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Crise politique tunisienne: comment comprendre l'appui d'Alger?

© AFP 2021 SLIM ABID / TUNISIAN PRESIDENCY / AFPAbdelmadjid Tebboune et Kaïs Saied à Alger
Abdelmadjid Tebboune et Kaïs Saied à Alger - Sputnik France, 1920, 03.08.2021
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L’Algérie est engagée aux côtés de la Tunisie dans une démarche de stabilisation afin d’éviter que la crise politique interne ne provoque un nouveau foyer de tensions au Maghreb. Depuis sa prise des pleins pouvoirs, le Président Kaïs Saïed informe régulièrement son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune de l’avancée du processus politique.
Le Président Kaïs Saïed compte sur le soutien du gouvernement algérien. Un appui important en ces temps incertains pour le chef d’État tunisien suite au gel des activités du Parlement et au limogeage du chef du gouvernement, décisions prises le 25 juillet 2021.
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«La Libye est en guerre, le Maroc est trop loin et la France n’est pas sa tasse de thé car il est profondément nationaliste. Le Président tunisien ne peut se tourner qu’en direction d’Alger. Il sait qu’à la différence d’autres pays arabes et musulmans, l’Algérie n’entretient pas des relations fondées sur l’idéologie avec la Tunisie. Les Algériens ne disent pas qu’ils sont contre Ennahda, ils insistent juste pour que la crise actuelle soit réglée entre Tunisiens», indique notre source.

Éviter la «polarisation»

L’engagement de l’Algérie depuis le premier jour de la prise des pouvoirs d'exception par Kaïs Saïed est clairement affiché en faveur d’une solution interne à la crise politique. Alger a dépêché à deux reprises à Tunis son ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra et les chefs d’État des deux pays s’entretiennent régulièrement au téléphone.
Toufik Boukaada, enseignant en sciences politiques à l’université d’Alger, indique que la démarche des autorités algériennes vise «à empêcher que la crise politique en Tunisie ne provoque une déstabilisation» de la région. Pour y parvenir, Alger tente d’éviter toute logique de «polarisation» en Tunisie, avec d’un côté la Turquie et le Qatar, principaux soutiens du parti islamiste Ennahda, et de l’autre l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte.
«Depuis les mesures prises par le Président Kaïs Saïed le 25 juillet, nous constatons la multiplication d’interférences étrangères. Il est de tradition que l’Algérie ne s’ingère pas dans les affaires internes des pays, sauf que la question de la sécurité de la Tunisie, et donc de la stabilité de la région, la concerne en premier lieu. L’intérêt d’Alger est de faire en sorte que le Président Kaïs Saïed ne subisse pas de pressions extérieures lors de la mise en œuvre de son projet de transition politique», souligne Toufik Boukaada.

Équilibres internes

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Pour le gouvernement algérien, toute tentative extérieure d’influer sur la situation interne de la Tunisie pourrait avoir des conséquences néfastes sur la sécurité du Maghreb. Mais le rôle d’Alger s’avère complexe puisque Ennahda et son leader Rached Ghannouchi tirent une partie de leur force de l’organisation des Frères musulmans*, donc de la Turquie et du Qatar.

«En 2013, Abdelaziz Bouteflika avait joué les bons offices lors du conflit qui avait opposé le leader d’Ennahda au Président Béji Caïd Essebsi. Les deux dirigeants avaient été reçus à Alger à plusieurs reprises par l’ancien Président algérien qui avait réussi à dénouer la crise. Il est vrai que Bouteflika avait de meilleures relations avec Ghannouchi contrairement à Caïd Essebsi avec qui le courant ne passait pas du tout. Ce dernier passait pour être le porte-flambeau des gens qui demandaient la remise en cause des frontières entre la Tunisie et l’Algérie», souligne le diplomate.
Le Président Abdelmadjid Tebboune et Ramtane Lamamra doivent pouvoir soutenir le chef de l’État tunisien sans prendre position pour autant contre Rached Ghannouchi. Un exercice plutôt délicat vu l'antagonisme des positions, mais qui ne semble pas inquiéter Alger outre mesure.
*Organisation terroriste interdite en Russie.
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