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Chasseur du futur: avec le Tempest, et contrairement aux Français, «les Anglais savent où ils vont»

© AFP 2021 TOLGA AKMENMaquette du Tempest, lors de sa présentation au Farnborough Airshow le 16 juillet 2018.
Maquette du Tempest, lors de sa présentation au Farnborough Airshow le 16 juillet 2018. - Sputnik France, 1920, 12.08.2021
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Le Tempest est sur les rails. Bien que lancé plus tardivement, ce chasseur de 6e génération, partie intégrante du programme de combat aérien du futur piloté par les Britanniques, pourrait-il coiffer au poteau Français, Allemands et Espagnols et leur SCAF? Les tensions politico-industrielles entre Paris et Berlin ne laissent rien présager de bon.
Inexorablement, la «Team tempest» avance. Londres a donné le top départ en allouant fin juillet une première tranche de 250 millions de livres sterling (sur deux milliards) à BAE Systems afin de lancer la phase de conception et le développement.
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Fin décembre, les ministres de la Défense britannique, italien et suédois s’accordaient à l’échelon politique sur la conception et le développement conjoint de cet avion de combat de sixième génération. Celui-ci doit remplacer, à l’horizon 2035, les Eurofighter Typhoon de la RAF et de l’armée de l’air italienne, ainsi que les Gripen suédois.

L’ombre britannique grandit sur le SCAF franco-allemand

Bien que pour l’instant, les Français, Allemands et Espagnols et leur système de combat aérien du futur (SCAF) conservent une longueur d’avance sur le calendrier, la menace concurrentielle que fait planer le programme britannique se précise. Après plusieurs mois de crise politico-industrielle entre des Français censés avoir la maîtrise d’œuvre du programme et des Allemands toujours plus exigeants en termes de transfert de leadership et de technologies, le SCAF n’est pas à l’abri d’un capotage, malgré le feu vert du Bundestag.
Fin juin, lors de sa toute dernière séance plénière avant les élections parlementaires outre-Rhin en septembre, les députés allemands ont bien acté la poursuite du programme, à savoir le développement d’un démonstrateur de vol. Toutefois, cette étape n’a en réalité été validée qu’a minima par Berlin. Au lieu d’une enveloppe de 4,5 milliards d’euros, le Bundestag n’en donnera qu’un tiers, soumettant le reste aux conditions de la future majorité. Autant dire que le bras de fer franco-allemand est loin d’être terminé. En matière de coopération, on a vu mieux.
Comme si cela ne suffisait pas, depuis Berlin, le chef d'état-major de l'armée de l'air allemande discute directement avec ses homologues britanniques et italiens d’une potentielle fusion des deux programmes de combat aériens, relatait-il mi-juillet à l’hebdomadaire américain DefenseNews.
Bien qu’à Paris, on dise laisser «la porte ouverte» aux Britanniques, pour reprendre les mots du DGA, la déconvenue serait de taille. En effet, ces deux programmes concurrents développés de part et d’autre de la Manche étaient à l’origine un seul et même projet exclusivement franco-britannique, au grand dam des Allemands. Autant dire qu’une énième redistribution des cartes, entre tous les pays et industriels partenaires du SCAF et du FCAS, ne ferait probablement pas la part belle aux Français, d’autant que ce sont eux qui en 2017 ont claqué la porte au nez des Anglais.

«Il fallait mettre l’Allemagne en avant»

Pour rappel, deux mois après l’élection d’Emmanuel Macron à l’Élysée, le Président français et Angela Merkel annonçaient, à l’issue d’un Conseil des ministres franco-allemand, le lancement de plusieurs programmes communs d’armement, dont celui «de développer un système de combat aérien européen»… non sans surprendre. En effet, il était pressenti depuis le sommet d’Amiens de mars 2016 que Français et Britanniques initieraient début 2018 le développement du démonstrateur de leur SCAF.
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Depuis les accords de Lancaster House signés en 2010, on s’attelait des deux côtés de la Manche au développement d’un drone de combat (UCAV) devant accompagner les Rafale et Eurofighter qu’il était alors question de moderniser. Cette coopération industrielle avait rapidement obtenu des résultats concrets avec les démonstrateurs nEUROn chez Dassault et Tanaris du côté de BAE Systems.
Si, à Paris, on rejette la responsabilité de ce revirement sur les Britanniques, qui auraient prétexté des difficultés budgétaires, il est difficile de ne pas y voir du côté de l’Élysée une volonté politique de faire la part belle au couple franco-allemand dans un contexte fortement marqué par le Brexit. Nous étions alors trois mois après le lancement, par Theresa May, de la procédure de retrait du Royaume-Uni de l’UE et au début de négociations durant lesquelles Emmanuel Macron s’est illustré par une ligne particulièrement dure vis-à-vis de Londres.
«Il fallait mettre l’Allemagne en avant afin de ne pas être mis de côté par celle-ci», estime pour sa part le général (2) de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset, auprès de Sputnik. «La France n’a plus la position qu’elle avait en Europe», enchérit ce chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Quoi qu’il en soit, s’estimant à leur tour marginalisés, la réponse des Britanniques ne s’est pas fait attendre. En juillet 2018, à l’occasion du salon aéronautique de Farnborough, Londres annonçait le lancement de son propre programme de système de combat aérien du futur.
«Il y a dix ans, quand les instituts –dont l’IRIS– ont commencé à être sollicités pour plancher sur l’après-Rafale, nous n’étions pas les seuls à dire que cela serait bien qu’on travaille avec les Britanniques ou encore les Suédois, mais surtout pas avec les Allemands ou les Espagnols, se remémore le général. On raisonnait en termes de capacités industrielles et opérationnelles, pas en tant que financiers boursicoteurs.»
En effet, à ses yeux, la Grande-Bretagne est «le seul pays avec lequel la France peut coopérer à haut niveau» avec «des capacités réellement complémentaires avec les nôtres» et dont les règles d’engagement sont «relativement similaires» à celles des forces françaises. Des règles «carrées»: «ils n’ont pas obligé à faire appel au Bundestag pour avoir le droit de tirer un coup de fusil», ironise-t-il.

Avec l’Allemagne, la France a-t-elle misé sur le mauvais cheval?

Et à raison. Les Allemands, qui ne projettent pas autant que les Français leurs forces armées sur des théâtres d’opérations extérieures, imposent leurs règles. Le récent programme européen de drone MALE en est un exemple criant. Pour Berlin, hors de question que l’eurodrone soit armé: une déconvenue de taille pour Paris qui escomptait se passer à terme des Reaper américains pour appuyer ses forces au sol, comme au Sahel.
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Même cas de figure dans les années 1990, lors de la définition des exigences opérationnelles communes pour le futur A400M Atlas. Là encore, l’Allemagne avait su imposer ses exigences à tous les autres partenaires du programme. Ainsi, avec ses contre-mesures et son système de suivi de terrain, l’appareil européen de transport militaire est conçu pour effectuer des vols à très basse altitude, comme un appareil d’attaque au sol, et ce afin de pénétrer des espaces aériens adverses hautement sécurisés. Du pur gâchis, aux yeux du général Brisset, «cet argent aurait pu être employé à des fins plus utiles» au quotidien «comme le ravitaillement des hélicoptères, le largage par les portes latérales», regrette-t-il. «Les Allemands veulent des choses ultraperformantes, mais ils ne veulent surtout pas s’en servir dans le cas où ça risquerait de tuer des gens», raille l’officier français.
Encore avant, au début des années 1980, lors des négociations autour du précédent projet commun d’avion européen Eurofighter, la France avait fini par claquer la porte devant les exigences allemandes pour développer son Rafale. Berlin refusait de payer pour le développement d’un appareil pouvant apponter ou délivrer une charge nucléaire dans la mesure où l’Allemagne ne disposait ni de porte-avion ni de bombe nucléaire. Bref, cette Allemagne déconnectée des réalités opérationnelles, sans parler de son orthodoxie budgétaire, n’apparaît pas être le partenaire idéal pour la France afin de faire aboutir le SCAF.
Quant à l’Espagne, dernière arrivée dans le programme et dont une partie de l’industrie de défense est aujourd’hui intégrée à la branche allemande d’Airbus, le chercheur à l’IRIS ne se montre pas particulièrement plus optimiste:
«Les Espagnols ont fait des progrès, mais ils sont très responsables des déboires de l’A400M. Ils arrivent de loin […], l’industrie aéronautique, cela ne s’invente pas en dix ans», enchérit le général Brisset.
Le trio aura donc la vie dure face BAE Systems et Rolls Royce, deux «entreprises disposant à la fois d’excellents bureaux d’études et d’une bonne culture industrielle», flanquées des branches britanniques de Leonardo et de MBDA, sans parler du concours suédois. Le royaume scandinave peut en effet se targuer de faire partie du cercle très restreint des nations européennes capables de produire un avion de chasse, «ce dont ni les Italiens, ni les Allemands, ni les Espagnols sont capables par eux-mêmes» insiste Jean Vincent Brisset.
Bref, si, de l’aveu de notre intervenant, il est encore trop tôt pour statuer sur la véracité du choix des Français, une chose est sûre: contrairement à ces derniers, «les Anglais savent où ils vont» avec le Tempest, dont ils conservent la maîtrise d’œuvre. Celui-ci aurait donc toutes ses chances de voir le jour.
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