Uber fait du lobbying à la Commission européenne pour «légaliser une situation manifestement illégale»– vidéo

© Sputnik . Oxana BobrovitchManifestation des chauffeurs VTC contre la "loi Uber", le 24 février 2021 à Paris
Manifestation des chauffeurs VTC contre la loi Uber, le 24 février 2021 à Paris - Sputnik Afrique, 1920, 24.02.2021
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À Paris, des chauffeurs de VTC et des livreurs se sont mobilisés contre la plateforme Uber. Et ce, dans le cadre d’une contestation à l’échelle transeuropéenne. Au centre de la controverse, le statut et les conditions de travail des travailleurs des plateformes, à l’étude dès ce 24 février à la Commission européenne. Reportage.

À Bruxelles, la Commission européenne entame les «consultations des différents acteurs sociaux» pour préparer un texte qui encadrera le travail des chauffeurs de VTC et des livreurs dits indépendants.

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Échaudée par la perte de plusieurs procès, dont le dernier en date en Angleterre, la plateforme américaine a un besoin urgent d’obtenir de la part de l’Union européenne une directive qui lui soit favorable. Elle plaide pour la création d’un statut hybride entre salarié et autoentrepreneur pour ses chauffeurs, qui leur garantirait une meilleure protection sociale tout en conservant un maximum de souplesse pour le donneur d’ordre.

Au moment où les collectifs de travailleurs de ces plateformes se mobilisent dans 16 pays à travers l’Europe, plusieurs groupes ont mutualisé leurs efforts à Paris, coordonnés par le Collectif des Livreurs Autonomes de Paris (CLAP). Ils sont descendus dans la rue pour dénoncer la précarité issue du modèle «de travail faussement indépendant», proposé par la société californienne Uber.

​Pour Jérôme Pimot, cofondateur du CLAP, il est hors de question qu’Uber fasse «passer en Europe les mêmes lois qu’en Californie

«Comme Uber est systématiquement démonté dans les tribunaux, ils ont décidé de changer la loi. Pour y arriver, ils ont décidé de faire du lobbying en Europe pour continuer à virer leurs chauffeurs et les faire bosser n’importe comment», s’insurge Jérôme Pimot au micro de Sputnik.

Les travaux de la Commission européenne devront durer jusqu’à la mi-avril 2021, avec comme objectif d’aboutir à un texte voté par le Parlement européen dans le courant de l’année 2022.

​Ce délai permettrait à Leïla Chaibi, députée européenne (LFI) et membre de la Commission Emploi et affaires sociales, de mettre en place sa proposition de Directive relative aux travailleurs des plateformes numériques.

Chauffeurs VTC: le Covid a mis en évidence leur précarité

Descendue dans la rue avec les manifestants, la députée européenne rappelle au micro de Sputnik «la précarité criante et les problèmes d’absence de statut stable» des travailleurs des plateformes, devenus évidents lors de la crise du Covid-19.

«Uber veut profiter de cette occasion pour légaliser une situation manifestement illégale. C’est très dangereux. Le rapport de forces se joue en ce moment entre Uber et les gens que l’on voit ici: les chauffeurs VTC, les coursiers à vélo», explique Leïla Chaibi.

Pour la députée Insoumise, il est évident qu’Uber doit faire un choix. Soit admettre l’indépendance de ses travailleurs et «retirer les liens de subordination, permettre aux travailleurs de fixer leurs tarifs.» Soit salarier ces travailleurs, «avec les droits qui vont avec»: protection sociale avec un salaire minimum et des congés payés.

​Malgré le fait que le texte à l’étude à la Commission européenne devra par la suite être transposé dans le droit de chaque État membre, le moment est crucial pour Uber. Non seulement il joue son avenir en Europe, mais le projet de règlementation européenne pourrait même faire boule de neige pour l’ensemble des plateformes numériques.

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