerait également une nouvelle impulsion au conflit.

Même chose pour l'armée de l'Afrique du Sud où il n'existe plus d'unités "blanches" depuis longtemps malgré la présence d'officiers boers. Cependant, les musulmans arabes ont globalement une attitude négative envers les personnes noires. Certes, les musulmans africains ou afro-américains font déjà partie de l'oumma mondiale, mais une attitude suspicieuse perdure envers eux. Il n'y a pratiquement pas de musulmans en Afrique du Sud: selon le dernier recensement, près de 1,3% de la population sont des descendants de migrants datant de l'Empire britannique; ils ne formeraient donc même pas une compagnie.

Quant à l'armée brésilienne, le mystère reste entier. En effet, elle compte jusqu'à 200 000 hommes et il serait évidemment possible de les envoyer sur un théâtre d'opérations compte tenu de l'orientation pro-américaine du gouvernement actuel, mais le Brésil doit actuellement gérer ses nombreux problèmes et le président par intérim Michel Temer ne voudra probablement pas irriter davantage le pays indigné pas ses réformes de choc. Le fait que Temer soit d'origine arabe et descendant de réfugiés orthodoxes du Liban n'a pas d'importance — au Brésil et en Colombie ils représentent une couche influente de la population entièrement formée de réfugiés chrétiens du Liban et de Palestine après la proclamation d'Israël et la radicalisation de la population islamique locale.

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Néanmoins, si des forces internationales de maintien de la paix étaient créées, on pourrait s'attendre à une internationalisation potentielle du conflit. Et cela ne ressemblerait pas à un "accord secret" entre Moscou et Washington. La mention fréquente du "régime d'exclusion aérienne" fait plutôt référence à la position pas encore complètement formulée de la nouvelle administration américaine sur la Syrie.

La question suivante est de savoir où seront mises en place ces zones. Leur superficie, pour l'armée contemporaine, ne dépassera pas le taux d'erreur mathématique à l'exception d'Idleb en tant que province. La responsabilité du régime d'exclusion aérienne dans la région pourrait être assumée de manière paritaire par la Turquie, qui n'a pas réussi à poursuivre l'offensive dans les régions kurdes et à El Bab. Le mémorandum mentionne également les territoires de la ville de Homs dans la Ghouta orientale et au sud de la Syrie. Mais les limites plus précises feront l'objet de futurs débats enflammés.

Il faut savoir qu'un premier tir dans la "zone de désescalade" entraînera une riposte immédiate. Le principal travail sans lequel la création d'un mécanisme efficace de contrôle du cessez-le-feu est impossible n'a toujours pas été mené, à savoir séparer nettement et définitivement les troupes armées prêtes à la trêve et les djihadistes avec qui il est inutile de parler. Même parmi ceux qui sont venus à Astana il n'y a pas d'unité, ni de compréhension de qui est qui. Il est donc prématuré de parler d'un tel mécanisme sur le territoire syrien.

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Selon certaines informations, Bachar al-Assad serait d'accord pour la mise en place de "zones de désescalade" à condition qu'elles ne violent pas l'intégrité territoriale de la Syrie et ne le menacent pas, ni lui ni son clan. De son côté, Moscou souligne qu'il est doit être précisément question de maintenir l'intégrité de la Syrie en tant qu'État, ce qui n'empêche de modifier quelque peu sa structure interne au profit d'une plus grande décentralisation en accordant des garanties constitutionnelles aux minorités ethniques et religieuses. Mais jusque là, les versions proposées de la nouvelle Constitution sont rejetées par l'opposition, qui exige une plus grande libéralisation (pas des grandes libertés mais une économie et une structure étatique plus libérales dans le sens occidental du terme), alors que les attaches géographiques et ethniques concrètes deviennent inévitablement l'objet d'un marchandage.

Du point de vue de la pratique diplomatique internationale, l'envoi de contingents de maintien de la paix dans un pays tiers nécessitera un plan commun approuvé par l'Onu — ou au moins un semblant de mandat. Une opération de l'Onu ne pourrait pas être menée en Syrie: il s'agirait plutôt d'une intervention opérationnelle qui nécessiterait, de toute façon, des fondements juridiques.

Il est prématuré de parler d'un "complot" entre Moscou et Washington ou de sa préparation. Même à Astana, la délégation américaine dispose d'un statut d'observateur. On ignore sur quels groupes les Américains exercent actuellement de l'influence. Peut-être déjà plus sur aucun.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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