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Glyphosate: l’axe Bruxelles-Berlin a eu raison de Paris

© AFP 2021 Emmanuek Dunandmanifestation
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Lundi 27 novembre, les États membres de l’UE ont voté pour le renouvellement de la licence d’exploitation du glyphosate pour 5 ans. Suivant la demande de la Commission européenne, 18 pays ont voté pour, dont l’Allemagne, auparavant abstentionniste. Un suffrage qui sonne comme une défaite pour la France.

Deux ans. Deux ans de débat acharnés autour du renouvellement de la licence européenne du glyphosate viennent de trouver leur épilogue. Et c'est «oui», pour cinq ans. En effet, dans un vote à la majorité qualifiée- 14 pays représentants au moins 65% de la population-, 18 États membres se sont positionnés pour, obtenant un total de 65,71% de la population des pays membres de l'UE. Ce vote du 27 novembre va dans le sens de la Commission, qui avait prôné ce renouvellement pour cinq ans et qui devait l'obtenir avant le 15 décembre, date d'expiration de la licence de l'agent pesticide, présent notamment dans le célèbre Round-up.

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Cette décision sonne donc comme une victoire pour l'institution européenne. En effet, au cours de ces deux ans de joute, les pays membres se sont prononcés pas moins de huit fois, avec à chaque fois un même résultat: négatif. Ce 27 novembre, alors que ce vote s'effectuait en comité d'appel, 4 des 5 pays qui s'étaient abstenus lors du scrutin précédent, ont cette fois-ci voté pour. En tête de ces pays: l'Allemagne.

En effet, politiquement et démographiquement, l'Allemagne est le poids lourd dans un vote à majorité qualifiée. Mais alors qu'on pouvait imaginer que la crise gouvernementale qui secoue le pays ne permettrait pas un changement d'attitude avant la formation d'une prochaine coalition, la première puissance européenne s'est ralliée dans le camp des «pour», entraînant avec elle la Belgique, la Pologne et la Roumanie. A ceux qui s'interrogeraient sur ce revirement, les intérêts économiques et financiers apportent un élément de réponse. En effet, le probable futur leader mondial de l'agriculture sera la société allemande Bayer, qui est en négociation pour acquérir la firme américaine Monsanto, notamment productrice et distributrice du Round-up, contenant du glyphosate. Les intérêts nationaux passent donc avant les intérêts européens pour la majorité des députés allemands.
Outre le plan économique, les enjeux autour du glyphosate sont essentiellement phytosanitaires.

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Effectivement, le renouvellement de la licence de l'herbicide fait polémique depuis que le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) et son organisation mère, l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), ont classé le glyphosate comme «cancérigène probable pour l'homme» le 20 mars 2015.

Cette polémique s'est accentuée lorsque certains médias et ONG ont dévoilé la probable connivence entre les agences européennes et la firme américaine. Les «Monsanto Papers» ont en effet révélé qu'une centaine de pages d'un rapport d'experts européens, qui contredisait les résultats du CIRC, n'était qu'un simple copier-coller d'argumentaires de Mosanto. Problème: c'est sur la base de ces rapports d'experts que la Commission se fonde pour demander le renouvellement de l'herbicide.
Si le débat sur la nocivité du produit est loin d'être clos, les pays membres de l'Union européenne, la Commission et l'Allemagne en tête, ont cependant décidé de renouvellement sa licence qui sonne comme une défaite pour la France.

An activist from E.Z.L.N - Ensemble Zoologique de Liberation de la Nature (Zoological Ensemble for Nature's Liberation) holds a cardboard reading we are being deceived (on Glyphosate's safety) during a demonstration against the weed-killer glyphosate and US agrochimical company Monsanto in front of the Justice Palace in Brussels where nine of their activists are facing justice after an action against pesticide, on November 9, 2017. - Sputnik France
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En effet, la position française était de voter «contre» en cas de proposition d'un renouvellement pour cinq ans en n'en demandant que trois. Mais cette position, pourtant officielle, n'était pas soutenue par l'ensemble du personnel politique concerné dans ce vote. Nicolas Hulot et Stéphane Travert, respectivement ministre de la Transition écologique et solidaire et ministre de l'Agriculture et de l'alimentation, s'étaient affrontés quant à la durée d'un possible renouvellement.

Alors que le premier défenseur de l'environnement souhaitait interdire le produit après trois années de renouvellement maximum, son collègue du gouvernement proposait une prolongation de 5 à 7 ans. Si le Premier ministre, Édouard Philippe, avait tranché en décidant d'un futur vote pour une proposition n'excédant pas 5 ans fin septembre dernier, Nicolas Hulot avait finalement convaincu le Président Macron de limiter ce renouvellement de la licence du glyphosate à trois. La réplique de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) ne s'était pas fait attendre, s'alignant sur la proposition de cinq ans faute d'alternative crédible au glyphosate pour les agriculteurs français.

Bref, face à une France avançant en ordre dispersé, la Commission, forte du soutien de dernière minute de l'Allemagne, a fait valoir sa position. Ni la France, en dépit du volontarisme européen affiché par Emmanuel Macron, ni l'opinion publique européenne, choquée par les relations troubles entre les instances bruxelloises et l'industrie phytosanitaire, n'auront eu raison de l'axe Bruxelles-Berlin.

Paris a donc adopté une position de repli: Emmanuel Macron a annoncé sa volonté d'interdire le glyphosate en France d'ici trois ans maximum, le temps de trouver des alternatives. Un pari risqué, tant l'agriculture française est encore dépendante du glyphosate. S'il le remporte, Emmanuel Macron sera vu comme un défenseur de la souveraineté française… et de la santé de ses concitoyens. De plus, il pourrait offrir une belle occasion à une agriculture française plus « propre » de s'imposer face à ses rivales européennes.

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