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RDC: à quoi s’attendre à la suite des consultations nationales?

© AFP 2021 MANDEL NGANFélix Tshisekedi, Président de RDC
Félix Tshisekedi, Président de RDC - Sputnik France
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En RDC, les consultations initiées par Félix Tshisekedi ont pris fin. Le chef de l’État congolais devrait annoncer de «grandes décisions» dans les prochains jours. Mais à moins d’un soutien conséquent de l’étranger, sa marge de manœuvre reste assez réduite. Analyse pour Sputnik du chercheur et journaliste Patrick Mbeko.

C’est ce mercredi 25 novembre que les consultations initiées par Félix Tshisekedi au début du mois ont pris fin. Pendant trois semaines, le chef de l’État congolais a reçu des représentants des différents partis, des membres de la société civile ainsi que plusieurs autres couches socioprofessionnelles de la République démocratique du Congo (RDC).

Pour le Président Tshisekedi, ces discussions avaient pour objectif de décanter la grave crise politique que traverse la coalition au pouvoir (FCC-CACH) et qui paralyse la bonne marche des institutions.

Si la plupart des partis et regroupements politiques du pays ont pris part à ces consultations, le FCC (Front commun du Congo), la famille politique du Président sortant Joseph Kabila, a jusqu’à la dernière minute décliné l’invitation de la présidence. Elle a à nouveau affirmé sa disponibilité à ne dialoguer avec le chef de l’État congolais que dans le cadre de l’accord conclu entre le FCC et CACH (Cap pour le changement), la famille politique de Félix Tshisekedi. Signe que les tensions entre les deux partenaires ne sont pas près de s’estomper.

Entre rupture et cohabitation

L’heure serait-elle à la rupture définitive entre le FCC et CACH? C’est ce que laissent penser les radicaux de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), le parti de Félix Tshisekedi. Depuis l’arrivée au pouvoir de ce dernier, en janvier 2019, à la suite d’un accord conclu avec son prédécesseur Joseph Kabila, il a eu du mal à articuler ses politiques sans se heurter aux peaux de banane que laisse délibérément sur sa route le FCC, avec lequel il est pourtant en coalition. Les divergences entre CACH et le FCC se sont tellement multipliées au cours des derniers mois que Félix Tshisekedi s’est senti dans l’obligation de lancer les consultations politiques qui viennent de s’achever, sans pour autant mettre fin aux tensions entre les deux formations.

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Entre les deux partenaires règne une telle méfiance qu’à CACH, on appelle désormais ouvertement à la rupture quand le FCC, de son côté, se dit prêt pour la cohabitation, voire des élections anticipées en cas de désunion de la coalition. 

Un changement de perspective loin d’être évident

Si Félix Tshisekedi a convoqué les consultations, c’est avant tout dans l’optique de renverser les rapports de forces politiques face au FCC, qui domine le Parlement et le Sénat à la majorité absolue. Les discussions devraient lui permettre de dégager une avance confortable en vue de former ce qu’il a lui-même appelé une «union sacrée» de la nation, et ainsi se soustraire au joug du FCC.

Tous les coups étant désormais autorisés entre les deux membres de la coalition au pouvoir, CACH n’a pas hésité à débaucher dans les rangs du FCC, proposant d’importantes sommes d’argent à certains députés de cette formation politique moyennant leur allégeance à Félix Tshisekedi, dénoncent des Kabilistes. Certains ont mordu l’hameçon, d’autres ont décliné l’offre, préférant rester fidèles à Joseph Kabila.

Jusqu’à la clôture des consultations, il est difficile de dire si CACH a réussi à gagner les cœurs et les esprits à sa cause au point de croire à un renversement de perspective à la rentrée parlementaire. Pour l’heure, la marge de manœuvre de Félix Tshisekedi reste réduite. Avec 47 députés dans une Assemblée qui en compte 500, dont plus de 300 appartiennent au FCC, il lui faudrait faire des pieds et des mains pour renverser les rapports de forces face à son partenaire de circonstance.

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À cette donne compliquée s’ajoute une autre: le contrôle de l’armée et des services de sécurité. Bien que Félix Tshisekedi ait réussi à placer certains de ses proches à des postes clés, il n’en demeure pas moins que Joseph Kabila garde encore la main sur des pans entiers des FARDC (Forces armées congolaises). Il peut par ailleurs toujours compter sur des hommes de confiance –parmi lesquels figurent de nombreux «agents dormants»– au sein des services de sécurité.

Renverser les rapports de forces pour Félix Tshisekedi équivaudrait donc non seulement à prendre le contrôle des deux chambres, mais aussi à mettre la main sur les deux institutions (armée et service de sécurité) qui ont assuré la pérennité du régime Kabila pendant 18 ans. Ce qui est loin d’être gagné...

À quoi s’attendre à la suite des consultations?

Dans son message à la nation du 23 octobre, Félix Tshisekedi avait été clair sur ses intentions, assurant qu’il ne laisserait «aucun engagement politique, de quelque nature que ce soit» primer sur ses «prérogatives constitutionnelles et sur l’intérêt supérieur du peuple». À l’UDPS, nombreux sont ceux qui affirment que la messe est dite pour la coalition FCC-CACH.

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Si, chez Félix Tshisekedi, la volonté de rompre avec le FCC est plus forte que jamais, il ne peut cependant pas ignorer les rapports de forces politiques et la nature de l’écosystème politico-sécuritaire dans lequel il évolue. Mais attention, rien n’est joué pour autant pour le chef de l’État congolais qui a multiplié, depuis le début des consultations, des contacts avec certains de ses homologues africains et les chancelleries occidentales. Bénéficiant déjà du soutien de l’ambassadeur des États-Unis à Kinshasa, Mike Hammer, partisan de la rupture avec le FCC, Félix Tshisekedi pourrait toujours compter sur des appuis étrangers pour renverser la tendance en sa faveur. Qui ne dit, d’ailleurs, qu’il ne les a pas déjà?

Une chose semble certaine en tout cas: si les consultations ont permis à Félix Tshisekedi de prendre le pouls des différentes composantes de la population congolaise en vue de créer un nouveau paradigme dans la gestion du pays, il n’en demeure pas moins que les décisions qu’il annoncera dans les prochains jours dépendront avant tout des échanges qu’il a eus avec ses homologues étrangers. C’est dans le secret de ces entretiens que repose aussi bien le choix de la confrontation que celui de la poursuite de la coalition entre le FCC et CACH.

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