Du Koutoukou contaminé tue six personnes en Côte d’Ivoire

CC BY 2.0 / CGP Grey / While the family was staying at a second floor condo, the pesticide company, Terminix, fumigated the lower unit.
While the family was staying at a second floor condo, the pesticide company, Terminix, fumigated the lower unit. - Sputnik France
À Abatta, un village de la commune de Bingerville, située à environ 20 km d’Abidjan, les services sanitaires ont enregistré six décès liés à la consommation de Koutoukou, une eau-de-vie artisanale. Par mesure conservatoire, les autorités ont fermé tous les débits de boisson du village.

«L’enquête a permis d’établir avec certitude qu’une partie des personnes décédées ont effectivement consommé un breuvage local communément appelé Koutoukou», indiquait dans l’après-midi du mercredi 3 juillet Vincent Toh Bi Irié, préfet d’Abidjan, sur sa page Facebook.

Le 2 juillet, une information circulant sur les réseaux sociaux faisant état d’une dizaine de décès. Le préfet qui s’est rendu sur les lieux a, quant à lui, dressé un bilan de six morts, constatés par les forces de sécurité et les services sanitaires, du 30 juin au 2 juillet.

Selon des témoignages, avant de succomber, en l’espace de quelques heures pour certains, de moins d’une heure parfois, les victimes se sont plaintes de douleurs abdominales, accompagnées de diarrhée et vomissements, ainsi que des troubles respiratoires et des convulsions.

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Interrogés par Sputnik à propos de ces symptômes, le docteur Davy Kélamaé Oulaï, médecin en santé publique, avance la thèse d’un empoisonnement.

«Il y a ici à la fois des signes neurologiques et digestifs qui évoquent vraisemblablement un empoisonnement. Seule une analyse toxicologique approfondie pourra déterminer ce qu’il en est exactement, mais je pense qu’il s’agit, ici, de l’ingestion d’aliments toxiques», a déclaré, au micro de spoutnik, le docteur Davy Kélamaé Oulaï.

Dans le village d’Abatta situé dans la commune de Bingerville (20 kilomètres à l’est d’Abidjan), des habitants en colère se sont mis à saccager des bistrots. La gendarmerie a interpellé la tenancière d’un débit de boisson où des témoins ont dit avoir vu certaines des victimes en train de consommer des boissons. À la suite de quoi, les autorités ivoiriennes ont décidé de fermer tous les débits de boisson «par mesure conservatoire»

Après la découverte dans la journée de mercredi par les services du ministère ivoirien du Commerce, la gendarmerie et la police, de 30 fûts d’un breuvage fabriqué localement et  communément appelé « Koutoukou », d’une capacité de 200 litres chacun, le préfet a prié les populations des 13 communes du département d’Abidjan de s’abstenir d’en consommer, « en attendant que l’enquête soit bouclée».

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En raison du danger potentiel qu’il représente pour les consommateurs, la production et la commercialisation du Koutoukou, un spiritueux traditionnel originaire du Ghana voisin, étaient interdites en Côte d'Ivoire depuis 1964, avant que les autorités ne lèvent finalement l’interdiction en 1999, devant la réalité de sa distillation et de sa consommation répandue dans le pays.

Sputnik s’est entretenu avec Alain Tahi, président de la Fédération des associations des consommateurs actifs de Côte d’Ivoire (FACACI) qui met en cause, pour sa part, des pesticides comme principale cause des malaises rencontrés par les victimes plutôt que le breuvage lui-même:

«La FACACI a été sur les lieux pour s’enquérir de la situation. Il semble que lors de la fabrication de ce Koutoukou, une contamination est intervenue à la suite d’utilisation de bidons vides ayant contenu des pesticides. C’est l’occasion pour nous d’interpeller l’État sur le problème des pesticides vendus en Côte d’Ivoire. Sur leur qualité, sur l’utilisation qui en est faite par les populations», a déclaré Alain Tahi au micro de Sputnik.

Le président de la FACACI se dit particulièrement inquiet, car l’usage des pesticides est répandu en Côte d’Ivoire, que ce soit dans les plantations de cacao, dont le pays est le premier producteur mondial, comme dans les plantations vivrières

«Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, pays agricole, les pesticides, produits toxiques utilisés pour tuer les mauvaises herbes, se vendent et s’achètent à tort et à travers. Tout le monde les utilise, sans véritable contrôle. Nous estimons que les producteurs de pesticides ont une responsabilité sociétale. Ils doivent bien expliquer, avant de le vendre, le mode d’emploi de leur produit dont l’utilisation par mégarde ou ignorance du réceptacle vide reste dangereux», estime Alain Tahi.

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Or, comme n’a pas manqué de le souligner Alain Tahi, la situation à Abatta n’est pas un cas isolé. Fin avril 2019, à Arrah, une commune de l’Est de la Côte d’Ivoire, une soixantaine de personnes ont été intoxiquées après avoir consommé du Koutoukou préparé dans un bidon ayant contenu un herbicide, affirme-t-il. Une intoxication similaire avait déjà eu lieu à Arrah, en 2014, causant la mort d’au moins deux personnes.

En avril 2018, à Nandalla, un village du département de Séguéla, dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, cinq membres d’une même famille ont succombé après avoir consommé un mets local à base de maïs, qui était infecté par des herbicides.

Le ministère ivoirien de l’Agriculture, conscient de la menace que représentent les pesticides pour la santé et l’environnement, a réitéré en 2018 sa «détermination à professionnaliser la filière pesticide», notamment en œuvrant à réduire de façon significative les pesticides frauduleux et obsolètes, qui ont un impact considérable sur l’économie agricole du pays.

Selon le Projet de Gestion des Pesticides Obsolètes en Côte d'Ivoire (PROGEP-CI), la fraude sur les pesticides se chiffre à 12 milliards de francs CFA (18,3 millions d’euros) chaque année avec une perte d'environ trois milliards de francs CFA (4,5 millions d’euros) pour l'État.

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