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Conséquences démographiques du Covid-19: «Nous n’avons pas d’exemple similaire»

© SputnikLa ville de Paris lors de la troisième journée de confinement, 19 mars 2020
La ville de Paris lors de la troisième journée de confinement, 19 mars 2020  - Sputnik France
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Cinq mois après la découverte du Covid-19, Sputnik s’est entretenu avec un démographe et épidémiologiste pour connaître les conséquences de la pandémie et comprendre pourquoi l’Afrique est moins touchée par le virus.

Les scientifiques commencent à y voir plus clair, cinq mois après l’apparition du coronavirus en Chine, berceau de la pandémie. Mais de nombreuses questions persistent, sur le présent comme sur le futur de la maladie. En effet, chaque pays la vit d'une manière différente, laissant ainsi peu de place à un modèle à suivre. Rare point commun: dans tous les pays touchés, les personnes âgées sont les plus vulnérables.

«Nous n’avons pas de références»

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Aujourd’hui, l’incertitude est là, estime Jean-Marie Robine, démographe et épidémiologiste, directeur de recherche émérite à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. D’après lui, dans la situation actuelle, les hypothèses émises sont aussi diverses que variées.

«Nous ne savons pas exactement où va nous embarquer cette pandémie. Si par un coup de baguette magique elle s’arrêtait ce soir ou demain, les conséquences sur le plan démographique ne seraient pas si terribles. Et je ne parle pas sur le plan économique. Le problème est que nous ne savons pas où nous nous trouvons. Nous ne connaissons pas la trajectoire de cette maladie. Va-t-elle s’arrêter? Allons-nous être exposés à une deuxième, troisième et quantième vague? Nous n’avons pas d’exemple similaire, donc nous ne savons pas comment la traiter. Nous n’avons aucune référence.»

La grippe H3N2

Parfois, les virus mettent du temps à frapper. C’était le cas de la grippe H3N2, apparue en 1968 à Mexico, mais arrivée en Europe qu’en 2012. Jean-Marie Robine explique qu’à sa naissance au Mexique, cette grippe était peu dangereuse et ne faisait que peu de victimes. Mais, elle ressemble beaucoup au Covid-19, car très dangereuse pour les personnes âgées. Avec près de 12.000 morts en France en 2012, tous âgés de plus de 85 ans, elle est passée quasi-inaperçue.

«Cette grippe est revenue en 2015 et elle a tapé plus fort en faisant entre 15.000 et 20.000 morts. Au niveau européen, au travers d’un réseau qui s’appelle Euro Momo, on a estimé près de 250.000 morts, toujours très âgés. Donc des chiffres plus forts que ceux du Covid-19 dans les mêmes pays. Sauf qu’on savait que c’était une grippe».

Les jeunes moins vulnérables

Les pays qui comptent aujourd’hui le plus de décès sont ceux où l’espérance de vie est élevée, explique le démographe. Après la Seconde Guerre mondiale, le nombre d’octogénaires, de nonagénaires et de centenaires a augmenté en Europe de l’Ouest et du Nord:

«Aujourd’hui, en France, il y a entre 20.000 et 30.000 centenaires. Ce qui était le cas il y a 30 ans pour les nonagénaires, et 60 ans pour les octogénaires. Est-ce que cette épidémie va décimer les plus âgés puis s’arrêter d’un coup? C’est quand il n’y a plus rien à brûler que ça s’arrête. Il y a eu beaucoup moins de victimes en Chine car la population est beaucoup plus jeune. Les plus touchés sont les 60-70 ans. Alors que chez nous, c’est les plus de 80 ans. Nous avons "un stock"de population âgé beaucoup plus important que la Chine».

«Un niveau de défense immunitaire incomparable»

L’Afrique a été longtemps épargnée par la pandémie. Et les chiffres que les gouvernements africains publient sont relativement bas. Plusieurs raisons expliqueraient cela, avance Jean-Marie Robine. La population africaine est extrêmement jeune. De plus, actuellement, les maladies chroniques dégénératives, les maladies cardio-vasculaires et le diabète envahissent le continent:

«En Afrique, il y a désormais beaucoup de gens obèses. Et ça reste un continent où les maladies infectieuses sont encore considérablement présentes. Bien que ces populations africaines plus jeunes soient en moins bonne santé, elles sont plus à même de développer des anticorps et ont donc un niveau de défense immunitaire incomparable».

Ceci pourrait expliquer le nombre faible de décès et de cas de contamination au Covid-19 sur le continent africain. Mais ça reste une hypothèse. Jean-Marie Robine souligne qu’il ne faut pas oublier les explications sociaux-économiques.

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«Les pays les plus développés sont les plus transparents grâce à leur système de collecte d’informations. En Afrique, soit certains pays n’ont pas intérêt à surveiller leur population, soit ils ne savent pas le faire, soit ce n’est pas leur priorité. Donc on se pose vraiment des questions sur le nombre de cas déclarés sur le continent».

 

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