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Accord sur le nucléaire: «l’Iran reproche le suivisme des Européens et le non-respect de leur rôle de négociateur»

© AFP 2021 ATTA KENARE Le ministre iranien des affaires étrangères Mohammad Javad Zarif
Le ministre iranien des affaires étrangères Mohammad Javad Zarif  - Sputnik France, 1920, 16.02.2021
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Les négations sur le nucléaire iranien patinent et chacun accuse l’autre d’en être responsable. L’Iran est pointé du doigt pour avoir relancé sa production d’uranium métal. En retour, Téhéran accuse les Américains, mais surtout les Européens de ne pas avoir respecté les clauses de l’accord, souligne Amélie Myriam Chelly, spécialiste de l’Iran.
«En accélérant ses violations, l’Iran compromet la possibilité qu’un retour à la diplomatie permette la réalisation pleine et entière des objectifs du Plan d’action global commun (PAGC)», ont déclaré conjointement les porte-parole des ministères des Affaires étrangères de Paris, Londres et Berlin, le 12 février.

Décidément, le contact ne passe plus entre Téhéran et les Européens. Les deux parties n’arrivent plus à communiquer et les désaccords se multiplient. Dernier en date, la relance par l’Iran de sa production d’uranium métal, étape importante vers la fabrication d’armes atomiques. Une ligne rouge pour Paris, Londres et Berlin, qui jugent que Téhéran met en péril les négociations sur le nucléaire iranien.

En effet, depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de Joe Biden, ce dossier est à nouveau sur la table. En dépit d’un accord de principe sur un retour dans les négociations, les parties s’opposent sur ses conditions. Européens et Américains veulent que les Iraniens cessent leurs «provocations» avant d’espérer un arrêt des sanctions économiques, alors qu’inversement, l’Iran fait de la fin des sanctions une condition sine qua non à son retour dans l’accord.

«Dans les deux camps, on essaye de maximiser la pression, de sorte à avoir la plus grande marge de manœuvre pour les négociations», précise Amélie Myriam Chelly, docteur en sociologie et membre associée au CADIS (centre d’analyse et d’intervention sociologique, EHESS-CNRS) au micro de Sputnik.

Après l’échec de l’accord sur le nucléaire iranien signé à Vienne en 2015, les différentes parties s’accusent mutuellement de ne pas en avoir respecté les clauses. Or, selon L’auteur de L’Iran, autopsie du chiisme politique (Éd. du Cerf), Téhéran a appris de ses erreurs et renvoie dorénavant les Européens à leurs propres manquements.

Les Européens n’ont pas respecté l’accord

L’Iran attendait beaucoup du PAGC, rappelle la chercheuse. Alors qu’il est asphyxié économiquement par les sanctions, cet accord devait être pour le pays une véritable bouffée d’air économique, commercial et diplomatique. Mais entre 2015 et 2018, soit jusqu’au retrait américain de l’accord de Vienne, l’Iran n’a connu aucune retombée économique positive.

«L’Iran s’attendait à une levée des sanctions. Or les sanctions ont été retransposées sur le développement des missiles balistiques ou sur l’aide à des organisations classées terroristes.»

Une clause de l’accord sur le nucléaire stipule que «les sanctions adoptées par l’Union européenne et les États-Unis seront levées dès la mise en œuvre par l’Iran de ses engagements nucléaires attestés par un rapport de l’AIEA.» En dépit du respect de toutes les exigences de l’AIEA par l’Iran, les sanctions ont été maintenues, et ce, pour des raisons d’ordre géopolitique, explique la chercheuse. En effet, les deux parties s’opposaient dans le conflit en Syrie: l’Iran aidait le gouvernement de Damas à reprendre le contrôle de son territoire, tandis que l’Occident s’obstinait à vouloir évincer Bachar el-Assad.

 Manœuvres militaires conjointes de l'Iran, de la Russie et de la Chine dans l'océan Indien et le golfe d'Oman - Sputnik France, 1920, 16.02.2021
Comment les sanctions américaines contre l'Iran visent aussi la Chine ?
De surcroît, Amélie Myriam Chelly rappelle qu’en vertu de l’accord de 2015, l’Union européenne se devait de renégocier ce dernier dès le retrait d’une des parties, à savoir Donald Trump en 2018.

«Dans l’accord, il y a une clause comme quoi l’Europe doit être signataire, mais également négociatrice. L’Iran réinvoque cette clause qui est censée destiner l’UE à reprendre les négociations.»

Or, l’Union européenne n’a rien fait. Et c’est bien ce que reproche l’Iran à ses partenaires européens. «Mais est-ce que l’Union européenne était capable de le faire?», s’interroge notre interlocutrice. Une manière de souligner son manque d’indépendance à l’égard de Washington.

Les Européens neutralisés par les pressions US

L’échec de l’accord sur le nucléaire iranien a surtout mis en exergue la pression américaine sur les différents signataires. Homme d’affaires, Donald Trump avait bien une idée en tête en sortant de l’accord. En effet, précise Amélie Myriam Chelly, celui-ci voulait signer un accord bilatéral avec Téhéran, pour se passer des autres partenaires.

«Washington avait mis en place une ligne directe avec Téhéran en vue de négocier un nouvel accord», affirme l’auteur d’une thèse sur «la sécularisation du chiisme et la République islamique d’Iran».

L’Administration américaine avait également fait pression sur tous les partenaires européens, russes et chinois par l’entremise des sanctions et du principe d’extraterritorialité. Les juridictions américaines s’estiment compétentes pour juger et sanctionner unilatéralement une entreprise étrangère pour des faits non commis aux États-Unis. Donald Trump a usé de ce principe pour contraindre l’Iran à aller à la table des négociations. Finalement, pour notre interlocutrice, «l’Iran reproche le suivisme des Européens et le non-respect de leur rôle de négociateur.»

Faute d'appuis, l'Iran bombe le torse

En dépit des efforts consentis après la signature du PAGC, l’Iran adopte désormais une posture plus agressive pour se faire entendre. En effet, sur le dossier iranien, Emmanuel Macron a tenté de se saisir du leadership laissé vacant par Donald Trump, allant jusqu’à proposer à plusieurs pays d’intégrer les négociations, et ce, sans l’aval de l’Iran:

«Macron se voyait en médiateur en proposant à l’Arabie saoudite et même à Israël de faire partie des négociations. C’est littéralement un non-sens côté iranien.»

En effet, le Président de la République, lors d’une interview accordée à la chaîne saoudienne Al-Arabiya le 29 janvier dernier, a estimé que la présence de l’Arabie saoudite dans les futures négociations rendrait l’accord «plus strict». De son côté, en augmentant sa capacité d’uranium métal, l’Iran a manifesté son désaccord et son impatience, conclut Amélie Myriam Chelly.

«C’est une manière de remettre Macron à sa place. À chaque fois qu’il y a un manque de volonté politique, la classe politique iranienne montre son mécontentement. Là, finalement c’est un rappel vis-à-vis du manquement de l’Union européenne.»
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