Municipales: le coronavirus, planche de salut pour les candidats de la majorité?

© AFP 2022 CHRISTOPHE ARCHAMBAULTUn flacon de gel hydroalcoolique dans un bureau de vote.
Un flacon de gel hydroalcoolique dans un bureau de vote. - Sputnik France
Jusque-là, la contestation sociale contre le passage en force de la réforme des retraites s’invitait dans le débat des élections. Mais en l’espace de deux semaines, le contexte du scrutin a changé du tout au tout. Le coronavirus modifie la donne et ouvre peut-être un espace aux candidats de la majorité présidentielle.

Le chef de l’État joue-t-il à quitte ou double? Lors de son allocution télévisée, le 12 mars dernier, Emmanuel Macron a peaufiné son image de chef de guerre contre la pandémie du Covid-19. Une stratégie pour sortir des difficultés que traverse le gouvernement?

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Ce n’est pas un secret, les élections municipales s’annoncent très mal parties pour la majorité présidentielle. Et, par ricochet, pour Emmanuel Macron. C’est sans doute la raison pour laquelle le Président de la République, conscient du danger à lier son sort aux scrutins des 15 et 22 mars, s’est très vite désolidarisé du résultat des urnes. Dès le 15 janvier, lors de ses traditionnels vœux à la presse, le chef de l’État faisait remarquer à son auditoire que les municipales n’étaient «pas une élection nationale».

«Je ne vais pas considérer que les gens votent pour tel ou tel candidat parce qu'ils soutiennent ou pas le Président […]. Je n'en tirerai pas de manière automatique des conséquences nationales», avait-il alors expliqué.

Le 8 mars dernier, le chef de l’État jetait définitivement l’éponge, arguant encore qu’il s’agissait d’un enjeu bien trop local. Selon Le Figaro, «un membre du premier cercle» affirmait alors que le Président ne tirerait pas de «conséquences nationales» de ces élections. «Il a déjà enjambé le scrutin, observe un interlocuteur régulier. Il n’est pas dans le déni et ce ne sera pas pour lui un marqueur de réorientation de sa politique.» Et cet interlocuteur anonyme de presque dévoiler la stratégie présidentielle.

«Il y a une crise sanitaire avec le coronavirus, la loi retraites à finir, je n’imagine pas qu’il y ait des enseignements nationaux à ces scrutins locaux.»

Et si ces scrutins locaux étaient désormais déterminés par l’action du gouvernement contre l’épidémie? C’est, semble-t-il, le pari qu’a fait Emmanuel Macron.

Sociologie du vote et pandémie du coronavirus

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Signe d’un changement radical de priorité, la présidence de la République annonçait le 2 mars dernier l’annulation de toutes les obligations de l’agenda d’Emmanuel Macron. Afin qu’il puisse se «rendre disponible et mobilisable», expliquait l’Élysée. Son intervention solennelle à la télévision a achevé de le poser en rempart de la «Nation», une thématique souvent déclinée au cours du discours. «Cette crise doit être l'occasion d'une mobilisation nationale de solidarité entre générations», a-t-il martelé.

Le Président, qui avait déjà visité une maison de retraite devant les caméras une semaine plus tôt, a ainsi achevé d’endosser le costume du protecteur des seniors: «Je compte sur vous aussi pour prendre soin des plus vulnérables de nos compatriotes, ne pas rendre visite à nos aînés. C'est, j'en ai bien conscience, un crève-cœur.» Cette attention toute particulière pour «celles et ceux de nos compatriotes qui sont âgés» pourrait se révéler payante électoralement. En effet, en 2017 lors du second tour de l’élection présidentielle, les plus de 70 ans avaient voté à 78% pour Emmanuel Macron contre Marine Le Pen…

Un climat social délétère relégué au second plan

Mais en pleine pandémie de Covid-19, comment s’assurer le vote des anciens? Le ministère de l’Intérieur a autorisé, circonstances exceptionnelles obligent, les directeurs d’Ehpad et de maisons de retraite à agir comme des délégués d’officiers de police judiciaire et à recueillir en lieu et place de la police ou de la gendarmerie les procurations des pensionnaires.

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Municipales: «Pour LREM, la défaite sera probablement assez sévère»
Une lueur d’espoir pour La République en marche (LREM)? De fait, l’horizon s’est considérablement assombri pour le camp de la présidence, et ce dès l’émergence du mouvement des Gilets jaunes, en novembre 2018. Depuis, dans un contexte de quasi-insurrection permanent, les formes de contestation se sont succédé, les grèves contre la réforme des retraites accompagnant, relayant et amplifiant une grogne qui ne paraît pas vouloir s’éteindre.

Sur le terrain, les dégradations de permanences de candidats de la majorité aux municipales succèdent aux attaques des locaux d’élus LREM au plus fort de la révolte des Gilets jaunes.

Avec parfois pour cible des figures du gouvernement. Le 1er mars dernier, c’est la permanence du ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, également tête de liste à Tourcoing, qui était recouverte de tags dénonçant le recours à l’article 49-3 de la Constitution la veille, le 29 février.

«Certains ont hurlé des insultes à mon encontre, d'autres ont menacé de se rendre à mon domicile. Ces méthodes sont inacceptables. Chacun devrait les condamner en démocratie», avait déploré le ministre.

Se porter candidat aux municipales comme une figure identifiable de LREM avait, jusque-là, tout d’une mission suicide. Il en a été ainsi d’Agnès Buzyn, débarquée du ministère de la Santé après le cataclysme Griveaux.

Ainsi, également, d’Édouard Philippe qui, lui, semble plutôt chercher un point de chute après son passage à Matignon et vouloir retrouver sa mairie du Havre.

Le 31 janvier dernier, un impressionnant dispositif de sécurité avait dû être déployé pour assurer le meeting de lancement de campagne du Premier ministre candidat. Ces images d’un candidat se proposant aux suffrages sous une lourde protection policière avaient été largement diffusées sur les réseaux sociaux

​La majorité présidentielle est apparue, au cours ces élections, comme un camp retranché. Le succès, ou l’échec, de cette majorité dépendra très certainement du sort que les électeurs réserveront à ces têtes d’affiches médiatiques. Mais là aussi, Emmanuel Macron a minimisé les enjeux dès janvier: en aucun cas l’issue du scrutin n’entraînera de remaniement ministériel en cas de défaite.

Le gouvernement n’a presque plus rien à perdre des municipales, et tout à gagner.

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