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Mauvaise image de la Chine: le «soft power occidental» a-t-il transformé Pékin en «bouc émissaire»?

© AP Photo / Thibault CamusEmmanuel Macron et Xi Jinping
Emmanuel Macron et Xi Jinping - Sputnik France
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Une majorité de Français ont une image négative de la Chine, selon les conclusions d’une étude européenne. Pour Jean-Paul Tchang, économiste et spécialiste de la Chine, ce résultat sans appel est l’aboutissement de la «diabolisation» de Pékin par l’Occident.

Le Covid-19 qui a fait 1,4 million de morts dans le monde, le traitement infligé aux Ouïghours, la prise en main de Hong Kong, la guerre commerciale avec Washington, quatre éléments déterminants en 2020 qui ont détérioré l’image de la Chine à l’étranger, particulièrement en Occident.

La perception de ce pays a fait l’objet d’une vaste enquête menée en septembre et octobre dans treize pays européens par l’Université tchèque Palacký d’Olomouc, en partenariat avec l’Institut français des relations internationales (IFRI). Et le résultat est frappant. 62% des Français ont une image négative de la Chine, pour seulement 16% de perceptions positives. Un sentiment généralisé, toutes opinions politiques confondues, et qui a particulièrement empiré depuis trois ans pour 53% des Français.

L’élément que les Français associent aujourd’hui le plus avec la Chine? Le Covid-19. Interrogé par Le Monde, le chercheur Marc Julienne observe par ailleurs que les Français sont plus attachés aux critères «politiques qu’économiques». Ainsi les «premiers termes qui viennent à l’esprit des sondés, en dehors du Covid-19, sont “dictature” et “autoritaire”. Les Français placent la Chine au dernier rang des États et entités de confiance [derrière l’UE, les États-Unis et la Russie, ndlr]». Et l’opinion publique française n’est pas isolée, car sur les treize populations interrogées, dix partagent une image franchement négative de Pékin, tout particulièrement les pays d’Europe de l’Ouest et du Nord. Seules la Serbie, la Russie et la Lettonie en ont une perception plutôt positive.

La faute à Trump?

Pour Jean-Paul Tchang, économiste et cofondateur de La lettre de Chine, une modification si radicale et massive de l’opinion occidentale n’est pourtant pas étonnante. Il estime que l’un des facteurs les plus déterminants dans la construction de ces opinions publiques réside dans la posture «d’affrontement direct et de plus en plus idéologisé» de l’Administration américaine et du Président Trump:

«On a commencé par la guerre commerciale et ça se termine par une attaque directe contre le Parti communiste chinois, le système de gouvernement en Chine, des actes politiques ou militaires qui donnent un affrontement avec la Chine en diabolisant sans complexe ce pays et son système.»

Une attitude américaine qui aurait «visiblement libéré beaucoup d’esprits» en Occident, notamment chez les «atlantistes», plutôt critiques à l’égard du mandat du Président américain, sauf en ce qui concerne la Chine. L’expert tire ainsi à boulets rouges sur les think tanks, qui se seraient spécialisés sur des thèmes mobilisateurs et sensibles tels que les droits de l’homme et l’État de droit.

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Répondant aux accusations de Donald Trump sur le «virus chinois», la diplomatie de Pékin est passée à l’offensive en début d’année. En mars, le compte Twitter de l’ambassade de Chine à Paris avait évoqué d’éventuelles responsabilités américaines sur le déclenchement de la pandémie. L’ambassadeur chinois, Lu Shaye, a même été convoqué par Jean-Yves Le Drian pour ses propos dénigrant publiquement l’Occident. C’est ainsi que ses diplomates ont été qualifiés de «loups guerriers», comme l’explique le spécialiste de la Chine.

«Si jamais les diplomates chinois osent émettre quelques arguments pour défaire les attaques des médias occidentaux, on les traite aussitôt de “loups”. Je suis admiratif devant le soft Power occidental. Avec un tel sondage, c’est ça qu’il faut constater. Ceux qui sont agressifs ne sont peut-être pas les Chinois.»

Jean-Paul Tchang pointe du doigt un «alignement idéologique sur cette ligne franchement antichinoise» qui aurait ensuite été adopté par l’ensemble des médias et dont on observe, selon lui, l’évolution depuis deux ou trois ans.

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Le spécialiste ne se prive pas donc d’ironiser sur «l’unanimité des médias en Occident» qu’il avait déjà constatée à l’inverse sur «l’adoration de la Révolution culturelle et du maoïsme dans les années 70». Mais aujourd’hui, c’est donc le contraire auquel on assisterait.

«C’est la diabolisation absolue de tout ce qui se passe en Chine suivant le tempo imposé par la diplomatie américaine, que ce soit sur Hong Kong, le Covid-19, les théories complotistes concernant l’origine du virus. Ça fait des mois et des mois que les médias sont unanimes. Alors on ne s’étonne pas après cela qu’effectivement, l’opinion publique soit profondément influencée.»

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Pour Jean-Paul Tchang, la Chine est donc très utile dans le sens où ce discours désigne «un bouc émissaire extérieur». Mécontentes quant à la gestion de la crise sanitaire, les opinions publiques occidentales seraient d’autant plus disponibles à suivre: «on a le responsable de tous leurs malheurs, c’est la Chine». Et celui-ci de s’insurger contre une conséquence néfaste de cette narration, c’est-à-dire «le péril jaune» selon lequel «la Chine va nous bouffer» ou encore «la Chine nous agresse» ce qui s’apparente à «une sorte de racisme profond».

S’il relativise l’impact sur les relations entre la Chine et la France en indiquant que les «liens économiques vont simplement continuer et se développer à la fin du Covid-19», Jean-Paul Tchang regrette à l’avance des répercussions sur la communauté chinoise en Europe. Cette dernière subit de plein fouet le racisme anti-asiatique qui se répand sur les réseaux sociaux, particulièrement depuis le début de la pandémie.

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