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Covid-19 et détresse psychologique au Québec: «il faut aussi aplatir la courbe de l’anxiété»

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Dans la Belle Province, le Premier ministre Legault a reconnu que la pandémie de Covid-19 avait de lourds impacts psychologiques chez certaines personnes. Pour Frankie Bernèche, professeur de psychologie, en plus du virus, Québec devra s’attaquer sérieusement à ce problème, dans un contexte où le taux de suicide est déjà très élevé. Entrevue.

La pandémie de Covid-19 et le confinement qui l’accompagne alimentent un sentiment de détresse chez de nombreuses personnes dans le monde, y compris au Québec, province paisible de l’Est canadien. À plusieurs reprises depuis le 12 mars, jour 1 de la crise, le Premier ministre provincial, François Legault, a invité les personnes anxieuses et dépressives à utiliser les ressources disponibles pour améliorer leur santé mentale.

«C’est important de garder le moral, mais je comprends aussi qu’il y a des personnes qui sont stressées, qui sont anxieuses, qui sont déprimées, et le message que je veux vous lancer aujourd’hui, c’est que, si vous avez ou sentez que vous êtes comme en train de perdre le contrôle, n’hésitez pas à aller consulter. [...] Toutes les sortes de problèmes de santé mentale, c’est aussi important que les problèmes de santé physique», a déclaré M. Legault durant son point de presse du 30 mars.

Professeur de psychologie au Collège de Saint-Jean-sur-Richelieu au Québec, Frankie Bernèche n’est pas du tout surpris de l’augmentation des symptômes anxieux et/ou dépressifs dans la population depuis les premières mesures. Intervenant régulièrement dans les médias, il estime que «la courbe de l’anxiété doit suivre presque parfaitement la courbe de la contagion de Covid-19», laquelle ne cesse de progresser.

«On parle beaucoup d’aplatir la courbe de l’infection virale. Très bien, mais il faut aussi aplatir la courbe de l’anxiété au Québec. Il faut aussi considérer une réalité importante: quand les gens sont très anxieux, ils deviennent plus vulnérables au niveau de leur immunité. Les maladies psychosomatiques ont de réels impacts sur la santé physique des gens. [...] Plus les gens développement des hormones de stress, moins leur système immunitaire est fort», avertit le professeur au micro de Sputnik.

Entre le 12 mars et le 3 avril, le nombre de personnes infectées est passé de 13 à 6.101 au Québec. À l’heure où nous écrivons ces lignes, le Québec est la province canadienne où le plus de cas ont été découverts. Avec 6.101 cas sur 12.537, le Québec enregistre environ 48,6% des cas, alors qu’il présente environ 22% de la population canadienne.

Des sommets d’anxiété dans la Belle Province

Pour Frankie Bernèche, si le virus en tant que tel engendre «une peur de la mort qui est devenue taboue», ce sont surtout les mesures de confinement qui accentuent la pression psychologique:

«Le confinement est un facteur supplémentaire de stress. Les mesures amplifient la peur de la mort des gens. [...] Il y a aussi la peur de la solitude. Il y a plusieurs personnes qui, pour la première fois de leur vie, se retrouvent complètement seules. Il y a aussi la peur financière et dans certains couples, celle de la séparation [...] En gros, les mesures de confinement empêchent les gens de combattre leurs peurs naturelles en pratiquant leurs activités et loisirs. Enfin, les gens ne peuvent plus faire de déni: le confinement les oblige à affronter la réalité», observe M.Bernèche.

Le 24 mars dernier, Donald Trump a mis en garde contre des «milliers de suicides» éventuels liés à l’effondrement de l’économie américaine, dont dépend au moins 75% des exportations canadiennes et 20% du PIB canadien. Depuis de nombreuses années, trois personnes s’ôtent la vie chaque jour au Québec, selon les chiffres de l’Association québécoise de prévention du suicide. Les hommes comptent pour plus des trois quarts des suicides. Une situation qui inquiète le professeur de psychologie:

«C’est vrai que le Québec arrive dans le peloton de tête des pays occidentaux les plus touchés par les problèmes de santé mentale. L’indicateur du suicide le montre assez bien. Pourquoi se suicide-t-on autant au Québec? C’est une question très complexe, mais ça dénote une certaine fragilité et vulnérabilité [...]. On parle depuis plusieurs années d’intégrer au système de santé public les soins de santé mentale pour les rendre plus accessibles. Actuellement, ces soins sont très chers. Le gouvernement Legault devrait profiter de la situation pour concrétiser ce projet», estime-t-il.

Sur une note plus positive, Frankie Bernèche juge de manière très positive la gestion de la crise actuelle par le gouvernement Legault. En entrevue avec Sputnik le 1er avril, l’expert en gestion de crise François Miville-Deschênes expliquait que l’image rassurante du Premier ministre québécois plaisait beaucoup. Un avis que M. Bernèche partage entièrement:

«François Legault a une approche très humaniste, très forte, très réconfortante. Il est l’homme de la situation. Du côté fédéral avec Justin Trudeau, c’est complètement différent. [...] François Legault est déjà une ressource psychologique importante pour les gens anxieux. Comme personnalité, c’est vraiment l’homme qui apaise. La courbe de l’anxiété serait plus forte sans Legault», conclut le professeur de psychologie.
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