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Kirghizstan: élection d’un «homme providentiel» dans une région menacée par l’islamisme

© Sputnik . Tabyldy Kadyrbekov / Aller dans la banque de photosDas manifestants dans les rues de Bichkek, la capitale du Kirghizstan, le 5 octobre
Das manifestants dans les rues de Bichkek, la capitale du Kirghizstan, le 5 octobre  - Sputnik France
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La crise politique est-elle réglée à Bichkek? À la suite de troubles dans la capitale kirghize, le Président sortant démissionnait en octobre. Son successeur, Sadyr Japarov, a été élu ce 10 janvier avec 80% des voix. Pour l’historienne Catherine Poujol, spécialiste de l’Asie centrale, ce plébiscite peut favoriser la stabilité du pays.

79% des suffrages pour Sadyr Japarov, candidat aux élections présidentielles au Kirghizstan. Alors que celui-ci purgeait encore en octobre une peine de prison pour une prise d’otages, le voilà largement désigné ce 10 janvier au premier tour par ses concitoyens à la tête de cette république d’Asie centrale en pleine ébullition. À la faveur de la crise politique d’octobre conduisant à la démission du Président Sooronbaï Jeenbekov, le député Japarov, qualifié de «populiste» par l’AFP, était libéré de prison par ses partisans. Promettant une «véritable lutte contre la corruption», le nouveau Président kirghize a également remporté son pari pour réviser la Constitution. En parallèle de l’élection, un référendum sur la forme de l'État où la plupart des sondés (81%) se sont prononcés pour une république présidentielle.

Le renforcement des pouvoirs présidentiels

«Le résultat était tout à fait attendu», observe Catherine Poujol, professeur à Langues O’, spécialiste de l'Asie centrale à l’Institut français d’études sur l’Asie centrale (IFEAC). Mais l’ampleur du score n’en est pas moins étonnante. Adakhan Madoumarov, principal rival du nouveau chef de l’État, n’a pas atteint les 7%! Sadyr Japarov se présente comme «l’homme fort providentiel» et c’est «ce qu’une partie des gens attendent», poursuit-elle. Mais la participation est faible, aux alentours de 39% selon la commission électorale, car nombreux sont ceux qui «ne croient plus trop à la politique dans ce pays». Après deux révolutions en 2005 et 2010, la crise d’octobre 2020 à Bichkek, consécutive aux législatives, semble avoir laissé des traces dans l’opinion publique d’un pays à l’instabilité chronique. Nommé chef de l’État par intérim, Japarov a démissionné en novembre afin de prendre part au scrutin présidentiel. Au micro de Sputnik, l’historienne estime qu’un Président «bien élu», ce qui est le cas, ne peut être que bénéfique pour «la stabilité du pays». La situation qui prévalait jusqu’alors, «le vide de pouvoir ou un Président par intérim» n’était «pas formidable».

«Il n’y aura pas assez de monde pour provoquer de nouveaux troubles. La population aspire au calme en réalité. Donc ils vont lui donner une chance, voir ce qu’il va faire. Car la période est très troublée économiquement. Je ne pense pas qu’il y aura assez de gens mobilisés pour contester ou sortir dans la rue. L’opposition est trop affaiblie à ce stade.»

Sadyr Jarapov (archives) - Sputnik France
Le politique qui a été libéré de prison par des manifestants en passe de devenir Président du Kirghizstan
Un chef de l’État obtenant 80% des suffrages et qui bénéficiera de pouvoirs élargis, grâce aux amendements constitutionnels adoptés par une grande majorité des électeurs. Jusqu’alors, le Kirghizstan se distinguait des autres républiques d’Asie centrale parce que «c’était une république semi-présidentielle, semi-parlementaire».

«Pas mal de gens sont partis rejoindre Daech*»

Pour Catherine Poujol, la population a plébiscité le retour à un régime présidentiel. Le corps électoral a approuvé «la quête d’un Président fort», argument de la campagne présidentielle de Japarov, qui s’est présenté «comme un Président populiste, pour le peuple, contre la corruption, pour rétablir l’ordre».

En effet, l’ordre est primordial dans cette région au carrefour des continents et des grandes puissances. En octobre 2020, à l’occasion de cette crise politique à Bichkek, l’ancien officier et diplomate René Cagnat s’inquiétait dans les colonnes de Sputnik d’un possible embrasement de l’Asie centrale, véritable poudrière. L’auteur du Désert et la Source (éditions du CERF, 2019) signalait le danger islamiste dans la région, notamment du fait d’un glissement d’un islam soufi au salafisme. Parmi les 15.000 combattants étrangers de l’État islamique* en 2015, le spécialiste recensait d’ailleurs un millier d’Ouzbeks, un millier de Tadjiks, 600 Kirghizes, au moins 300 Kazakhs et un nombre indéterminé d’Ouïghours et de Turkmènes. Confirmant cette origine de nombreux islamistes actifs et de terroristes, Catherine Poujol évoque une région qui n’est pas «stable», bouleversée par des changements sociaux, politiques et économiques intenses depuis la chute de l’URSS.

«La zone est fracturée, la société est fracturée par une tendance conservatrice d’une part de la population qui verse vers le salafisme et l’autre qui reste séculière, post-soviétique. C’est une fracture, c’est sûr. »

Bichkek, Kirghizstan le 5 octobre 2020  - Sputnik France
Attention danger: les troubles au Kirghizstan bien plus explosifs qu'au Haut-Karabakh?
Si elle constate la formation d’une classe moyenne au Kirghizstan, une société tournée vers «les valeurs européennes et occidentales», d’autres États de la région posent problème. Notamment le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. L’historienne désigne une «lame de fond salafiste voire une radicalisation. Pas mal de gens sont partis rejoindre Daech*». S’appuyant «sur la fibre nationaliste kirghize», le nouveau Président de la République «protégera un tant soit peu le pays d’une dérive islamiste» estime ainsi Catherine Poujol.

Quelles conséquences pour la Russie et la Chine?

Quid de l’influence de Moscou et Pékin? Ces deux puissances situées en périphérie de l’Asie centrale souhaitent la stabilité à leurs confins, surtout en ce qui concerne la Chine, avec sa région limitrophe, le Xinjiang et sa minorité ouïghoure. Évoquant une «très forte sinophobie» en Asie centrale de la part de la population et des élites, la spécialiste ne considère pas que cette élection amplifiera l’influence chinoise, malgré un fort taux d’endettement de ces pays auprès de Pékin.

«La population en Asie centrale a compris que les routes de la soie bénéficiaient surtout à la Chine. Il peut y avoir effectivement, au passage, des infrastructures, mais c’est pour faire passer les marchandises chinoises. Les gens en Asie centrale ne sont pas naïfs du tout, ils sont très pragmatiques. Ça peut leur rapporter des routes, quelques voies ferrées, des ponts et des tunnels, mais, ce qui est sûr, c’est que ça peut leur prendre une part de leur souveraineté.»

D’ores et déjà, Sadyr Japarov a énoncé son positionnement vis-à-vis de la Russie, partenaire au sein de Communauté des États indépendants (CEI). Selon l’historienne, celui-ci «a tout de suite cherché à rassurer Moscou», en annonçant vouloir perpétuer les «très bonnes» relations bilatérales.

 

* Organisation terroriste interdite en Russie.

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