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Transition énergétique: Bayrou plaide pour le nucléaire et colle un carton rouge à l’exécutif

© AFP 2021 MARTIN BUREAUHaut Commissaire du plan, François Bayrou
Haut Commissaire du plan, François Bayrou - Sputnik France, 1920, 25.03.2021
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Malgré des investissements massifs dans les énergies renouvelables, la France ne pourra pas se passer du nucléaire. Tel est le constat du Haut-commissariat au Plan, qui prend le contrepied de l’«optimisme» ambiant autour de la transition énergétique et met en garde contre le risque de précipiter le pays dans le mur. Analyse.

Le principe de réalité finira-t-il par rattraper l’exécutif?

Centrale nucléaire de Cruas-Meysse  - Sputnik France, 1920, 19.03.2021
Paris-Varsovie: cachez ce nucléaire que je ne saurais voir!
Alors qu’en France, la question du nucléaire dérange jusqu’au sommet de l’État, le Haut-Commissariat au Plan s’inquiète des coûts financiers et environnementaux des orientations de la transition énergétique. Dans une note publiée le 23 mars, sobrement intitulée «électricité: le devoir de lucidité», François Bayrou n’y va pas par quatre chemins: les désirs du gouvernement sont en contradiction avec la réalité.

Il lui apparaît ainsi impossible de tirer un trait sur un parc de centrales nucléaires qui fournit 70% de l’électricité en France. Et pour cause, les besoins en électricité sont appelés à augmenter de «40 à 45%» d’ici 2050. En cause notamment, le choix européen et français de «l’électrification massive et rapide du parc automobile» et le «recours accru au chauffage électrique».

«Nous allons droit à des difficultés considérables et même à une impasse, nous empêchant techniquement de remplir en même temps les objectifs que nous prétendons solennellement avoir fixés!», note le Haut-commissaire.

Pour ce dernier, les énergies renouvelables peuvent constituer un complément à l’atome, mais ne pourront pas le remplacer. Un avis qui prend le contrepied de celui de RTE (Réseau de transport d’électricité) et de l’AIE (Agence internationale de l’énergie) qui, dans un rapport remis en janvier à Barbara Pompili, estimaient le scénario d’une France intégralement dénucléarisée à l’horizon 2050, réalisable sous certaines conditions.

Éolien et photovoltaïque, plus polluants que le nucléaire

Par ailleurs, si les éoliennes et les panneaux photovoltaïques n’émettent en eux-mêmes pas de gaz à effet de serre, leur empreinte environnementale est loin d’être nulle. Leur recyclage laisse en effet à désirer. Sans parler de la défiguration du paysage qu’elles imposent aux riverains. De plus, François Bayrou rappelle que la fabrication de cellules photovoltaïques en Chine est particulièrement polluante, du fait d’un «raffinage de silicium à très haute température».

«Dès lors, le gain environnemental résultant de la production électrique d’origine solaire est incapable de compenser les émissions entraînées par cette fabrication», note le rapport.

La Chancelière fédérale allemande Angela Merkel durant l’inauguration du parc éolien en mer «Arkona», le 16 avril 2019 - Sputnik France, 1920, 27.12.2020
Hausse de la facture d’électricité: le poids des énergies renouvelables
Les stations photovoltaïques sont de surcroît «consommatrices de grandes superficies de terres arables ou boisées.» Et leur intermittence nécessite de construire des centrales thermiques, elles-mêmes fortes émettrices de gaz à effet de serre, «ce qui est exactement le contraire de l’objectif de réduction poursuivi» par le gouvernement, souligne encore le rapport.

Bref, les énergies renouvelables sont tout sauf vertes et infligent une pollution et une dégradation de l’environnement plus conséquente que les centrales nucléaires. Ironie du sort, seul le recours à de l’électricité nucléaire, qui ne génère pas de gaz à effet de serre pour la fabrication des panneaux photovoltaïques, pourrait rendre leur utilisation viable d’un point de vue environnemental.

Sortie du nucléaire: un débat confisqué?

Un potentiel sacrifice écologique au nom de la transition énergétique qui devrait être clairement présenté aux Français. Ce point fait partie des questions «brûlantes» dont la réponse «ne peut être différée ou tolérer l’ambiguïté», estime François Bayrou. Également parmi celles-ci, le coût pour la collectivité de toute cette politique.

«À minima, plusieurs centaines de milliards d’euros», estime le Haut-Commissaire, pour qui un tel investissement de la part des Français «suppose une adhésion démocratique qui n’est pour l’instant, c’est le moins qu’on puisse dire, pas acquise.» L’homme politique met ainsi en garde contre l’«occultation des contraintes, naturelles, physiques, scientifiques, budgétaires» dans le débat autour de la transition énergétique. Celle-ci ne pouvant conduire selon lui qu’au «rejet brutal» de ses objectifs par la population.

«Tout se passe comme si des objectifs ambitieux et moralement fondés avaient été recherchés avec optimisme et une certaine insouciance, sans que personne parmi les citoyens ait été averti des contraintes certaines, des efforts considérables à fournir et des risques encourus», déplore François Bayrou, qui appelle à un «débat honnête, lucide et partagé avec les citoyens.»

D’autant plus que le temps presse. Le Haut-Commissaire alerte sur la nécessité pour l’exécutif d’«anticiper» le renouvellement du parc nucléaire. En effet, à partir du moment où la décision est actée, il faut «au moins dix ans» pour faire sortir de terre une centrale. Or, le parc français a été développé entre la fin des années 70 et le début des années 90, soit un laps de temps très court, ce qui impose donc à la nation de réitérer cet effort industriel et financier si elle souhaite conserver une part suffisante de nucléaire dans sa production électrique. «Le maintien de la capacité de notre parc nucléaire appellerait le lancement de deux nouveaux chantiers par an chaque année sur une période de 20 ans», note le rapport.

Barbara Pompili, Ministre de la Transition écologique - Sputnik France, 1920, 28.01.2021
Le nucléaire plus que jamais dans le collimateur de Barbara Pompili
Malgré cette situation, le remplacement des réacteurs français vieillissants est bien loin d’être acquis. Le plus grand flou plane autour des futurs EPR (Réacteur pressurisé européen) dont la construction est pourtant évoquée depuis… 2009. Seuls éléments connus: ceux-ci devraient être au nombre de six et coûter au bas mot 45 milliards d’euros. Mais en plus de leur image, entachée par les déboires du chantier de Flamanville, qui accuse près de dix ans de retard et des milliards d’euros de dépassement, l’approche des échéances électorales ne devrait pas arranger les choses.

L’urgent renouvellement des centrales mis sur la touche

Cette incertitude exaspère le PDG de l’énergéticien national, Jean-Bernard Lévy. Dans son rôle, le patron d’EDF avait à l’occasion d’une audition au Sénat sur l’avenir de son groupe, pressé l’Élysée à trancher rapidement concernant la construction de ces nouveaux réacteurs. Mais, de son côté, Barbara Pompili exige un débat avant de lancer toute construction de nouveau réacteur en France.

Selon la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) adoptée en avril dernier, définie par cette ancienne élue écologiste, douze réacteurs de 900 MWh –hors Fessenheim– devront être fermés d’ici 2035… soit le quart du parc nucléaire français. Deux tranches devront de surcroît l’être d’ici 2026. Pourtant, même RTE, jusqu’ici meilleur allié de la ministre de la Transition écologique, met en garde contre cette décision. Dans un rapport publié le 24 mars, le gestionnaire du réseau électrique national avertit que les marges de sécurité «seront faibles.» Les Français n’ont pas fini d’avoir des surprises.

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