En quoi des systèmes antiaériens «obsolètes» seraient utiles à l'armée ukrainienne?

© Sputnik . Ivan Rudnev / Aller dans la banque de photosТактические учения в Брестской области
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L'Ukraine figure parmi les acheteurs potentiels des systèmes de défense antiaérienne Osa dont la Jordanie compte se débarrasser. Les relations russo-jordaniennes seraient remises en question si cette transaction avait lieu. Quelles sont les performances de ce système? En quoi serait-il utile à l'armée ukrainienne?

Le ministère jordanien de la Défense a l'intention de retirer du service et de vendre 52 canons antiaériens automoteurs Osa, rapporte le magazine Jane's Defence Weekly. La Pologne, la République tchèque, l'Ukraine ainsi qu'une compagnie américaine ont déjà témoigné de leur intérêt. La Jordanie a acquis ces systèmes à l'URSS en 1981-1989, écrit le quotidien Vzgliad.

«Malgré tous ses avantages, cette technologie est très obsolète»

L'élaboration de l'automoteur antiaérien 9K33 Osa a commencé en URSS en 1960, et il a été mis en service en 1971. Sa portée est comprise entre 1,5 et 10 km. Il s'agit du système antiaérien le plus répandu en Russie (plus de 400 unités sont encore en service) et parmi les plus répandus dans le monde. «Osa est un système de défense antiaérienne qui couvre les positions avancées des bataillons, le maximum de brigades et de troupes en marche», résume l'expert militaire Anton Lavrov.

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Les avantages de l'Osa expliquent sa popularité: «Le système est mobile et regroupe sur le même châssis des missiles et des systèmes de détection de missiles. Il suffit d'un seul véhicule pour remplir ces missions. Hormis la visée radar, il a une visée optique qui permet d'éliminer des cibles sans allumer le radar pour empêcher de se faire verrouiller, ou utiliser des missiles antiradars.»

Dans le même temps Anton Lavrov souligne que «malgré tous ses avantages, c'est un système très obsolète. Tout y est obsolète, à commencer par l'électronique. Ces systèmes sont remplacés, dans les unités russes, par les Tor et Bouk modernisés, ainsi que par les Pantsir».

C'est également l'avis de Rouslan Poukhov, directeur du Centre d'analyse des stratégies et des technologies. «Avec tout le respect que j'ai pour notre école soviétique de conception de systèmes antiaériens, ce système est définitivement obsolète. Il est excessif pour traiter des cibles: il est plus facile d'abattre des hélicoptères ou des drones à partir d'un lance-roquettes portatif — c'est plus efficace, moins onéreux et plus discret. De plus, son efficacité est extrêmement faible pour viser les avions modernes s'ils ne descendent pas à moins de 4 km d'altitude», explique-t-il.

Aujourd'hui en Ukraine, la défense antiaérienne ne protège que les grandes villes et les axes principaux

Alors pourquoi l'Ukraine aurait-elle besoin de ce système? «Pendant plus de 20 ans, elle a dilapidé l'héritage du matériel militaire soviétique. Quand le conflit a éclaté dans le Donbass elle manquait de matériel pour tous les types d'armes: des munitions aux avions en passant par les systèmes antiaériens. D'où la nécessité d'en acheter», indique Rouslan Poukhov.

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En effet, les forces armées ukrainiennes éprouvent des difficultés non seulement avec la marine ou l'armée de l'air, mais également avec la défense antiaérienne. Même les médias ukrainiens rapportent qu'aujourd'hui cette dernière ne protège que le ciel des grandes villes et les axes du Donbass et de la Crimée.

«Ils possèdent des S-300 à longue portée. En 2010, la défense antiaérienne ukrainienne disposait de 16 divisions S-300PT et 11 S-300PS, précise Alexeï Frolov, rédacteur en chef du magazine Exportation d'armes. A ce jour, pratiquement tous les PT ont été retirés du service, il ne reste plus que des PS. Mais par rapport aux 11 divisions de PS dont l'Ukraine disposait auparavant, une partie est restée en Crimée: il en reste donc près de 7-8, 10 au maximum (ce qui est l'équivalent d'environ 100 systèmes de lancement). De plus, ils possèdent au moins une brigade de Bouk, un certain nombre de systèmes antiaériens Toungouska et Osa, ainsi que des lance-roquettes portatifs Igla-1, Igla-2 et Strela.»

Le problème réside également dans la «cécité» de la défense antiaérienne (près de 500 radars existaient à l'époque soviétique contre 100 dans le meilleur des cas en 2016), dans la vitesse de la transmission de l'information sur l'objectif (jusqu'à 15 minutes), et surtout dans les systèmes eux-mêmes. Certains systèmes ont près de 40 ans, le plus jeune a près de 25 ans.

C'est précisément le facteur pointé par Anton Lavrov. Selon lui, le nombre de systèmes antiaériens en Ukraine est de l'ordre de plusieurs centaines. Le pays dispose du deuxième groupe antiaérien le plus puissant de l'espace postsoviétique «mais sa durée d'exploitation expire», souligne l'expert.

L'achat d'Osa pourrait renforcer l'armée ukrainienne

Plusieurs fois, les politiciens ukrainiens ont fait part de leur intention de réformer la défense antiaérienne du pays. L'acquisition potentielle d'Osa pourrait-elle s'inscrire dans le cadre d'une telle modernisation?

«Difficile de dire dans quelle mesure l'Ukraine en a besoin. Elle pourrait transmettre ces véhicules aux brigades motorisées ou antichars», note Anton Lavrov.

Rouslan Poukhov, également membre du Conseil public du ministère de la Défense, remarque:

«Le contrat avec la Jordanie doit contenir des conditions indiquant que la revente du système n'est possible qu'avec l'accord de la Russie. Si la Jordanie décidait de vendre ces systèmes à l'Ukraine, Moscou le percevrait comme une démarche hostile. Cela nuirait considérablement aux relations russo-jordaniennes.»

L'Ukraine a-t-elle les moyens?

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La Russie et la Biélorussie ont déjà proposé plusieurs fois au royaume des plans de modernisation d'Osa, mais les autorités jordaniennes y ont renoncé pour des raisons financières — et ont finalement décidé de les retirer du service. Contrairement à la Jordanie, l'Ukraine est techniquement capable de moderniser ces systèmes antiaériens par ses propres moyens, et l'a déjà fait. Un projet conjoint a même existé à une époque: sur la base d'Osa-AKM, la compagnie biélorusse Tetraedr et le bureau d'étude ukrainien Loutch avaient conçu le système antiaérien de courte portée T-38 Stilet.

Mais l'Ukraine peut-elle se permettre financièrement un achat aussi important, suivi d'une modernisation? Anton Lavrov est convaincu que Kiev manquera d'argent. Dans le même temps, il est possible que l'Ukraine puisse utiliser ces systèmes sans modernisation: «Ils sont déjà fonctionnels tels qu'ils sont. Ils conviennent pour lutter contre les hélicoptères et les drones.»

Dernière possibilité: «Kiev pourrait les acheter pour les revendre. Effectuer une préparation d'avant-vente, des opérations de maintenance et ensuite les revendre, par exemple à l'Azerbaïdjan qui est de facto en état de guerre contre l'Arménie», a déclaré Rouslan Poukhov.

L'Ukraine pourrait également tenter de les vendre aux pays instables d'Afrique et du Moyen-Orient. Elle a d'ailleurs déjà été touchée par un scandale récent à ce sujet.

Pour conclure, un autre point intéressant concernant la vente d'Osa par la Jordanie mérite d'être souligné: parmi les clients potentiels figure une compagnie américaine. Or il est évident que les Américains n'ont certainement pas besoin de systèmes soviétiques obsolètes. Une telle transaction pourrait avoir lieu uniquement dans le but de revendre le matériel modernisé à un allié. Parmi les destinataires pourraient figurer, entre autres, des groupes armés en Syrie.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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