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L’immunité collective pour «le 14 juillet»? «Impossible», répond le docteur Hautemaniere

© AFP 2021 JEAN-PHILIPPE KSIAZEKOpération de test salivaire pour le Covid-19 à Saint-Etienne, le 22 février 2021
Opération de test salivaire pour le Covid-19 à Saint-Etienne, le 22 février 2021  - Sputnik France, 1920, 22.03.2021
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Le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton a estimé que l’Europe entière pourrait atteindre l'immunité collective au 14 juillet, grâce à la hausse des livraisons de vaccins. Une affirmation que dément point par point le docteur Alexis Hautemaniere au micro de Sputnik.

À quand la sortie de crise sanitaire et la reprise de la vie normale? À cette question toute simple, Thierry Breton a cru pouvoir apporter une réponse bien précise sur le plateau de TF1, ce dimanche 21 mars.

«Prenons une date symbolique: le 14 juillet nous avons la possibilité d'atteindre l'immunité au niveau du continent. C’est la dernière ligne droite parce que nous savons que pour vaincre cette pandémie, une seule solution: se faire vacciner. Les vaccins arrivent, ils seront là.»

Une affirmation pour le moins optimiste, si l’on en croit le docteur Alexis Hautemaniere. «L’immunité collective est acquise soit par la contraction de la maladie elle-même, soit par la vaccination», explique le médecin épidémiologiste du centre hospitalier d’Avranches. Selon lui, la vaccination «sûre et efficace» serait en réalité le seul moyen d’envisager une sortie de crise. Ainsi n’y aurait-il «aucune chance» pour que l’immunité populationnelle soit atteinte dès la mi-juillet, affirme notre interlocuteur.

L’immunité collective ne pourrait pas être atteinte avant «15 ou 18 mois»

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«On estime que l’immunité collective est atteinte à partir du moment où 75% de la population d’un pays est vaccinée», précise le docteur Hautemaniere. Sachant que 20% de la population française a contracté le virus depuis le début de l’épidémie (et est donc immunisée, au moins en grande partie, contre lui), «on doit donc vacciner 55% de la population française pour atteindre l’immunité populationnelle». «Or, aujourd’hui, on est à moins de six millions de personnes vaccinées en France [5.630.671 de personnes ont reçu une première dose de vaccin au 22 mars, ndlr]», rappelle-t-il. Au rythme actuel, la France vaccine donc à hauteur «d’environ 2,5 millions de personnes par mois environ». Si la vaccination atteint un rythme de croisière plus régulier après trois premières semaines de vaccination chaotiques (seules un peu plus de 420.000 personnes avaient été vaccinées au 17 janvier dernier, soit trois semaines après le début de la campagne de vaccination), il est donc impossible d’espérer atteindre l’immunité collective dès la mi-juillet.

«55% de la population française vaccinée, cela représente environ 45 millions de personnes. Si vous divisez 45 par 2,5 ou 3 [millions de personnes vaccinées par mois, ndlr], dans un scénario optimiste, vous obtenez entre 18 et 15 mois avant d’atteindre l’immunité populationnelle», pointe le docteur Hautemaniere.

Loin des quatre mois d’attente avant l’immunité collective annoncés en grande pompe par Thierry Breton, donc. «Et encore faut-il considérer que les 20% ayant contracté la maladie ont une immunité efficace, ce qui n’est pas toujours le cas! Tout le monde ne produit pas des anticorps en quantité suffisante, certains mêmes n’en produisent pas du tout», surenchérit le docteur Hautemaniere.

Se contenter de la 1ère dose, faute de mieux?

D’autant plus que de nombreuses variables d’ajustement peuvent encore retarder le point d’immunité collective. L’imbroglio autour du vaccin AstraZeneca, suspendu par une vingtaine de pays de l’UE après des suspicions d’effets secondaires graves, a encore illustré les failles de la vaccination de grande ampleur. Si la France a depuis repris l’injection de doses estampillées AstraZeneca suite à l’avis favorable de l’Agence européenne des médicaments (EMA), la confiance de l’opinion publique à l’égard du vaccin développé par l’université d’Oxford a chuté. Selon une étude d’opinion YouGov publiée ce 22 mars, ce vaccin est désormais perçu comme «plus dangereux que sûr» en Allemagne, en France, en Espagne et en Italie. En France, 61% des personnes interrogées estiment qu’il n’est pas sûr, en augmentation de 18 points par rapport à une étude réalisée en février dernier. Seuls 23% des sondés le jugent encore sûr.

Outre cette crise de confiance, le délai conséquent (trois mois) entre la première et la deuxième injections dans le cas du vaccin AstraZeneca fait fatalement courir le risque d’une immunité collective plus tardive. Si l’on veut conjecturer sur le calendrier de l’immunité populationnelle, il faut nécessairement prendre en compte ce paramètre, explique le docteur Hautemaniere.

«Tout dépend également du vaccin que vous administrez. En vaccinant uniquement avec AstraZeneca par exemple, l’immunité populationnelle arrivera trois ou quatre mois après la date prévisionnelle.»

Reste une possibilité: celle de se contenter dans un premier temps de l’injection de la première dose, à l’image de ce qui est fait outre-Manche. Au Royaume-Uni, plus de 27 millions de personnes ont reçu une première dose de vaccin, soit 41,5% de la population totale. Mais «seulement» un million de personnes ont reçu la deuxième dose de vaccin (contre 2,5 millions de personnes en France). Une stratégie qui pose question, alors que Pfizer a assuré que le taux d’efficacité de son vaccin contre le virus avec une seule dose correspondait environ à 70%. «On ne serait alors pas très loin du schéma d’immunité populationnelle», fait remarquer le docteur Hautemaniere.

«Si c’est une course contre la montre, il faut obligatoirement vacciner en plus grand nombre. Dans une logique de protection collective et de santé publique (et non de protection individuelle), nous pourrions faire comme l’Angleterre et donner la priorité à la vaccination par première dose. Le bénéfice serait alors plus important», explique-t-il.

Mais, pour l’épidémiologiste, une chose est certaine: l’immunité collective «spontanée», par l’arrêt des mesures de freinage, «est très dangereuse pour la population». «C’est la pire des solutions, cela équivaudrait à un sacrifice d’une partie de la population», assure-t-il.

Pour le médecin, qui nous confie vacciner «au mieux 49 personnes en l’espace de quatre heures», «il faudrait augmenter le nombre de médecins pour vacciner». «On déprogramme pour libérer des lits de réanimation, mais on pourrait aussi suspendre certains services pour rendre davantage de médecins et d’infirmières disponibles pour la vaccination», envisage-t-il.

«Il n’y a pas 50 solutions: il faut vacciner avec les produits les plus efficaces et les plus sûrs», tranche le docteur Hautemaniere.
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