Ex-officier du MI5 sur l’affaire Skripal: «Les Russes l’ont fait», impulsion médiatique

© REUTERS / Toby MelvillePolice officers stand outside a pub near to where former Russian inteligence officer Sergei Skripal, and his daughter Yulia were found unconscious after they had been exposed to an unknown substance, in Salisbury, Britain, March 7, 2018
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Dans une interview à Sputnik, une ex-officier du renseignement britannique livre son avis sur les accusations au sujet de l’empoisonnement de l’ancien agent double Sergueï Skripal, portées contre la Russie, et explique ce qu’il y a d’«inconsidéré» dans l’attitude de Theresa May.

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Commentant à Sputnik l’affaire Sergueï Skripal, ex-agent double russe empoisonné avec sa fille le 4 mars au Royaume-Uni, et les accusations portées contre la Russie, l’ancienne officier du service de renseignement britannique MI5 Annie Machon a souligné qu’une grande partie des médias avaient rejeté la responsabilité sur Moscou dès le départ.

«Dès le début, la plupart des médias ne faisaient que mousser le thème "les Russes l’ont fait". L’ironie réside dans le fait que même la secrétaire d'État à l'Intérieur Amber Rudd avait tenté de les persuader de réduire la voilure et laisser la police faire son travail avant de tirer des conclusions précipités», a-t-elle déclaré à Sputnik.

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Et d’ajouter que tout dépendait des affaires dans lesquelles Skripal aurait été mêlé: il aurait pu «se faire des ennemis dangereux, quelle que soit leur nationalité».

«La composition de la substance a été déterminée, elle s’est avérée être un agent neuroparalytique, développé par les Russes il y a plus de 30 ans. Toutefois, ceci ne signifie pas pour autant que la recette de préparation de cette substance n’est possédée qu’exclusivement par les Russes, car les défectionnaires existent toujours et je ne le dis pas par complotisme, mais en me basant sur l’histoire de la question», a-t-elle déclaré.

Et de rappeler qu’après les attentats terroristes du 11 septembre, plusieurs hommes politiques et responsables de médias nationaux avaient reçu des lettres contenant des bactéries de la maladie du charbon, plus connue sous son nom anglais anthrax. Cinq personnes avaient alors trouvé la mort. Or, rappelle Mme Machon, après des années d’enquête il s’est avéré que la substance avait été préparée dans un laboratoire d’une entreprise américaine.

«Je l’avais dit dès le début. Il y a trois choses que la police et les renseignements auraient dû régler dès le début […]: trouver des témoins et contrôler les caméras de vidéosurveillance. Deuxièmement, analyser la substance, ce qu’ils semblent avoir déjà fait. Troisièmement, ce qui est le plus important, trouver le motif de ce crime», a souligné Mme Machon.

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Comme le rappelle l’interlocutrice de l’agence, Sergueï Skripal espionnait pour le MI5 alors qu’il travaillait en Russie et s’est fait arrêter. «Il a été jugé, condamné et envoyé en prison. Ensuite, il a été gracié et renvoyé au Royaume-Uni, sous la tutelle du MI6, lors d’un échange d’espions en 2010. Étant passé par tout ceci, il aurait dû livrer toutes les informations secrètes aux Russes, puis tout rapporter au MI6 à son arrivée au Royaume-Uni. Donc, examiner ce qui s’est produit en le liant à son passé est injuste», a-t-elle expliqué.

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S’exprimant sur l’attitude de la Première ministre britannique, Theresa May*, elle a expliqué qu’exiger que la Russie se justifie était inconsidéré. «Tant que les Russes ne savent pas quelles preuves présumées existent contre eux, comment peuvent-ils réagir d’une manière efficace?», s’interroge-t-elle.

Toutes les mesures que Londres peut adopter «représentent un danger dans le contexte de la présidentielle prévue en fin de semaine. Car les Russes peuvent dire en retour: "Le Royaume-Uni se mêle du processus démocratique de l’élection de notre Président". Donc, à mon avis, dans une telle situation, elle va plus vite que la musique. Il fallait attendre la confirmation officielle au sujet du motif du crime et de son exécuteur immédiat», a-t-elle conclu.

*L’entretien a été accordé avant que Theresa May n’annonce l’expulsion de 23 diplomates russes et ne suspende tous les contacts bilatéraux de haut niveau avec la Russie.

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