L'ancien ministre adjoint des Affaires Etrangères chinois enterre «l'époque de l'Amérique»

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Le «siècle américain» appartient désormais au passé, estime He Yafei, analyste et ancien vice-ministre des Affaires étrangères de la Chine. Pour lui, son pays est le nouveau maître du siècle. Mais si la première affirmation est dans l'ordre des choses, la deuxième exigera des précisions et des débats pendant cent ans.

L'affaire des 92 000 milliards de dollars

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L'ancien vice-ministre He Yafei ne se demande même pas si nous assistons actuellement au début d'une guerre civile aux USA ou si la situation va se calmer dans le pays. A vrai dire, il n'évoque pas cet aspect car il ne constitue qu'une manifestation particulière, alors que lui se penche sur des tendances plus profondes. Il examine la question sous l'aspect de l'équilibre global des forces et en tire la conclusion suivante: la crise du monde «américain» a commencé en 2008, quand on envisageait alors l'effondrement de toute l'économie mondiale. Selon lui l'année 2017 est un tournant historique, accélérant le processus qui a débuté en 2008.

Sa pensée-clé est que la force générale (économique ou autre) du monde émergent — dont la Russie fait naturellement partie — a atteint un point critique. Après l'avoir remarqué, la Chine a commencé d'avancer des initiatives différentes afin de se transformer en leader de ce monde sur le plan non seulement économique, mais aussi idéologique (moral).

Comme la mondialisation s'est avérée dangereuse pour les États-Unis et leurs alliés, ces derniers tentent de la détruire alors que la Chine, au contraire, a décidé de la diriger.

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L'auteur a certainement raison et ce n'est pas à tort qu'il tire des propos condamnatoires tels que «les alliances militaires menés par les États-Unis sont actuellement incapables de maintenir la paix globale, ni de garantir la sécurité de l'Amérique même», ce qui a affecté sa réputation de superpuissance. Quoi qu'il en soit, il faut analyser les détails et les particularités de ce qui se passe sous nos yeux et nous pencher plutôt sur le présent, très étrange, que sur les lendemains qui chantent.

Tout d'abord, les actualités du jour: le Congrès américain a lancé son rituel d'élévation du plafond de la dette publique du pays. L'année prochaine, cette dernière dépassera 20.000 milliards de dollars. Cela signifie qu'un Américain naît aujourd'hui avec une dette de 44.841 dollars. Mais si cette tendance se poursuit, l'endettement de l'État atteindra 92.000 milliards de dollars d'ici 30 ans, ce qui n'aura donc plus aucune importance pour les nouveaux-nés.

Cette somme énorme dépasse actuellement toute la production mondiale. Le PIB américain se chiffre aujourd'hui à 18.500 milliards de dollars. Analysons cette situation du point de vue de notre budget familial. Et supposons que la guerre civile que les démocrates veulent ces derniers temps imposer à l'autre moitié (relativement saine) de l'Amérique affecterait sa production. Qu'est-ce qui se passerait dans ce cas-là? Non seulement en Amérique, mais aussi en Chine et dans le monde entier?

Selon He Yafei, l'ancienne domination mondiale des USA avait deux piliers: la puissance militaire et le dollar. L'érosion militaire des États-Unis fera du bien à la Chine et à tout le monde. Ce n'est pourtant pas le cas avec l'effondrement du dollar en tant que devise mondiale: on ne sait pas qui sera sa victime principale. Ainsi, si certains veulent un «siècle chinois», il leur faudra expliquer au monde la structure du nouveau système financier global. Si tu veux être un leader, il te faut agir comme tel. Dans tous les cas, la période de transition sera certainement dure…

Celui qui nous offense…

Mais revenons des perspectives lointaines aux événements actuels. La Chine jubile: l'homme qui était le vrai Donald Trump de l'administration américaine a démissionné la semaine dernière. Il s'agit de Stephen Bannon, idéologue principal et conseiller stratégique de la Maison blanche. On estime qu'en son absence, Donald Trump se transformera en figure décorative, en «Hillary Clinton light», etc.

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Bannon était considéré comme l'idéologue principal de la guerre commerciale avec la Chine (et de la répression commerciale et stratégique de Pékin), ce qu'il a confirmé dans une interview donnée la veille de sa démission. On ne sait donc pas quel sera l'avenir de l'investigation récemment lancée sur des vols éventuels de propriété intellectuelle américaine par les Chinois. Cette enquête aurait dû se solder par la fermeture du marché américain aux marchandises chinoises.

A vrai dire, 59% du déficit chronique des USA dans leurs échanges avec la Chine — dont le montant se chiffre à 500 milliards de dollars — s'explique par les investissements américains en Chine. Autrement dit par la délocalisation de la production américaine vers le territoire chinois. Le slogan électoral principal de Trump «Make America Great Again» prévoyait notamment de rapatrier les usines sur le territoire américain. Supposons que les corporations américaines, évidemment pas très ravies de cette perspective, aient éliminé Bannon pour faire plaisir à la Chine. Cette dernière affirme sans doute actuellement: «Celui qui nous offense ne durera pas longtemps».

Enfin, il faut mentionner la guerre civile américaine dont l'étincelle a été le démantèlement de monuments. Je pensais que la Chine serait incapable de saisir la similitude frappante entre ces événements et la «révolution culturelle» chinoise, mais au moins la blogosphère du pays s'est avérée très lucide.
Ainsi, l'idée du monde chinois est brusquement devenue beaucoup plus proche de nous. Mais réaliser ses rêves n'est pas sans écueils. Nous avons déjà parlé de la création d'un monde sans dollar par les Chinois. Mais il existe un autre problème: le djihadisme, cette peste qui détruit le monde musulman de l'intérieur et touche le monde entier. Comme on le sait, cette même situation au sein du monde chrétien s'est soldée par 150 ans de guerres, civiles ou plus ordinaires. Aujourd'hui, l'Occident est incapable d'expliquer ce qu'il faut faire, ou comment se protéger.

Est-ce que tout cela signifie donc l'avènement du «siècle chinois», de la nouvelle superpuissance qui prendra la charge idéologique et matérielle de ce problème? On ne constate pratiquement aucun progrès dans ce domaine.

Ou le monde sera-t-il plutôt multipolaire que chinois? Le terme de multipolarité a justement été avancé par les politologues chinois au tournant des années 1990. Il a été accepté par tout le monde, notamment grâce à la pensée-clé de Pékin: personne ne doit plus tenter d'exporter ses valeurs, son style de vie et son idéologie. Ils sont différents et le resteront toujours. Cette idée a grandement contribué au renforcement du «leadership sans leadership» de la Chine.

Certains auteurs — il y en a beaucoup — ne peuvent pas ne pas se réjouir du déclin évident du «monde américain». Qui n'augure cependant rien de bon, car on ne voit à l'horizon que des problèmes et des incertitudes. Ce qui concerne non seulement les Chinois, mais aussi nous tous.

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