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«Les pays du Golfe estiment que la cause palestinienne appartient au passé»

© AFP 2021 FAYEZ NURELDINEMohammed ben Salmane (deuxième à gauche)
Mohammed ben Salmane (deuxième à gauche) - Sputnik France
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Depuis l’annonce du plan de paix de Donald Trump, un silence assourdissant résonne au Moyen-Orient. À quelques exceptions près, très peu de pays font entendre leur désaccord avec ce deal, que tous jugent défavorable aux Palestiniens. Pourquoi? Sputnik France a posé la question à Christian Chesnot, journaliste spécialiste du Moyen-Orient.

Il fut un temps où les leaders du monde arabe étaient vent debout et parlaient presque d’une seule voix lorsqu’il s’agissait de la question palestinienne. Cette époque semble aujourd’hui révolue. Depuis, l’équilibre géostratégique dans la région a connu une telle métamorphose qu’il est aujourd’hui difficile de rendre clairement compte de la position de certains pays de la région vis-à-vis de la Palestine et d’Israël.

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Le 27 janvier dernier, des pays du Golfe comme Bahreïn, Oman et les Émirats arabes unis avaient dépêché des officiels pour la présentation du plan de paix au Moyen-Orient de Donald Trump. Les Émirats arabes unis ont même publiquement considérés le plan comme «sérieux» et ont dit qu’il «s’agissait d’un point de départ important pour un retour aux négociations». Une rupture totale avec la traditionnelle alliance arabe autour de la cause palestinienne.

​Pourquoi cette volte-face? Christian Chesnot, journaliste spécialiste du Moyen-Orient, auteur avec Georges Malbrunot du livre Nos très chers émirs, publié aux éditions Michel Lafon en 2016, nous livre quelques clés de lecture afin de mieux comprendre un système d’alliance en pleine métamorphose.

Sputnik France: On entend très peu les pays arabes commenter le «plan de paix» de Donald Trump. Pourquoi ce silence?

Christian Chesnot: «Il y a tout de même un pays qui a beaucoup réagi, c’est la Jordanie. Ils sont en première ligne, notamment car les Israéliens vont se saisir de la vallée du Jourdain, et parce qu’ils ont accueilli beaucoup de Palestiniens par le passé. Pour le reste, ce silence s’explique de différentes manières.

En Égypte, le général Sissi est très proche des Israéliens. Les deux pays ont signé un accord sécuritaire pour lutter contre Daech* dans le désert du Sinaï. De plus, l’Égypte vient également de signer un contrat d’importation de gaz israélien.

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Ensuite, il y a les pays du Golfe, notamment les puissances comme l’Arabie saoudite et les Émirats, qui depuis longtemps prônent une normalisation des relations avec Israël. Cela s’explique par le fait que les pays du Golfe et Israël ont un ennemi commun, qui s’appelle l’Iran et qu’au nom de cette lutte, il y a une alliance légitime. Il y a aussi une proximité des leaders émiratis et saoudiens avec le Président Trump, ce qui facilite ce rapprochement.»

Sputnik France: Le temps de la solidarité arabe inconditionnelle à la cause palestinienne est-il révolu?

Christian Chesnot: «Il y a toujours eu deux niveaux de solidarité. D’une part, il y a les dirigeants arabes, qui ont une solidarité à géométrie variable, et qui ont souvent instrumentalisé la cause palestinienne en fonction de leurs intérêts. D’autre part, il y a les peuples, qui eux sont toujours solidaires avec les Palestiniens, et qui ne comprennent pas que l’on puisse arriver à un accord aussi désastreux pour les Palestiniens.»

Sputnik France: Les dirigeants, dont la solidarité est à géométrie variable, ne redoutent-ils pas une forme de pression populaire qui pourrait les mettre en danger?

Christian Chesnot: «Pas dans les pays du Golfe, en tout cas. Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’opinion publique. Il y a un État providence très fort et pas de partis politiques, pas de presse libre… Ce n’est donc pas dans ces pays-là que l’on va voir des mouvements populaires en soutien aux Palestiniens. En Égypte, au Liban, en Jordanie, en Syrie, en Irak, là, c’est peut-être possible, mais ces pays, tant les peuples que les dirigeants ont d’autres préoccupations plus immédiates. Et ce, même si ce traité vise clairement à enterrer la défaite des Palestiniens.»

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Sputnik France: Quel a été le rôle de ces pays du Golfe dans l’élaboration de ce plan de paix? Des hauts responsables de Bahreïn, d’Oman et des Émirats arabes unis étaient présents à la présentation de ce plan…

Christian Chesnot: «Les pays du Golfe étaient en coulisse durant les négociations. On a vu Jared Kushner [Haut conseiller du président des États-Unis et “médiateur dans le conflit israélo-palestinien”, ndlr] se rendre souvent en Arabie saoudite, aux Émirats et d’autres pays du Golfe. C’est gagnant-gagnant, ils peuvent ainsi normaliser leurs relations avec Israël et peuvent donc renforcer le camp hostile à l’Iran. Aussi, ils estiment que la cause palestinienne appartient un peu au passé et que les Palestiniens n’ont pas su saisir certaines opportunités à certains moments clés.

Après, on peut se poser la question: est-ce un calcul judicieux? Il faut rappeler que l’Arabie saoudite est gardienne des lieux saints musulmans et que ce pays joue un rôle important dans le monde musulman, et Jérusalem est tout de même le troisième lieu saint de l’Islam. À court terme, ils vont certainement se réjouir, mais à moyen ou long terme, il pourrait y avoir un retour de flamme qui peut leur coûter cher.»

*Daech est une organisation terroriste interdite en Russie.

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