«Choquant!»: Rich Meet Beautiful racole près des facultés parisiennes

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«Romantique, passion et pas de prêt étudiant, sortez avec un sugar daddy»: Le site Rich Meet Beautiful, qui met en relation étudiantes et hommes aisés, s’implante en France à coups de pubs polémiques aux abords des facultés parisiennes. Sputnik est allé à la rencontre des étudiants pour recueillir leurs impressions.

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«Devant une factulté, c'est choquant!», « incitation malsaine » «dégradant!», « c'est profiter de la faiblesse financière des étudiantes », s'indignent étudiants face aux camions publicitaires du site de rencontres norvégien Rich Meet Beautiful, qui racolent aux abords des facultés parisiennes. «Racolent», le mot ne semble pas trop fort au vu du slogan: «romantique, passion et pas de prêt étudiant, sortez avec un sugar daddy». Le site propose en effet de mettre en relation des étudiantes (sugar babies) et des hommes d'âge mûr avec une situation financière avantageuse (sugar daddies). Les uns et les autres «n'ont pas peur de définir exactement ce qu'ils attendent de leur partenaire […] de son apparence […] ou de ses ressources financières.» Et les réactions sont quasi-unanimes à ce sujet:

Certes, Rich Meet Beautiful affiche aussi des promesses philanthropiques: «Vous avez besoin de conseils de pros pour construire votre carrière? Apprenez aux côtés de Sugardaddies/Mamas, ces personnes de succès qui ont de l'expérience à revendre». Mais ces nobles promesses peinent à convaincre du côté non vénal des relations proposées. «Profitez d'une liberté financière grâce à une relation consolidée ensemble,», affirme-t-il ainsi à l'intention des «Sugar Babies». L'entreprise norvégienne ne banalise-t-elle la prostitution en misant sur la misère des étudiants? Pour Florent Chapelle, porte-parole du syndicat Solidaires étudiants, c'est clair:

«Cette entreprise exploite la précarité des étudiantes, puisque c'est la raison majeure pour laquelle les étudiantes en viennent à se prostituer (…) Et banalise l'activité ouvertement. Cela met les plus précaires, les plus fragilisées, à la portée des classes les plus riches et les plus aisées.»

Et la polémique enfle autour du site de rencontres, du syndicat étudiant Fage, qui a annoncé avoir porté plainte pour «proxénétisme», à la mairie de Paris, qui a saisi la justice pour demander des poursuites contre le site et sa publicité mobile. Pour sa part, Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, se demandait s'il s'agissait «de rencontres consenties ou est-ce qu'il s'agit de proxénétisme et d'une forme d'incitation à la prostitution qui pourrait tomber sous le coup de la loi?»

Il faut dire que le sujet de la prostitution estudiantine est préoccupant, car comme le concède Florent Chapelle «on sait que c'est très répandu, parce qu'un grand nombre d'étudiants vient nous voir.» Cependant, l'ampleur du phénomène s'avère difficile à mesurer puisque selon le porte-parole «l'État focalise son action sur la répression plutôt que l'information et sur les études sur la question.»
Outre les questions éthiques, l'apparition de site comme Rich Meet Beautiful soulève la problématique de l'ubérisation de la prostitution et de ses conséquences.

«Il y a les mêmes défauts. En plus d'exercer son activité dans une zone grise sur laquelle les étudiants ne sont pas assez informés, il n'y a pas de pôle d'information, de pôle d'accueil notamment sur toutes les violences faites aux femmes dans les universités, sur le harcèlement, sur la contraception, sur les risques de contamination. Et pourtant, une entreprise, sans que ça pose de problème, peut ubériser ce type d'activité», analyse Florent Chapelle.

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Pour le porte-parole, de nombreuses mesures permettraient de diminuer la prostitution estudiantine comme la création d'une «garantie sociale étudiante» ou encore d'un «salaire social.»

«Nous considérons que les étudiants ne devraient pas avoir à exercer d'activité rémunératrice dans le but de devoir payer leurs études (…) La racine du problème c'est la précarité,» conclut Florent Chapelle.

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