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Féminicides: pourquoi il faut recenser les policiers auteurs de violences intrafamiliales – exclusif

© AFP 2021 MEHDI FEDOUACHHommage à Chahinez B., immolée par le feu par son mari près de Bordeaux, à Mérignac
Hommage à Chahinez B., immolée par le feu par son mari près de Bordeaux, à Mérignac - Sputnik France, 1920, 04.08.2021
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Une pétition demandant d’«effectuer l'inventaire» des membres des forces de l'ordre violents envers leurs conjoints dépasse 24.000 signatures. Elle a été lancée après la révélation sur le policier chargé de la plainte de la victime de Mérignac. Le collectif Féminicides par compagnons ou ex explique à Sputnik pourquoi cette mesure est indispensable.
Une «menace qui pèse sur toute notre société». Alors que Le Canard enchaîné a révélé que le policier chargé de la plainte déposée par la femme finalement brûlée vive à Mérignac par son ex-conjoint avait été lui-même condamné pour violences intrafamiliales, la pétition demandant de recenser les policiers et gendarmes violents envers femmes et enfants dépasse 24.000 signatures.
Cette action lancée par l’association Abandon de Famille-Tolérance Zéro! et soutenue par 11 autres, a été adressée directement au ministre de l’Intérieur.
«Monsieur le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin: savez-vous combien il y a de policiers et gendarmes violents envers leurs (ex) conjointes, collègues femmes et/ou plaignantes?», s’interrogent les auteurs de la pétition au début du texte évoquant une «menace qui pèse sur toute notre société».
Contacté par Sputnik, le collectif Féminicides par compagnons ou ex qui assure depuis janvier 2016 la comptabilisation des femmes présumées victimes de crimes conjugaux en France, explique que lister les membres des forces de l'ordre agresseurs de femmes et d’enfants est nécessaire, car, s’agissant des plaintes pour violences conjugales, ces agents sont «dans la minimisation».
«Les policiers sont en première ligne pour prendre les plaintes. S’ils ne sont pas à même d’évaluer la situation du fait qu’eux-mêmes sont des hommes violents avec leurs compagnes, c’est évident que ça n’a aucun intérêt d’aller porter plainte», explique une bénévole du collectif.
Elle argumente qu’en raison de «tout un tas de préjugés» déjà présents – «les femmes exagèrent, mentent, veulent la pension alimentaire, se vengent» – le dépôt d’une plainte par une victime de violences conjugales est déjà assez compliqué. Porter plainte auprès d’un homme qui lui-même applique les mêmes comportements envers sa compagne ne fait que compliquer ce processus.
Féminicides par compagnons ou ex se prononce même pour que ces policiers n’aient plus le droit d’exercer leur métier.
«On est même pour que ces policiers n’aient pas le droit d’exercer […] Ces hommes qui ont été condamnés ne devraient plus pouvoir être policiers. Qu’ils aillent faire un autre métier», conclut la bénévole.

Condamné pour violences intrafamiliales

La pétition, baptisée Pour un recensement des policiers et gendarmes violents envers les femmes et/ou enfants, fait suite à la révélation du Canard enchaîné selon laquelle l’agent qui gérait l’orientation de la plainte de Chahinez Daoud, brûlée vive le 4 mai par son ex-compagnon, avait lui-même été violent et condamné pour «violences habituelles sur son ex-conjointe».
Selon l’information ensuite confirmée au Parisien par le parquet de Bordeaux, l’agent en question a en effet été condamné le 10 février à une peine de 8 mois de prison avec sursis probatoire et non-inscription de cette condamnation au casier judiciaire B2.

L’Intérieur répond

Face à cette révélation, le ministre de l’Intérieur a répondu par plusieurs nouvelles mesures. Selon Gérald Darmanin, interrogé par Le Parisien, lorsque l’agent en question a recueilli la plainte de Chahinez, il était en attente de son conseil de discipline. Normalement, la décision de cette instance intervient «sous un à deux ans», mais le ministre affirme avoir demandé au DGPN que désormais «les conseils soient réunis sous trois mois maximum».
Qui plus est, lorsqu’une condamnation d’un policier est définitive, «ils ne doivent plus être en contact avec le public dans l’attente d’une décision du conseil de discipline», affirme M.Darmanin.

Des plaintes (mal) traitées

Chahinez Daoud avait porté plainte contre celui qui a fini par la tuer le 15 mars, donc près de deux mois avant sa mort. Tout comme elle, 24 femmes tuées par leurs conjoints en 2020 avaient également signalé aux forces de l’ordre des violences antérieures, précise une étude nationale sur les morts violentes au sein du couple du ministère de l’Intérieur.
«35% des femmes victimes avaient déjà subi des violences antérieures. 67% de celles-ci avaient signalé ces violences antérieures aux forces de sécurité intérieure et parmi elles 75% avaient déposé une plainte antérieure, ce qui représente 18% du total des victimes féminines.»
Ce fait pousse à s’interroger légitiment sur l’efficacité du mécanisme. Interrogé à ce sujet dans une interview accordée au Parisien, Gérald Darmanin reconnaît les défaillances du système et se prononce pour une priorisation des plaintes.
«J’exigerai que partout en France, le traitement des plaintes pour violences conjugales soit prioritaire. C’est-à-dire qu’elles soient traitées devant toutes les autres», a-t-il annoncé au Parisien.

Baisse du nombre de féminicides… en trompe-l’œil

Selon le collectif Féminicides par compagnons ou ex, en France, près de 130 femmes meurent chaque année sous les coups de leurs conjoints ou ex-conjoints qui généralement «refusent la séparation ou la maladie de sa compagne».
Étonnamment, au premier regard l’année 2020 a vu le nombre de morts violentes au sein du couple diminuer significativement. L’année dernière, 102 femmes et 23 hommes (soit 125 personnes au total) sont décédés des suites de violences conjugales, alors qu’en 2019, le ministre de l’Intérieur en avait recensé 173.
Morts violentes au sein du couple en France
Morts violentes au sein du couple en France - Sputnik France, 1920, 21.09.2021
Morts violentes au sein du couple en France
Pourtant, comme l’explique Féminicides par compagnons ou ex, une telle baisse ne signifie absolument pas la diminution des violences. Alors que la principale raison des féminicides est la séparation, en 2020, à cause des restrictions anti-Covid les femmes n’ont pas pu quitter leur conjoint, les visites pour trouver un autre appartement ne pouvant être organisées et les services d’accueil étant débordés.
Alors, elles ont dû rester et endurer des violences sans être tuées.
«C’est du fait du confinement et justement du fait que les femmes n’ont pas pu partir. Elles étaient coincées à la maison. Les signalements de violence ont augmenté par ailleurs. Donc, elles en subissent sans être tuées», explique la bénévole du collectif qui précise par ailleurs que depuis janvier, les chiffres sont déjà repartis à la hausse.
Ainsi, malgré cette baisse dans les statistiques en 2020, l’ampleur du phénomène continue d’inquiéter.
La tendance est d’ailleurs confirmée par le ministre de l’Intérieur qui, dans l’interview au Parisien affirme qu’en ce moment, les violences conjugales «sont en train de devenir le premier motif d’intervention des policiers et gendarmes, devant tous les autres, y compris les procédures concernant les stupéfiants».

Le drame de Mérignac

L’année en cours a déjà été marquée par un féminicide particulièrement violent et terrifiant: celui de Chahinez Daoud. Cette mère de trois enfants, âgée de 31 ans, a d'abord été blessée par balle avant d'être brûlée vive dans la rue par son mari dont elle était séparée. L’agresseur était un récidiviste: il avait déjà été condamné pour des violences conjugales en juin 2020, écopé de 18 mois de prison dont neuf ferme et était sorti de prison le 9 décembre 2020, rappelle France bleu.
Dans le cadre de sa peine de sursis probatoire, il était suivi par le service pénitentiaire d'insertion et de probation de la Gironde. Il lui était interdit d'entrer en contact avec son ex-épouse. Néanmoins, l’homme n'était pas équipé d’un bracelet anti-rapprochement.
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