Algérie: un avocat attribue au général Gaïd Salah la destruction de 300 chars israéliens

© AFP 2022 RYAD KRAMDILe lieutenant général Ahmed Gaïd Salah, lors d'une cérémonie officielle à Alger le 19 décembre 2019
Le lieutenant général Ahmed Gaïd Salah, lors d'une cérémonie officielle à Alger le 19 décembre 2019 - Sputnik France
En Algérie, un avocat a attribué au général Ahmed Gaïd Salah, ex-chef d’état-major, la destruction de 300 chars lors de la guerre israélo-arabe de 1973. Ses propos se sont révélés erronés, Gaïd Salah n’ayant pas participé à ce conflit. Mais ils s’inspirent de faits réels, quand l’armée algérienne a tenu en échec les troupes israéliennes à Suez.

En voulant trop en faire, Me Rachid Djedi a fini par se ridiculiser. Lundi 9 novembre à Annaba (650 km à l’est d’Alger), au cours du procès qui oppose Adel et Boumediene Gaïd Salah au journal El Watan, cet avocat a tenté d’impressionner l’assistance en prêtant un acte héroïque au chef d’état-major de l’armée, père de ses clients, décédé en décembre 2019.

«Lors de la guerre de 1973 contre Israël, Ahmed Gaïd Salah avait réussi, selon un général sioniste, à abattre plus de 300 chars», a lancé Me Djedi, dont les propos ont été rapportés par la presse algérienne.

C’est tout ce que retiendra l’opinion publique de ce procès qui fait suite à un article jugé diffamatoire publié le 31 août 2020 par le journal francophone. Sur les réseaux sociaux, les internautes n’ont pas manqué de railler l’avocat de la famille Gaïd Salah.

Faisant jouer une paronomase entre les deux mots en arabe, cet internaute se demande s’il s’agit de 300 «chars» qui ont été détruits ou seulement de 300 «mouches».

Arrête ton char…

Akram Kharief, journaliste spécialisé sur les questions de défense et de sécurité et directeur du site Menadefense, réfute toute participation du général Ahmed Gaïd Salah dans la guerre israélo-arabe d’octobre 1973. 

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Il explique à Sputnik que l’ancien ministre délégué à la Défense nationale était mobilisé en 1968 lors de la guerre d’usure qui avait opposé l’Égypte à Israël.

«Le général Ahmed Gaïd Salah a participé à la guerre d’attrition, le conflit latent qui avait suivi la guerre des Six Jours. Il était en Égypte en 1968 dans une unité algérienne stationnée sur la ligne de front. Mais il n’y a pas eu de combats durant cette période. Les faits qui lui sont attribués par l’avocat de ses enfants relèvent de l’affabulation. Faire une telle déclaration, de plus dans un tribunal, est absurde», précise Akram Kharief.

Un exploit de la 8e BB

L’expert algérien rappelle également que la biographie du général Ahmed Gaïd Salah énonce clairement que sa mobilisation en Égypte s’est déroulée uniquement au cours de l’année 1968. Akram Kharief tient cependant à préciser que ce fait d’armes a bien eu lieu et avait opposé des unités algériennes aux troupes israéliennes dans la ville portuaire d’Al-Adabiya (Suez).

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«Le nombre de chars détruits a été exagéré mais l’histoire est bien réelle», assure-t-il. Les faits remontent à 1973. L’armée israélienne a été surprise par une embuscade tendue par la 8e brigade blindée qui était alors sous le commandement du général Abdelmalek Guenaizia –devenu plus tard ministre délégué à la Défense nationale.

«Les Algériens ont fait fuir les Israéliens et ont détruit un certain nombre de leurs chars. Il y a des photos d’archives qui attestent la destruction de plusieurs blindés. Cette victoire de l’armée algérienne a été documentée. Des officiers israéliens ont même parlé de cette bataille», indique Akram Kherief.  

Se basant sur le témoignage de l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne David Elazar, la presse égyptienne a fait état de la perte de «900 soldats parmi les meilleurs de l’armée israélienne et de 172 chars totalement détruits» dans le piège d’Al-Adabiya. Il est étonnant que les autorités algériennes ne mettent pas en avant l’action de l’armée durant la guerre de 1973. Akram Kharief révèle que c’est le Président Boumediene qui avait décidé de taire cet «épisode héroïque».

«L’apport de l’armée algérienne a été tu volontairement côté algérien par le Président Houari Boumediene. Il considérait que l’engagement militaire de l’Algérie avait été totalement balayé par l’accord de Camp David et ne voulait plus entendre parler de cette guerre car il estimait qu’elle avait été menée pour rien», affirme le directeur de Menadefense.

Un «déni de mémoire» problématique, d’autant qu’il passe sous silence les nombreux soldats algériens qui ont perdu la vie sur les champs de bataille du Moyen-Orient. Selon l’Organisation nationale des anciens combattants algériens au Moyen-Orient (Onacmo), l’Algérie a engagé 20.000 officiers, sous-officiers et soldats dans les guerres contre Israël.

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