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Burkina Faso: insécurité et coronavirus, un cocktail humanitaire explosif

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Au Burkina Faso, si l'actualité est largement dominée par la crise sanitaire liée au Covid-19, la situation sécuritaire n'en demeure pas moins périlleuse. En témoignent le blocus imposé ces dernières semaines par des hommes armés à Djibo, de même qu’une bavure attribuée aux forces de sécurité, dans cette grande ville du nord du pays.

Alors que le coronavirus mobilise toujours l’attention à Ouagadougou, le quotidien des populations du nord du Burkina Faso reste rythmé par des exactions en tous genres, attribuées tantôt aux groupes armés, tantôt aux forces de défense et de sécurité.

À Djibo, une localité de la province du Soum et de la région du Sahel, l’armée burkinabè est une nouvelle fois montrée du doigt pour des exécutions sommaires de civils.

Une attaque terroriste a ravagé le quartier général malien de la force du G5 Sahel, le 29 juin 2018. - Sputnik France
Burkina Faso: la bavure de trop?

Selon Human Rights Watch, le 9 avril dernier, les forces de sécurité auraient exécuté 31 détenus, tous appartenant à la communauté peule, régulièrement accusée de collaborer avec les terroristes, au point d’être souvent (et aveuglément) amalgamés avec ceux-ci. L’ONG appelle la communauté internationale à «faire pression sur le gouvernement burkinabè pour enquêter de manière impartiale sur ce présumé crime de guerre».

Ce massacre attribué aux forces armées burkinabè est survenu alors que la ville de Djibo était sous le coup d’un blocus imposé par des groupes armés non identifiés, dont des terroristes, selon des sources concordantes.

En effet, depuis fin mars, des hommes armés ont investi les axes menant à Djibo, arraisonnant et menaçant véhicules et passagers. Leur présence entravait sérieusement le ravitaillement de la ville au point où vivres, médicaments, carburant et autres produits de première nécessité sont devenus des denrées rares dont les prix ne cessent de flamber.

Adama Dicko, un habitant de la ville joint par Sputnik vers la mi-avril, confirmait cette information:

«Depuis février, les deux compagnies qui assuraient la desserte de Djibo à partir de Ouagadougou ont stoppé leurs activités en raison de l’insécurité. Et voilà bientôt trois  semaines en ce mois d’avril que des camions de marchandises restent stationnés à Bourzanga [localité située à une cinquantaine de kilomètres au Sud de Djibo] pour la même raison. Cette situation devient de plus en plus intenable pour nous, il faut que le gouvernement intervienne», déclarait-il alors.

L’armée burkinabè a finalement renforcé sa présence sur les axes menant à Djibo, favorisant ainsi un certain retour à la normale qui se manifeste par un réapprovisionnement au compte-goutte de la ville, la crainte et la prudence étant encore de rigueur chez les transporteurs.

Djibo dans la tourmente

Le 18 octobre 2018, Djibo était pour la première fois victime d’une attaque d’hommes armés. Depuis, la ville est restée sous le feu récurrent des djihadistes.

Si bien que le 3 novembre, Oumarou Dicko, député-maire de la commune, ainsi que son chauffeur, son cousin et un agent de la mairie ont été abattus alors qu’ils se rendaient à Ouagadougou. Avant cet assassinat, jamais les groupes armés n’avaient osé s’en prendre à une autorité de ce rang.

Le harcèlement des djihadistes et leur apparente liberté d’action ont fait naître chez les populations un sentiment de résignation et d’abandon qui s’est accentué avec le temps.

«Ce qui se passe à Djibo est symptomatique de l’ensemble du Nord, nous nous sentons abandonnés par nos autorités et à la merci du premier terroriste venu», a confié à Sputnik un conseiller municipal d'Aribinda, une commune rurale située à 90 km de Djibo.

Pour ce conseiller qui a requis l’anonymat, «dans la bataille contre le terrorisme dans le Nord, le gouvernement a cédé la main, mais il est encore temps de la reprendre».

Insécurité et coronavirus, pour un cocktail humanitaire explosif

«La situation humanitaire était déjà particulièrement délicate, mais avec l’épidémie de coronavirus, il s’y est ajouté une touche un peu plus dramatique», a déclaré à Sputnik Steven Anderson, le coordinateur communication pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dans la délégation régionale basée à Abidjan qui couvre huit pays, dont le Burkina Faso.

Burkina Faso Enfant - Sputnik France
Au Burkina Faso, une urgence humanitaire sans précédent

Avec la propagation effrénée de la maladie à coronavirus au Burkina Faso (plus de 600 cas confirmés et 42 morts à fin avril) les zones Nord et Est –déjà durement affectées par la crise humanitaire et qui accueillent une population déplacée hautement vulnérable– ne sont pas à l’abri.

Selon le Conseil national de secours d'urgence et de réhabilitation (Conasur, structure publique à vocation sociale et humanitaire), du fait des incidents sécuritaires (plus de 1.800 civils et militaires ont été tués en 2019 selon l’ONU, ndlr) qui continuent de se multiplier, le nombre de déplacés internes s'établit en avril 2020 à près de 840.000 contre 600.000 fin janvier.

Les mesures gouvernementales prises pour enrayer la progression du Covid-19 ont d'ores et déjà occasionné la perte d'activité d'au moins 53% des ménages hôtes, à titre gracieux, de ces déplacés, alerte la même source. Autrement dit, ces ménages se retrouvent dans l'incapacité de générer des revenus, ce qui entraîne une augmentation de leur vulnérabilité alimentaire.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire, au Burkina Faso, est passé de 1,5 million en décembre 2019 à 2,2 millions en janvier 2020. Et sur les 2,2 millions de personnes, 1,6 million ont besoin d’une aide alimentaire.

Entraînement de soldats burkinabè près de Ouagadougou. - Sputnik France
Des volontaires pour la défense du Burkina Faso, de la chair à canon pour terroristes?

Par ailleurs, les réfugiés maliens installés dans le nord du Burkina Faso depuis 2012, dont le nombre dépasse les 20.000, se retrouvent désormais entre deux feux. D’un côté, l’insécurité grandissante dans leur pays d’accueil ne permet désormais plus la moindre quiétude, de l’autre, la menace du coronavirus se fait de plus en plus pressante.

Face à ce dilemme dont l’enjeu n’est ni plus ni moins que leur survie, certains réfugiés ont fait le choix de rejoindre des localités plus au sud, davantage sécurisées. D’autres ont manifesté au Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) leur intention de rentrer au Mali –où la situation sécuritaire n’est pourtant guère plus reluisante– une fois les restrictions liées à la lutte contre le Covid-19 assouplies.

«Dans un contexte humanitaire aussi complexe, où les problématiques ne cessent de se superposer, l’une de nos réponses est d’ajuster notre modus operandi afin de maintenir l’accès aux populations dans le besoin, tout en veillant à la sécurité de notre personnel», a expliqué Steven Anderson.
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