Chaque hiver, même rengaine, la classe politique s’émeut sur le sort des SDF

© Sputnik . Julien Mattia / Aller dans la banque de photosСнегопад в Париже
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À l’initiative de Mama Sy (Les Républicains), 50 élus d’Ile-de-France, dépassant leur clivage politique, ont décidé de passer la nuit dehors du 28 février au jeudi 1er mars afin de dénoncer le sort des sans-abri. Température prévue: -2 degrés. Cette énième opération de sensibilisation peut-elle régler la question des SDF? Rien n’est moins sûr.

L'initiative de la maire adjointe d'Étampes (Essonne), Mama Sy (Les Républicains), aura réussi à fédérer au-delà des clivages politiques. En effet, 50 élus franciliens, tous bords politiques confondus, passeront la nuit du mercredi 28 février au jeudi 1er mars, à la fraîche, littéralement, par une température de —2 °C. Selon Mama Sy, une prise de conscience est nécessaire comme elle le déclarait dans les colonnes du Parisien: «ce n'est plus supportable de savoir que des personnes vivent et dorment dehors. Nous voulons que cela cesse. Pour cela, nous demandons la réquisition des locaux vides. Il ne s'agit pas de dire que c'est la faute d'un tel ou un tel, c'est un échec collectif et il faut qu'on se mobilise ensemble pour mettre fin à une situation inhumaine».

​Depuis la chute des températures notamment, deux corps de sans-abri ont été retrouvés inanimés dimanche et lundi. Ils viennent malheureusement grossir les rangs des nombreux décès de sans-domicile fixe portant le total à 48 morts entre le 1er janvier et 14 février 2018. Le collectif Les Morts de la Rue estimait quant à lui le nombre réel de décès de personnes sans domicile pour l'année 2015 à 2.838 morts — données croisées entre le recensement des décès connus par le collectif et ceux du Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (CEPIDC).

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Une situation par ailleurs très critique à la vue du nombre de sans-abri encore présents dans les rues. La ville de Paris a réalisé, mi-février, un comptage des SDF avec l'aide de 2.000 bénévoles lors de la Nuit de la solidarité. Au total, 2.952 personnes vivraient dans les rues de la capitale. Dans le détail, ce sont 2.025 personnes sans-abri qui ont été rencontrés par les bénévoles. 738 sans-abri ont, eux, été dénombrés par les partenaires de cette opération (RATP, SNCF, AP-HP et Indigo-Vinci) dans les gares, les stations de métro, les hôpitaux et les parkings. Enfin, 189 personnes ont été recensées lors de maraudes dans les bois.

Néanmoins chaque hiver, même rengaine: les politiques veulent faire «bouger les consciences» des Français, soit en décidant de se mettre en scène, soit à coup de grande déclaration d'intention. On pourrait rappeler à Emmanuel Macron sa promesse: «D'ici la fin de l'année, je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois». Pari raté. Ne faudrait-il pas que ce soit la classe politique qui se sensibilise à cette problématique? En témoigne, les déclarations de Sylvain Maillard (LREM) qui expliquent que certains SDF ne souhaitent pas pris en charge, sans évoquer le fait que bien souvent ils ne sont pas acceptés dans les centres d'hébergements accompagnés de leur chien ou encore parce qu'ils ont parfois peur de se faire voler leur affaire dans ces centres.

​Dans le même genre, Christophe Castaner (LREM) expliquait à son tour que certains SDF refusent d'être logés:

​Pourtant, n'est-ce pas l'État, ainsi que les élus, qui gèrent les centres d'hébergement, la gestion de certains bâtiments inusités ou encore les politiques sociales du pays? Ne pourrait-on pas élargir le périmètre du «crédit d'impôt solidarité» (jusqu'à 1.800 euros maximum) destiné à développer l'«hébergement citoyen» des réfugiés, comme le préconise le rapport du député LREM Aurélien Taché, aux sans-domicile fixe? Même si cela semble être une solution radicale, en Belgique par exemple, le maire d'Etterbeek (région de Bruxelles) a pris un arrêté municipal permettant d'interpeller «toute personne sans abri, indépendamment de son consentement» afin d'«être protégée».

A moins que les sans-abri suivent le conseil judicieux ou la bourde datant de 2012, de Nora Berra, alors secrétaire d'État à la Santé, qui préconisait aux «personnes les plus vulnérables d'éviter de sortir» en cas de grand froid.

​Rendez-vous donc en hiver 2019 pour une énième opération sensibilisation.

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