Pourquoi les USA sont incapables d’abattre les missiles nord-coréens

Le Département d’État américain a affirmé vendredi que les systèmes de défense antiaérienne du pays abattraient tout missile balistique en provenance de la Corée du Nord lancé en direction de l'île de Guam, mais les experts militaires dans le domaine ont affirmé que le Pentagone se trompait complètement.

En déclarant que les États-Unis détruiraient un missile balistique nord-coréen portant une ogive nucléaire en plein air, le Pentagone induit en erreur non seulement le public, mais aussi son propre gouvernement, déclarent des experts militaires de la technologie de défense antimissile.

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Les États-Unis auront du mal à abattre les missiles nucléaires nord-coréens, c'est un point de vue partagé par Joe Cirincione, président de l'organisation de sécurité mondiale spécialisée dans les armes nucléaires, le Plowshares Fund, et par Kingston Reif, directeur de Disarmament and Threat Reduction Policy à l'Association du contrôle des armes.

Selon les deux experts, les États-Unis promeuvent leurs systèmes de défense antimissile tandis qu'aucun d'entre eux n'est capable d'intercepter un missile balistique nord-coréen.

Quand Pyongyang a lancé un missile au-dessus du territoire du Japon, il a volé à de telles altitudes qu'aucun système américain n'aurait pu l'atteindre, a déclaré M.Cirincione dans un rapport pour Defense One.

«770 kilomètres au-dessus du Japon à l'apogée de sa trajectoire de vol. Ni le Japon ni les États-Unis n'auraient pu intercepter ce missile. Aucune des armes existantes de défense antimissile balistique n'a une telle portée», a-t-il souligné.

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La défense antimissile américaine se compose de trois couches, dont les systèmes Patriot, THAAD et Aegis, d'une portée respective de 12, 125 et 1350 miles, d'après un tableau du Business Insider. Cependant, ils sont conçus pour abattre un missile à son stade final, alors qu'il tombe du ciel vers sa cible. Bien que les États-Unis aient investi 320 milliards de dollars dans leurs systèmes de défense antimissiles au cours des dernières décennies, aucun des systèmes n'est capable d'atteindre un missile balistique à portée intermédiaire à mi-chemin ou juste après le lancement.

Donc, ils vont abattre le missile au stade final, n'est-ce pas? Faux, disent les experts. Bien que le système Aegis ait affiché des résultats exceptionnels lors des tests contre des cibles de courte et moyenne portée, ils doivent être considérés sceptiquement, selon MM.Reif et Cirincione.

«Seul un de ces tests a été réalisé contre une cible de classe semblable au Hwansong-12 nord-coréen», a déclaré M.Reif à Fox News.

«THAAD, Patriot et surtout Aegis ont fait du bon travail dans les tests, mais ce sont des tests réalisés pour réussir, simplifiés, soigneusement mis en scène, qui utilisaient en général des cibles à courte portée», a déclaré M.Cirincione.

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Selon le directeur du Plowshares Fund, actuellement, les États-Unis ont une chance sur deux d'abattre en vol un missile semblable au Hwasong-12. En outre, ce serait seulement possible dans le cas où Pyongyang n'utilise pas de contre-mesures, telles que des leurres (certains aussi simples qu'un ballon), des brouilleurs électroniques et des bandelettes métallisées.

Il existe aussi un problème avec les lanceurs d'Aegis basés en mer: malgré leur flexibilité par rapport aux systèmes terrestres fixes, les navires doivent se trouver précisément «au bon endroit au bon moment» pour pouvoir intercepter un missile, selon les experts.

«Ce serait une tâche très exigeante qui impliquerait une quantité importante d'approximation, car les navires devraient être au bon endroit au bon moment pour réussir une interception en mer», a déclaré M.Reif, cité par Defense One.

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Il existe un système américain qui devrait devenir une solution ultime face à cette menace —  le «Ground-Based Midcourse Defense», ou GMD, indiquent les experts. Ce système, qui a déjà coûté aux États-Unis environ 40 milliards de dollars, serait en mesure d'abattre les missiles au point le plus élevé de leur vol, jusqu'à 3.500 milles (5632,7 km).

Mais, préviennent les experts, «serait» n'est pas égal à «fonctionnement garanti».

«Le seul système conçu pour défendre les États-Unis, connu sous le nom de GMD, a souffert de nombreux problèmes techniques et d'ingénierie. Ses essais dans des conditions contrôlées n'ont pas démontré qu'il puisse fournir une défense fiable même contre un petit nombre de missiles balistiques simples», a déclaré M.Reif.

«Le taux de réussite des systèmes GMD dans les tests d'interception a été triste», a déclaré Cirincione, en citant Philip Coyle, ancien directeur des tests opérationnels pour le Pentagone.

Les hauts responsables américains, dont le Président Donald Trump et le ministre de la Défense Jim Mattis, affirment que le Pentagone contrôle la situation et peut faire face à toute menace nucléaire, ce qui donne aux citoyens américains un faux sentiment de sécurité. Ni le continent américain, ni le Japon, ni la Corée du Sud ne sont protégés d'une frappe nucléaire nord-coréenne par la technologie de défense antimissile américaine.

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Thomas Karako, associé principal et directeur du Missile Defense Project au Centre for Strategic and International Studies, a déclaré dans une interview accordée à Fox News que les systèmes THAAD avaient été déployés en Corée du Sud pour gagner du temps dans le cas d'une contre-attaque militaire, pas pour protéger la vie de 25 millions de gens.

Les autorités américaines, réitérant des mots de confiance à maintes reprises, peuvent tomber dans un piège en croyant à leurs propres propos, selon M.Reif.

«La trop grande confiance en défense antimissile pourrait inciter les dirigeants américains à penser que nous pourrions intensifier la réponse aux provocations nord-coréennes sans nous soucier d'une éventuelle réponse nucléaire», a averti l'expert militaire. «Cela augmenterait fortement le risque d'un conflit dans la péninsule coréenne».

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