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La hache de guerre enterrée avec le Qatar, l’Arabie saoudite engage-t-elle un bras de fer avec la Turquie?

© AFP 2021 FAYEZ NURELDINELe ministre saoudien de la défense, Mohammed bin Salman (2e en partant de la gauche), vice-prince héritier du royaume du désert et deuxième au trône, arrive à la session de clôture du 4e sommet des États arabes et des pays d'Amérique du Sud qui se tient dans la capitale saoudienne, Riyad, le 11 novembre 2015. Ce sommet vise à renforcer les liens entre les régions géographiquement éloignées mais économiquement puissantes. AFP PHOTO / FAYEZ NURELDINE
Le ministre saoudien de la défense, Mohammed bin Salman (2e en partant de la gauche), vice-prince héritier du royaume du désert et deuxième au trône, arrive à la session de clôture du 4e sommet des États arabes et des pays d'Amérique du Sud qui se tient dans la capitale saoudienne, Riyad, le 11 novembre 2015. Ce sommet vise à renforcer les liens entre les régions géographiquement éloignées mais économiquement puissantes. AFP PHOTO / FAYEZ NURELDINE
 - Sputnik France
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En marge de tensions grandissantes entre Ankara et Athènes, Riyad a dépêché des chasseurs F-15 sur l’île de Crète en Grèce. Les experts interrogés par Sputnik reviennent sur le positionnement antagoniste de l’Arabie saoudite face à Ankara en Méditerranée orientale et les raisons qui motivent ces choix stratégiques.

À peine la crise diplomatique avec le Qatar résolue, l’Arabie saoudite est-elle en passe de s’engager dans un nouveau duel à distance avec la Turquie en soutenant ses adversaires? Alors que la Grèce et la Turquie sont au centre d’importantes tensions concernant l’exploitation des ressources en hydrocarbures en Méditerranée orientale, Riyad n’a pas hésité à envoyer des chasseurs F-15 sur la base militaire de Souda, sur l’île de Crète en Grèce.

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Au micro de Sputnik, le professeur Ahmet Uysal, directeur de l’Orsam (Middle East Studies Center), estime que cette démarche peut être considérée comme une démonstration d’intentions hostiles à la Turquie et un signe à Ankara.

Leadership du monde sunnite

Même si l’Arabie saoudite n’a pas d’intérêts directs en Méditerranée orientale, se positionner de la sorte dans cette zone s’inscrit dans une logique de confrontation avec Ankara.  

«L’Arabie saoudite soutient la Grèce et Chypre du Sud en Méditerranée orientale, et sa position d’allié important des États-Unis dans la région lui donne le courage de le faire. Bien qu’elle ne dispose pas de son propre contingent militaire qualifié, elle envoie des avions en Crète, un État qui compte un grand nombre d’avions de chasse de fabrication américaine en service. Ici, l’objectif principal est de ‘jouer des coudes’ avec la Turquie», analyse pour sa part Baris Doster, expert turc en relations internationales, interrogé par Sputnik.  

Selon lui, l’enjeu principal de cette nouvelle lutte est le leadership dans le monde arabe sunnite. Une analyse partagée au micro de Sputnik France par l’ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, directeur d’une société d’intelligence économique, Pierre Conesa:

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«La question du leadership sunnite est la raison principale de cet alignement  saoudien avec la position grecque en Méditerranée orientale, explique-t-il. Mohamed Ben Salmane a résolu le conflit avec le Qatar en abandonnant son blocus. Depuis, la rivalité pour la prééminence du sunnisme, c’est avec la Turquie. Riyad est en train de perdre le leadership qu’il avait obtenu avec son argent et l’absence de véritable adversaire

De plus, l’ancien haut fonctionnaire, spécialiste de l’Arabie saoudite, estime que ces manœuvres font également partie d’une partition géopolitique visant à faire oublier les déboires nationaux et internationaux du jeune prince héritier du royaume Saoud:

«On voit bien que Mohamed Ben Salmane est dans une sorte d’aventurisme politique pour faire oublier toutes ses casseroles: sans même parler de l’affaire Khashoggi, il est toujours enfermé au Yémen. On a l’impression que les Saoudiens se sont trouvé un nouvel ennemi davantage à leur portée –du moins le croient-ils– qui est la Turquie d’Erdogan.»  

Consciente des limites de sa puissance, l’Arabie saoudite ne place évidemment pas ses pions seule.

Front anti-turc

Comme l’explique Baris Doster, la stratégie saoudienne s’appuie sur plusieurs alliés censés contenir plusieurs différents rivaux:

«L’élargissement du front anti-turc fait le jeu d’Israël et conduit à un nouvel isolement de la Turquie. L’Arabie saoudite prend des mesures contre la Turquie et se rapproche de plus en plus d’Israël tout en renforçant le front anti-iranien.»

«Par une telle démarche, l’Arabie saoudite cherche à démontrer la loyauté de l’administration Biden et sa volonté de collaborer avec Washington», avance-t-il. En effet, dans le duel à distance entre Athènes et Ankara, Israël, l’indéfectible allié américain, semble avoir aussi choisi son camp.   

Le ministère de la Défense israélien a dans cette optique conclu un accord militaire avec la Grèce à hauteur de 1,68 milliard de dollars. Une somme considérable déboursée par Athènes pour que l’armée de l’air hellénique soit formée par les pilotes de Tsahal.

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Du côté de Washington, la nouvelle administration ne pouvait être plus explicite concernant la Turquie: en décembre 2019, M. Biden avait qualifié le Président turc d’autocrate: «Ce que je pense que nous devrions faire, c’est adopter une approche très différente à son égard maintenant, en indiquant clairement que nous soutenons les dirigeants de l’opposition.» Pour lui, les États-Unis devaient «encourager» l’opposition turque pour «affronter et vaincre Erdogan», «pas par un coup d’État mais dans le cadre d’un processus électoral

Riyad joue donc une carte sûre en se plaçant, à quelques jours de l’investiture de Joe Biden, sur la position américaine, et par conséquent israélienne, dans ce conflit en Méditerranée orientale.    

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