«L'activité de certains médias en Russie est coordonnée depuis l'étranger»

« Le terme de " persécution " n'est pas adéquat. Nous ne persécutons ni CNN ni Voice of America », a déclaré Leonid Levine, chef de la commission pour la politique de l'information, les technologies de l'information et la communication à la Douma ( chambre basse du parlement russe ).

Après que le député a présenté son rapport, la Douma a décidé d'inviter la direction du Service fédéral de sécurité (FSB) afin de comprendre de quelle manière l'espace informationnel russe était influencé. Selon une interview au site d'info Vzgliad.

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Les députés ont étudié vendredi un rapport sur l'activité de la presse américaine en Russie, et ont conclu que les médias liés aux USA tentaient de s'ingérer dans les affaires intérieures du pays. Les députés ont également l'intention de former une commission spéciale pour enquêter sur les cas similaires. Il a également été décidé de poursuivre les débats avec la participation du directeur du FSB Alexandre Bortnikov. Le président de la Douma Viatcheslav Volodine a annoncé que le directeur serait invité en juin-juillet à tenir un discours à huis clos.

Le rapport sur l'activité des médias américains travaillant en Russie et leur conformité à la loi russe a été présenté par Leonid Levine, chef de la commission pour la politique de l'information à la Douma. Ce document, préparé depuis mars, vise à répondre à la sénatrice démocrate américaine Jeanne Shaheen qui a soupçonné la chaîne Russia Today (RT) de violer la loi américaine sur les agents étrangers. Dans son pays, Jeanne Shaheen avait soumis un projet de loi accordant au ministère de la Justice des pouvoir supplémentaires pour une enquête contre RT.

De leur côté, les experts de la commission de la Douma ont analysé la couverture de la campagne législative russe de l'an dernier par les radios Voice of America — Radio Liberty et la chaîne CNN. Leonid Levine note que ces médias ont mené une vaste campagne appelée à remettre en question la nature démocratique du système électoral en Russie. « Il y a eu seulement 2 % de publications positives », a indiqué le chef de la commission. Selon lui, « on a relevé une coordination de la propagation du contenu de structures américaines rattachées au ministère de la Défense et au département d'État (des USA) ».

Dans son interview Leonid Levine évoque la manière dont les autorités russes devraient poursuivre les rédactions mentionnées.

- Monsieur Levine, que pouvez-vous répondre à ceux qui pourraient dire que votre rapport et les audiences plénières ne sont rien d'autre d'une réponse symétrique de la Douma pour contrarier les Américains?

— Tout le monde peut avoir son avis, mais il existe des procédures. Alors que la Russie est pratiquement accusée d'avoir pratiquement nommé le président des USA, le Sénat américain a décidé d'examiner un projet de loi pour restreindre l'activité de médias russes aux États-Unis. C'est cet événement qui a provoqué la directive protocolaire du député Konstantin Zatouline. La Douma l'a soutenu en décidant d'organiser une réunion afin d'établir dans quelle mesure l'activité des médias américains en Russie était conforme à notre législation.

Nous nous sommes basés sur l'évaluation de la législation électorale, étant donné que c'est sur ce fondement que les Américains nous accusent de leur côté.

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Nous avons évoqué ce sujet avec des experts, avec des services de surveillance spéciaux et il s'est avéré que de nombreux faits montraient que la loi russe était bafouée. Selon les experts, la présentation des informations est unilatérale. Les publications ne partagent qu'une seule vision. Il n'y a pas d'avis différents concernant les événements en Russie.

- Le gouvernement n'est-il pas tenté d'ignorer toutes les critiques? Car si un journaliste ou un blogueur d'opposition vous critique, cela signifie qu'il a été payé depuis l'étranger. Et vous l'inscrivez immédiatement sur les listes de ceux qui reçoivent certainement un salaire au Pentagone?

— Nous avons de nombreux médias d'opposition. Nous saluons la liberté d'expression et le pluralisme. Nous ne parlons en l'occurrence que de la présentation unilatérale des informations par les médias mentionnés. Si, par exemple, il est question des partis russes, tous, à l'exception de Iabloko et de Parnas, sont mentionnés uniquement en des termes négatifs. Dans l'ensemble, quand il est question des événements en Russie, les experts adoptent toujours une position négative.

- Le rapport mentionne également CNN. Mais faut-il poursuivre cette chaîne? Elle a un public étroit, qui est anglophone.

— Le terme de "persécution" n'est pas adéquat. Nous ne persécutons ni CNN ni Voice of America. CNN est enregistré comme un média et travaille en Russie. Voice of America et Radio Liberty, par contre, sont enregistrés auprès du ministère des Affaires étrangères mais ne disposent pas de licence. Dans le même temps ils travaillent pour un public russophone. L'auditoire de ces médias n'est pas grand mais souvent, ce sont ces médias qui servent de source pour promouvoir des informations dans l'espace médiatique russe.

- Le rapport indique que la politique rédactionnelle d'environ un tiers des structures médiatiques qui travaillent en Russie est contrôlée depuis l'étranger. Admettons que ce soit le cas et que les rédacteurs des journaux d'opposition se concertent sur leurs publications avec des superviseurs étrangers. Et alors? Après tout c'est également la liberté d'expression. Ils se concertent s'ils veulent.

— Ce n'est pas mon avis, c'est l'avis des experts. Ils pensent que de nombreuses thèses se répètent et par conséquent, selon les intervenants, l'activité de certains médias est contrôlée depuis l'étranger.

- Autrement dit, en l'occurrence vous n'êtes pas entièrement d'accord avec les experts?

— Cette information nécessite des vérifications supplémentaires. J'ai soutenu l'initiative d'inviter la direction du FSB à la Douma. Je rappelle que notre assemblée a adopté plusieurs lois importantes en ce sens. Les investisseurs étrangers peuvent aujourd'hui posséder au maximum 20 % des parts dans les médias. Nous avons adopté une loi importante pour que Roskomnadzor soit informée en cas de réception, par un média, d'argent depuis l'étranger. Près de trente médias rendent déjà des comptes tous les trimestres à cette structure. Cela inscrit l'activité des médias dans le champ juridique et rend ouverte et transparente leur interaction avec différents fonds. Nous comprenons d'où viennent les fonds et à quelle hauteur, nous comprenons qui est le propriétaire de telle ou telle structure.

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Mais il est possible que ces mesures ne soient pas suffisantes. Il existe peut-être une autre interaction avec les médias n'étant pas identifiée par Roskomnadzor — qui n'est pas un organisme d'enquête. C'est pourquoi nous allons demander des informations supplémentaires sur de telles violations aux services de renseignement et de sécurité, qui sont les seuls à pouvoir accéder à ces données.

- Faut-il vraiment organiser une immense enquête, impliquer les services de renseignement et de sécurité, à l'instar des Américains? Peut-être que la meilleure politique de l'information consiste simplement à avoir raison? Et le peuple comprendra lui-même. La psychose règne actuellement aux USA — ils pensent que les Russes ont nommé leur président. Alors pourquoi descendre à leur niveau?

— Un homme averti en vaut deux. Notre réunion n'est pas un pas vers la restriction de la liberté d'expression ou du travail de médias, y compris étrangers. Nous voulons simplement savoir dans quels cas la loi est respectée, et dans quels cas on contourne la loi en vigueur. Je ne parlerais pas de mesures de rétorsion. Il a été décidé d'entendre la direction du FSB pour comprendre de quelle manière on affecte l'espace médiatique russe, comment, avec les collègues des forces de l'ordre, nous pouvons lutter contre de telles attaques médiatiques.

- Et dans quelles mesures ces médias ont-ils pu influencer l'issue des législatives russes?

— Je n'exagérerais pas leur signification. Il n'y a pas eu de sérieux impact.

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