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Pourquoi Trump a-t-il nommé un spécialiste de la Chine ambassadeur en Russie?

© AP Photo / Matt RourkeJon Huntsman
Jon Huntsman - Sputnik France
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Jon Huntsman, expert de l'Asie du Sud-Est maîtrisant parfaitement le chinois mais ne parlant pas un mot de russe, a été choisi par le président américain Donald Trump pour être le nouvel ambassadeur des USA en Russie.

Alors que sa candidature attend encore l'approbation du Sénat, essayons de comprendre pourquoi la décision du président américain n'est pas aussi absurde qu'il n'y paraît au premier abord, et à quoi il faut s'attendre du nouvel ambassadeur. Selon le site d'information Lenta.ru.

Jon Huntsman, technocrate conservateur modéré, a travaillé avec chaque président américain depuis Ronald Reagan et a été nommé ambassadeur à deux reprises. On se rappelle aussi qu'il s'était retiré de la campagne présidentielle de 2012 au profit du républicain Mitt Romney.

Si le Sénat approuvait sa candidature — ce qui pourrait prendre des mois — il assumerait probablement l'une des fonctions diplomatiques les plus difficiles au sein de l'administration actuelle. En effet, il ne devra pas seulement chercher des solutions pour coopérer avec Moscou sur les questions ukrainienne et syrienne, mais également faire face à un torrent de critiques de la part des opposants de Trump qui accusent ce dernier de complot avec la Russie.

Des racines mormones

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Le nouvel ambassadeur américain à Moscou fait consensus aux USA
Jon Huntsman junior est né en 1960 dans une famille de mormons en Californie. Il était l'aîné des neufs enfants. Son père, qui travaillait dans une entreprise avicole, a habitué son fils au travail dès le plus jeune âge: on sait qu'ils téléphonaient ensemble aux magasins d'alimentation pour leur proposer d'acheter des œufs.

Jon Huntsman senior était un véritable rationaliste: il a compris que sa compagnie perdait beaucoup d'argent à cause des emballages de mauvaise qualité et a inventé le premier conteneur plastique pour les œufs. Puis il a fondé sa propre société de fabrication d'emballages — nous lui devons depuis les assiettes plastiques à usage unique, les couverts en plastique et les boîtes utilisées à travers le monde par les clients de restaurants pour emporter les plats qu'ils n'ont pas fini.

Tout en continuant ses affaires, Jon Huntsman senior a travaillé pendant un certain temps à la tête du secrétariat de l'administration du président Richard Nixon. Après la démission de ce dernier, il a déménagé avec sa famille dans l'Utah. Son fils Jon y est allé au collège mais a abandonné l'école pour devenir musicien (au synthétiseur) dans le groupe de rock Wizard. Il a finalement repris ses études pour passer les examens et intégrer l'université de l'Utah. Pendant ses études, il est parti deux ans en tant que missionnaire mormon à Taïwan. C'est là qu'il a appris le chinois.

De retour aux États-Unis, Huntsman intègre l'université prestigieuse de Pennsylvanie où il obtient une maîtrise en relations internationales.

Le jeune visage de la diplomatie américaine

Après ses études, il a occupé pendant une certaine période le poste de secrétaire-référent au sein de l'administration du président Ronald Reagan. Cependant, son père a décidé que les compétences de son fils aîné étaient nécessaires pour développer l'entreprise familiale et le futur ambassadeur des USA en Russie est reparti à Taïwan, cette fois en tant que vice-président de la Huntsman Pacific Chemical.

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Trump annonce la candidature de Huntsman au poste du futur ambassadeur US en Russie
Enregistrant de nombreuses réussites sur l'île, il a attiré l'attention d'un autre président américain: George H. W. Bush a proposé à Huntsman un poste à la direction du commerce international au ministère du Commerce. Un an plus tard, ce dernier était déjà adjoint du conseiller du ministre américain du Commerce supervisant le développement des liens commerciaux avec la région Asie-Pacifique. En juin 1992, George H. W. Bush a suggéré de le nommer ambassadeur à Singapour. Le Sénat a soutenu cette initiative à l'unanimité et Huntsman est devenu le plus jeune ambassadeur des États-Unis depuis 100 ans.

Toutefois, il n'a travaillé à ce poste que pendant neuf mois, démissionnant peu de temps après l'arrivée au pouvoir de Bill Clinton. Il n'est revenu dans le service public qu'avec l'élection de George W. Bush. Ce dernier lui a d'abord proposé le poste d'ambassadeur en Indonésie mais Huntsman a refusé, et Bush l'a alors nommé représentant adjoint au commerce.

Ambassadeur en Chine

En 2005 Huntsman est élu gouverneur de l'Utah, poste auquel il se révélera particulièrement efficace: la cote de popularité du gouverneur a atteint 90% et le centre de recherche Pew a qualifié l'Utah «d'État le mieux dirigé des USA». Huntsman a dirigé comme un républicain typique: il a interdit les avortements tardifs, a autorisé de délivrer des licences de chasse aux adolescents de 12 ans et a significativement réduit les impôts.

Avec ses opposants, il adoptait une position très retenue et respectueuse, évitant les attaques personnelles et critiquant ses concurrents uniquement sur le fond des questions sensibles. Il a même fondé l'ONG No Labels faisant la promotion du respect réciproque entre les politiciens et les simples Américains. Huntsman estimait que les démocrates et les républicains ne devaient pas se casser la voix dans des querelles éternelles, mais travailler dans l'intérêt du pays en s'écoutant les uns les autres.

Quand le démocrate Barack Obama lui a proposé le poste d'ambassadeur en Chine, le républicain Huntsman a accepté. «Si le président des USA vous demande de rassembler vos forces et de servir à ce poste, je comprends: la conversation est terminée, je dois accepter le défi», explique-t-il.

Huntsman a travaillé en tant qu'ambassadeur en Chine un peu moins de deux ans, mais il a marqué les esprits. L'un des épisodes les plus marquants de son passage à l'ambassade américaine dans ce pays restera sa présence à la manifestation de février 2011 — les habitants de Pékin, inspirés à l'époque par le Printemps arabe, avaient organisé une manifestation. Même si de facto, à un endroit convenu dans la rue commerçante Wangfujing, se sont réunies seulement quelques dizaines de personnes (ce qui est dérisoire pour la Chine), la manifestation a été relativement retentissante car parmi ses participants se trouvait l'ambassadeur américain, portant une veste avec un drapeau américain sur l'épaule. Un jeune homme a approché Huntsman et lui a demandé: «Vous voulez voir comment la Chine plonge dans le chaos?» L'ambassadeur a répondu qu'il ne faisait que se promener avant de se retirer.

John Tefft of Va., pauses as he testifies before the Senate Foreign Relations Committee on Capitol Hill in Washington, Tuesday, July 29, 2014, to be the new U.S. Ambassador to Russia - Sputnik France
«Do svidaniïa»: l'ambassadeur US en Russie se prépare à quitter Moscou
L'apparition du représentant américain à une manifestation antigouvernementale a provoqué la colère des blogueurs nationalistes chinois. Par la suite, le porte-parole de l'ambassade a annoncé que Huntsman et sa famille s'étaient retrouvés par hasard dans la rue Wangfujing et qu'ils avaient immédiatement quitté la manifestation dès qu'ils avaient compris ce qu'il se passait. Néanmoins, certains ont pensé que de telles coïncidences n'existaient pas. «Certes, ce n'est pas Victoria Nuland qui distribuait des biscuits aux manifestants du Maïdan, mais c'est un geste important et flagrant qui souligne l'attention portée [par les USA] au droit d'exprimer pacifiquement sa protestation», a déclaré Sophie Richardson, directrice de recherches sur la Chine au sein de la division Asie de Human Rights Watch.

Un autre épisode inquiétant pour les autorités chinoises a eu lieu pendant la rencontre d'Obama avec des étudiants de Shanghai (il est évident que seulement les plus fiables y étaient invités): Huntsman a pris la parole et, contre la volonté des organisateurs, a ouvertement posé au président une question sur la censure de l'internet en Chine de la liste publiée sur le site du gouvernement américain.

Huntsman pratiquait la «diplomatie populaire» en se promenant souvent à Pékin, en se rendant au travail à vélo, en discutant avec les citadins et en négociant les prix des brochettes d'agneaux qu'il aime tant. L'ambassadeur écoutait attentivement toutes les critiques des habitants concernant la politique des USA, en répondant le plus poliment possible en chinois.

Sa fille Gracie Mei Huntsman d'origine chinoise, adoptée en 1999, est devenue une véritable célébrité en Chine. «Ma fille est un ambassadeur bien plus important que moi», a déclaré Huntsman pendant une rencontre avec des citoyens chinois. Le reportage sur sa visite, avec Gracie, dans l'orphelinat où la famille a adopté la fillette a été visionné plus d'un million de fois sur l'internet chinois.

Il convient d'ajouter que Huntsman a une autre fille adoptive originaire d'Inde. Sans compter ses propres cinq enfants.

Pas à la Maison blanche, mais à la Spaso House

En 2012, Huntsman a démissionné pour tenter sa chance à l'élection présidentielle. Cependant, la chance ne lui a pas souri. Comme l'a écrit le porte-parole de son QG de campagne James Richardson, le candidat a perdu à cause de sa réticence à se salir les mains et à essayer de dénigrer ses opposants.

C'est le républicain Mitt Romney qui a écopé de la remarque la plus critique de Huntsman: l'ex-ambassadeur l'a qualifié de «girouette bien huilée» pour sa facilité à changer d'avis. Curieusement, aux élections de 2012 le fond du programme de Huntsman ressemblait à celui de Donald Trump quatre ans plus tard: tous les deux se sont présentés sous le slogan «L'Amérique avant tout». Huntsman prônait la construction à grande échelle de routes, d'écoles et d'hôpitaux dans le pays, d'un mur à la frontière mexicaine et la lutte contre l'immigration clandestine.

Toutefois, pendant les débats, sans le savoir, il a indirectement attaqué son futur supérieur en mentionnant sa volonté de limiter le commerce international: «Je n'aime pas l'école du commerce international de Donald Trump. Je ne veux pas une guerre commerciale.» Le multimilliardaire avait répondu sur Twitter: «La Chine nous a eu pendant le règne de Jon Huntsman. C'était un faible!» (China did a major number on us during the reign of @JonHuntsman. He was easy pickens!)

Quand, deux ans plus tard, Trump a annoncé son intention de se présenter à la présidentielle, Huntsman l'a soutenu. Cependant, quand les médias ont diffusé la vidéo scandaleuse où le multimilliardaire se vantait que les riches pouvaient impunément toucher les parties génitales des femmes, Huntsman a qualifié la campagne présidentielle de «nivellement par le bas» en appelant Trump à retirer sa candidature. Toutefois, après les élections, les deux politiciens se sont réconciliés.

Les premières rumeurs selon lesquelles Trump souhaitait nommer Huntsman à la résidence Spaso House à Moscou datent de mars.

En 2014, l'expérience de Huntsman a été appréciée par la communauté d'experts: l'Atlantic Council, un think tank influent, l'a élu comme président. «C'est un penseur global de premier plan, un fonctionnaire et un homme d'affaires réunis en une personne», indiquait le communiqué du conseil.

Certes, Huntsman ne parle pas russe, il ne se promènera certainement pas à vélo dans la capitale russe et ne discutera pas avec les vendeurs de kebab pour savoir où les döners sont meilleurs. Mais les relations russo-américaines ont besoin aujourd'hui d'un dialogue pointu et d'un travail efficace, au lieu de tirer la corde idéologique. Peut-être que c'est précisément la modération de Huntsman et son impartialité de principe qui permettront d'écarter les soupçons de Trump de «complot avec la Russie» et contribueront au règlement de nombreux problèmes bilatéraux.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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