Le journal Libération visé par le parquet national financier sur un forum au Gabon

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Des versements suspects de millions d’euros ont été enregistrés à l’occasion d’un forum organisé par Libération au Gabon en 2015. Le parquet national financier a lancé une enquête, deux réponsables du quotidien de l’époque ont été entendus comme témoins. Stupéfaits, les salariés de la rédaction expriment leur colère et déception.

Le journal Libération est visé par une enquête ouverte par le parquet national financier (PNF) qui a pris connaissance de mouvements de fonds suspects entre le Gabon et le journal suite à l’organisation par Libération du Forum citoyen à Libreville en octobre 2015.

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Selon le journal la Lettre A, le directeur de la rédaction de Libération, Laurent Joffrin, et Pierre Fraidenraich, ancien directeur opérationnel du quotidien, ont été entendus comme témoins et leurs bureaux ont été perquisitionnés. M.Fraidenraich, le patron de BFM Business et Altice Event, a présenté ce jeudi matin sa démission devant les salariés «pour préserver l’image» de la radio économique, d’après Libération qui cite une source interne.

Lancée après un signalement de Tracfin, la cellule antiblanchiment du ministère français de l’Économie et des Finances, l’enquête porte sur les 3,45 millions d’euros versés par l’agence publique gabonaise, qui a financé le forum de Libreville, aux sociétés Libération et Presse Media Participations (PMP), qui détenait à l’époque la majorité du capital de Libération. Sur cette somme, 450.000 euros ont été facturés par Libération et les trois millions d’euros restants ont été encaissés par PMP, alors que la direction du journal s'était engagée à ne percevoir aucun bénéfice en organisant l’événement. Sur ces trois millions, 500.000 euros ont été payés au titre de commission à une intermédiaire, Nadina Diatta, conseillère en communication, mais aussi belle-sœur de Maixent Accrombessi, alors directeur de cabinet du Président gabonais Ali Bongo.

Selon la Lettre A, Pierre Fraidenraich a collaboré avec Evelyne Diatta-Accrombessi, sœur de Nadine Diatta et épouse de Maixent Accrombessi lors du lancement de la chaîne de télévision panafricaine Edan. La société Dinojo SAS, détenue par la famille Fraidenraich, était devenue actionnaire de la chaîne en janvier 2015.

La société des journalistes et du personnel de Libération (SJPL) a publié jeudi un communiqué à propos de cette affaire, faisant part de sa colère et déception et affirmant n’avoir pas été au courant de ces mouvements de fonds.

​«Le montage financier a été totalement dissimulé à la rédaction. Seule la somme de 450.000 euros, correspondant au coût d’organisation du forum sur place, a été communiquée aux élus. En revanche, ils n’ont jamais été informés du versement de trois millions d’euros supplémentaires à Libération ou à sa société mère d’alors, la holding PMP, qui épongeait régulièrement les dettes du journal […]. Après avoir reçu des compléments d’information de la part de la direction, les salariés ont exprimé leur colère et leur déception», indique le communiqué.

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La cogérance du quotidien a publié un autre communiqué confirmant les informations sur le versement de 3,45 millions d’euros et indiquant qu’«aucune irrégularité» n’avait été constatée «dans les flux financiers dont Libération et sa holding ont bénéficié et ont servi à combler le déficit du journal».

Le Forum citoyen en question s’est tenu les 9 et 10 octobre 2015 au centre de communication du stade de l’Amitié de Libreville, construit pour accueillir les matchs de la Coupe d’Afrique des nations 2012. Ses débats réunissant des membres du gouvernement gabonais et de l’opposition ont porté sur des thèmes tels que les défis de la démocratisation, la croissance, les liens entre la France, l’Europe et l’Afrique, le défi terroriste, l’Afrique verte, la révolution numérique ou le défi de l’indépendance journalistique en Afrique. À l’époque, les journalistes de Libération avaient exprimé des réserves quant à ce forum et exigé que Libération ne dégage pas un seul centime de bénéfice dans cette affaire.

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