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Meurtres de femmes en Algérie: elles comptent «pour ne plus perdre une des leurs»

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Deux militantes féministes algériennes ont lancé une initiative sur Facebook afin de dresser au quotidien le décompte des meurtres de femmes dans leur pays. «Féminicides Algérie» a pour objectif de faire prendre conscience à la société et aux autorités locales de l’ampleur que prend le phénomène de l’assassinat des femmes.

Un décombre macabre mais indispensable. Chaque jour, Narimene Mouaci Bahi et Wiame Awres, deux Algériennes très engagées dans la lutte pour les droits des femmes, font un travail de monitoring et d’investigation pour dénoncer les meurtres de femmes à travers le pays.

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Écrite en langue arabe pour toucher un plus large lectorat, la page affiche un hashtag qui explique à lui seul la portée de leur combat: #nous_avons_perdu_une_des-notres.

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L’initiative de Wiam et Narimene a débuté en 2019, lorsqu’elles ont pris connaissance des statistiques de la police nationale en matière de féminicides.

«Nous avons lu un article qui annonçait que durant l’année 2019, 39 femmes avaient été victimes de meurtre pour la simple raison qu'elles étaient des femmes. Nous avons donc décidé de travailler sur cette question en faisant en sorte de donner de la visibilité à ces victimes afin que les gens prennent conscience de l’ampleur de ce phénomène. Le féminicide peut être commis par un proche, un époux, un homme de la famille et, également, dans le cadre d’un harcèlement de rue ou à la suite de violences sexuelles», précise Wiame Awres à Sputnik.

Pour Narimene et Wiam, il était important d’avoir des statistiques qui se rapprochent le plus de la réalité. Elles ont commencé à chercher dans la presse et sur les réseaux sociaux tous les cas de féminicides. «Pour commencer, nous avions refait le décompte de l’année 2019 et nous sommes arrivées au chiffre de 79 féminicides, soit 40 de plus que les statistiques de la police. Puis, dès le 1er janvier 2020, nous avons commencé à dénombrer les crimes contre les femmes sur notre page Facebook.»

Au 16 août dernier, les deux militantes féministes comptaient 35 femmes assassinées. Une des dernières victimes est une dame âgée de 85 ans, mère de neuf enfants, qui a été tuée par son fils avec un fusil de chasse dans un petit village de la région de Tizi-Ouzou.

«Pour confirmer une information, nous devons procéder à des vérifications et à des recoupements. C’est nécessaire pour éviter tout risque de fake news. Récemment, une annonce a fait état d’un double féminicide à Constantine. Mais après vérification, il s’est avéré que c’était une violente dispute qui, fort heureusement, n’a provoqué aucune victime», indique Wiam.

Meurtrier en liberté

Selon elle, le travail ne doit pas se limiter uniquement à l’annonce du meurtre et au décompte, il doit se dérouler sur le long terme, avec le suivi de tous ces crimes. «Nous devons savoir si le meurtrier a bien été jugé pour son crime et s’il encourt la peine prévue par la loi. Aussi, il est important de savoir si cet individu se fait passer pour un malade souffrant d’une pathologie psychiatrique pour échapper à la prison.»

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Wiam cite le cas d’Asma Bekchit, une étudiante de Mila (400 km à l’est d’Alger), qui a été tuée en 2013 par un homme à qui elle a refusé de parler dans la rue. Le meurtrier, qui lui a asséné 15 coups de couteau, a été condamné en 2017 à la peine de prison à perpétuité pour homicide volontaire avec préméditation. En 2019, dans le cadre d’une procédure d’appel, la cour de Constantine l’a acquitté après avoir présenté des documents médicaux délivrés par un psychiatre prouvant qu’il souffrait de troubles mentaux. La famille de la victime a organisé des rassemblements pour dénoncer la remise en liberté du tueur d’Asma et exiger l’annulation du verdict.

«La situation est terrible car les informations que nous avons sur l’affaire d’Asma Bekchit disent que son meurtrier a bien été remis en liberté», dit Wiam.

«Notre rôle consiste aussi à raconter les histoires des victimes afin que l’opinion publique puisse mettre un visage et le récit d’une vie sur ce qui semble être un fait divers. Il est important d’humaniser l’histoire de ces femmes. Il ne faut pas qu’elles subissent une seconde mort», ajoute-t-elle.

Wiam et Narimene veulent en finir avec la banalisation par la société algérienne des violences faites aux femmes et les féminicides. «Certaines personnes ont tendance à vouloir justifier ces actes sous prétexte que l’homme était sous pression ou que la femme l’a poussé à bout. En agissant ainsi, c’est le criminel qui devient la victime», note Wiam.

Crime d'honneur

En 2015, le législateur a introduit de nouvelles dispositions au Code pénal afin de lutter contre les violences faites aux femmes. Pour Wiam, ce qui est considéré comme étant une avancée pose en réalité de nouveaux problèmes à cause de la «clause de pardon», une disposition qui permet d’annuler les poursuites si l’épouse accorde la clémence à son agresseur.

Elle dénonce également la notion de «crime d’honneur» qui se cristallise sur l’article 279 de ce même code. Celui-ci stipule que «le meurtre, les blessures et les coups sont excusables s’ils sont commis par l’un des époux sur son conjoint ainsi que sur le complice à l’instant où il les surprend en flagrant délit d’adultère».

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