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Un journaliste canadien blâmé par sa direction pour avoir interviewé Didier Raoult

© AP Photo / Daniel ColeDidier Raoult
Didier Raoult - Sputnik France, 1920, 30.07.2021
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Un entretien avec Didier Raoult, une première au Québec, a valu au journaliste Stéphan Bureau une réprimande officielle de la part de l’ombudsman de Radio-Canada. Celui-ci lui reproche de ne pas avoir fait «les vérifications nécessaires» et de ne pas avoir remis en perspective les informations controversées communiquées par le professeur.

Stéphan Bureau, journaliste qui a mené, le 26 mai, une entrevue controversée avec l’infectiologue français Didier Raoult sur les ondes d’ICI Première, a «enfreint les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada», a jugé le 28 juillet l’ombudsman du diffuseur, Pierre Champoux.

Cette conclusion fait suite au dépôt d’une plainte par Marine Corniou, journaliste scientifique au magazine Québec Science, effectué juste après la diffusion de l’émission. Elle y affirme que «la décision d’inviter Didier Raoult est en soi hautement discutable tant ce chercheur, qui est à contre-courant du consensus scientifique, a contribué à propager de fausses informations sur la pandémie de Sars-CoV-2».

Des reproches professionnels

S’il n’est pas interdit d’inviter un personnage controversé, répond le gardien de l’éthique de Radio-Canada, «cela exige beaucoup de vigilance pour éviter que des thèses maintes fois réfutées obtiennent un nouvel élan frappé du sceau du diffuseur public».

Le problème, pour M. Champoux, «ne réside pas tant dans les questions qu’il pose, mais dans celles qu’il ne pose pas pour recadrer ou corriger certaines affirmations de son invité». En outre, ajoute-t-il, l’équipe a eu six jours avant la diffusion de l’entrevue pour la recadrer. Il reproche aussi au journaliste et à son équipe de ne pas avoir fait «les vérifications nécessaires».

Il ne changerait rien 

Pierre Champoux s’est entretenu avec Stéphan Bureau «pour mieux comprendre sa démarche», et notamment pour savoir pourquoi il n’avait pas relancé le médecin sur certaines de ses affirmations. L’animateur s’est défendu d’avoir été complaisant et a dit avoir souhaité le laisser se présenter pour que chacun puisse se faire son opinion.

«Je ne présume pas qu’il fallait qu’il y ait un panel derrière Raoult. Ça serait donc de tenir pour acquis que nous avons établi que sa parole est toxique, subversive ou dangereuse. […] Si on me demandait de refaire, je ne ferais pas différemment. Donc, je ne suis là-dessus absolument pas repentant», a-t-il dit.

Sollicité par La Presse, Radio-Canada n’a pas souhaité commenter la décision de l’ombudsman. «La direction de la Radio […] prend acte de cette décision qu’elle reçoit avec humilité. Elle en tiendra compte pour la suite», a indiqué par courriel Marc Pichette, premier directeur Promotion et relations publiques du diffuseur.

Un personnage controversé

Directeur de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille, le Pr Raoult s’est fait particulièrement connaître du public lors de la pandémie. Il est réputé pour son apologie du traitement du Covid-19 avec l'antipaludéen hydroxychloroquine, dont l'efficacité n'a pourtant jamais été prouvée. Les études sur le traitement effectuées par l'IHU ont été contestées dans leur méthodologie (échantillon trop réduit et absence de groupe placebo). Qui plus est, plusieurs récentes études cliniques de grande ampleur ont conclu à l'absence d'efficacité de l'hydroxychloroquine contre le coronavirus. Le professeur campe toutefois sur ses positions.

M. Raoult a été interrogé des dizaines de fois par différents médias français, mais il s'agissait de sa première interview donnée au Québec, rappelle L'Express. Elle a duré 42 minutes, durant lesquelles il a prétendu, entre autres, «que le vaccin est moins efficace que l’infection naturelle, ce qui n’est pas encore démontré scientifiquement» et a laissé entendre «que la vaccination pose plus de risques que de bénéfices pour les moins de 70 ans», précise Pierre Champoux dans sa conclusion.

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