Les Républicains: les cadres du parti déconnectés de la base?

© AFP 2022 Bertrand GuayLes Républicains
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Suite à sa défaite électorale, le parti Les Républicains a lancé les bases de sa refondation idéologique. Elément avant-coureur: un questionnaire envoyé aux adhérents. Si la presse voit dans son résultat une débâcle des partisans du conservatisme, ce questionnaire aux termes flous pourrait traduire le décalage entre la base et les cadres du parti.

À moins de trois mois du congrès des Républicains (LR) qui désignera le nouveau président du parti, et alors que la droite tente toujours de se refonder sur fond de défaites électorales et de divisions internes, LR a effectué entre le 26 juillet et le 15 septembre une enquête grandeur nature auprès de ses militants afin de connaître leurs vraies attentes. Près de 41.000 adhérents sur 230.000 ont répondu, dans une discrétion toute relative, puisque les résultats de ce questionnaire ont fuité dans la presse: L'Express et France Info en ont dévoilé une partie mercredi.

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Une exclusivité, dont L'Obs s'est fait l'écho, soulignant jeudi la rapidité avec laquelle Les Républicains avaient lancé cette introspection qui pourrait déboucher sur une refondation idéologique du parti. Selon nos confrères, l'enquête annoncerait la couleur, évoquant dès son introduction qu'à la vue des résultats, le «socle militant» du parti serait bien plus «soudé», évoquant une «forte homogénéité des réponses.»

On remarquera parmi les réponses ébruitées que pour une majorité de militants, la droite doit avant tout être «réformatrice» (49%), «libérale» (36%) et «gaulliste» (33%), et avoir pour priorité les questions régaliennes et économiques, alors que l'aspect européen est beaucoup moins plébiscité. Dans son analyse, L'Obs semble ainsi se féliciter de la déroute des partisans d'une ligne «conservatrice» et des «"c'était mieux avant"», plébiscitée par seulement 11% des adhérents, estimant ce résultat «sans appel».

Faut-il pour autant enterrer les anciens partisans de François Fillon, qui au beau milieu des scandales lui avaient fait relever la tête pour porter leur champion aux portes du second tour? Il faut dire que les termes du questionnaire sont larges, trop «flous» même selon l'ex-député Les Républicains Nicolas Dhuicq, maire de Brienne-le-Chateau (Aube), qui pour l'heure n'entend tirer aucune «conséquence sérieuse» de ce résultat:

«La culture politique a baissé — dans la population générale — et il faudrait savoir ce que les gens entendent par "gaulliste", ce qu'ils entendent par "conservateur", parce que je suis persuadé que les avis divergeraient encore en fonction des questions qui sont posées. Dire qu'on est conservateur veut-il dire qu'on est contre les modifications génétiques chez l'être humain, est-ce que cela signifie qu'on est contre la GPA ad-libitum, ou est-ce que cela signifie une volonté de retour à un ordre dit républicain? Je pense que le sondage était suffisamment flou pour laisser libre cours à cette explosion de résultats.»

Une «imprécision autour des termes» que souligne également Frédéric Saint-Clair, analyste en stratégie et en communication politique, et auteur en 2016 du livre La Refondation de la droite, aux éditions Salvator, rendant les résultats de cette consultation interne difficiles à interpréter. D'autant plus que selon lui, le nombre de participants à cette enquête n'est pas représentatif: «on a sociologiquement quelque chose qui est assez difficile à définir» insistant notamment sur «des incohérences» du questionnaire.

«Il y a des lignes qui se dégagent et qui bizarrement montrent une proximité avec la ligne définie par Emmanuel Macron, donc on est assez loin de la ligne — en théorie — tenue par Laurent Wauquiez. Pourtant, l'on constate tous les jours qu'une majorité de militants adhère à la ligne de Wauquiez, donc je pense qu'il y a un certain nombre d'incohérences dans le résultat de ce questionnaire.»

Pire encore, pour Nicolas Dhuicq, ce questionnaire ne pose pas les bonnes questions aux adhérents d'un parti qui regroupe de nombreuses sensibilités. Des militants ne pouvant ainsi que rester «extrêmement partagés» face à des questions sur des valeurs abstraites. Pour l'élu Les Républicains, les questions posées lors de l'enquête auraient dues être bien plus concrètes et précises…

«Les questions, précises, auraient dû porter sur l'actuelle construction européenne, sur des questions de Défense, on sait très bien qu'il y a des gens qui veulent de manière folle partager le siège de la France au Conseil de Sécurité, il y a des gens qui n'ont pas compris l'intérêt de la dissuasion nucléaire alors que l'actuel Président nous parle à nouveau de défense européenne […] ce sont ces questions qui sont les véritables questions, en plus de celles relatives au travail.»

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Que penser en effet du terme Gaullisme? Terme aujourd'hui repris ad-nauseam par presque tous les partis, y compris le Front National,, ou par certains candidats socialistes lors de la primaire. «Le gaullisme est l'un de ces mots magiques, totem qui permet de se rattacher à la longue histoire de France, mais sans très bien savoir ce que cela recouvre,» explique ainsi Nicolas Dhuicq, qui conclut «donc on voit bien qu'en fait les termes de gaullisme et de conservatisme ne recouvrent rien de réel.»

Cependant, si l'on prend le gaullisme dans son sens idéologique historique, c'est-à-dire centré sur la souveraineté et l'interventionnisme économique — que Nicolas Dhuicq dépeint comme «le dernier avatar historique de la permanence de la France et d'une idée de la France souveraine.» — il peut ainsi sembler que les préoccupations des adhérents ne se retrouvent pas vraiment chez les cadres du parti, quelles que soient leurs tendances.

«Le gaullisme a muté aujourd'hui en un gaullisme social qui est repris par toute une droite modérée au sein de LR — qui n'attend d'ailleurs qu'une chose, qui est de rompre avec la droite incarnée par Laurent Wauquiez. On voit bien que ce gaullisme est un peu flou et l'on a du mal à retrouver l'esprit du général de Gaulle,» explique ainsi Frédéric Saint-Clair, qui souligne que l'on retrouve également de telles divergences, fondamentales, dans l'appréhension des militants de la droite républicaine traditionnelle sur les problématiques de politique internationale:

«L'interventionnisme en matière de diplomatie, voire de guerre — de stratégie militaire- est à l'opposé de la position de De Gaulle, qui a affirmé en son temps que certaines guerres n'étaient pas les nôtres. Nous ne sommes plus capables, aujourd'hui, de renoncer à cet espèce de devoir d'ingérence humanitaire.»

Mais les dirigeants des Républicains et leur base électorale ne sont pas les seules «couches» que l'on retrouve au sein de la droite. Frédéric Saint-Clair en voit une troisième: la droite intellectuelle, dont les propositions ne sont ni reprises ni présentées à la base par les responsables politiques. Pourtant, selon l'analyste, cette droite intellectuelle offre des alternatives aux idées actuellement portées par la majorité présidentielle.

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Une opportunité de se démarquer idéologiquement de cette dernière a ainsi été manquée, et pas seulement sur les questions de libéralisme ou de patriotisme. La droite intellectuelle étant en mesure d'apporter des réponses à l'électorat de droite sur son positionnement, comme lorsqu'elle tente, notamment «d'expliquer à cette population française qui ne connait pas le conservatisme et qui pense qu'une position conservatrice et réactionnaire est la même chose peu ou prou, alors que ce n'est pas du tout le cas.»

«Il y a de la part de la classe politique une lacune, majeure, qui est le désintérêt assez important — même si apparemment Laurent Wauquiez est en train de combler cette lacune — mais il y a un désintérêt majeur pour la droite intellectuelle. Il y a un bouillonnement, le seul, à droite, et qui se produit au sein de la droite intellectuelle et dont la classe politique semble se désintéresser.»

Frédéric Saint-Clair évoque ainsi une «vraie émulation intellectuelle, à droite, qui ne se traduit pas au sein de la classe politique». En somme, ne pouvons-nous pas nous demander si les cadres Les Républicains ont vraiment envie d'écouteur leurs militants ou de trouver une justification à leur prochaine ligne politique?

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