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La reprise de l’Afghanistan par les talibans traduirait «l’échec du modèle actuel de l’Otan»

© Sputnik . Stringer / Aller dans la banque de photosSituation en Afghanistan après la chute de Kaboul
Situation en Afghanistan après la chute de Kaboul - Sputnik France, 1920, 19.08.2021
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Au Canada, la reprise de Kaboul par les talibans* s’invite dans la campagne fédérale. Les deux principaux aspirants au poste de Premier ministre promettent de ne jamais reconnaître le nouveau régime. Selon Justin Massie, professeur de science politique à Montréal, le Canada doit d’abord tirer les leçons des nombreux échecs de l’Otan.
Ayant pris part au conflit sur le terrain entre 2001 et 2014 avec 40.000 militaires et plus de 11 milliards d’euros de dépenses, le Canada est encore secoué par la victoire des talibans*. Plusieurs observateurs déplorent l’énorme gaspillage de vies humaines et de ressources pour Ottawa, mais Justin Massie, expert des conflits armés à l’Université du Québec de Montréal, pointe d’abord «l’échec du modèle actuel de l’Otan»:
«C’est un échec de la mission canadienne, de l’Otan et des États-Unis. Mais surtout, ce développement remet encore plus en question les missions de formation de militaires étrangers par les Occidentaux. Quand les Américains ont quitté l’Irak en 2011, leur départ a débouché sur la création de l’État islamique* en 2014 et la déroute de l’armée irakienne. […] L’Occident est incapable de vaincre réellement le terrorisme.»
Les chefs de partis engagés dans la course électorale canadienne ne s’attendaient sans doute pas à avoir à se prononcer sur ce sujet sensible. «Le Canada n’a aucun plan pour reconnaître les talibans comme gouvernement de l’Afghanistan», a affirmé le 17 août le Premier ministre sortant, Justin Trudeau.
Bernard-Henri Lévy - Sputnik France, 1920, 19.08.2021
Les États-Unis et l’Occident n’avaient «absolument pas échoué» en Afghanistan, selon BHL
La veille, Erin O’Toole, chef du Parti conservateur, déclarait qu’un gouvernement conservateur n’allait «jamais» reconnaître les anciens et nouveaux maîtres de Kaboul:
«Un gouvernement conservateur s’engagera également à veiller à ce que l’aide fournie au peuple afghan ne finisse pas entre les mains du régime taliban», a ajouté le chef de l’opposition officielle.
Mais la tâche principale pour Ottawa, selon Justin Massie, c’est de faire une sorte d’examen de conscience et aller au-delà de ces déclarations à saveur électoraliste. «Le Canada doit y réfléchir à deux fois avant d’intervenir militairement à l’étranger», avertit-il. D’après lui, la reprise de Kaboul n’est que le couronnement d’une série de fiascos de l’Alliance atlantique remontant aux années 1990 avec des guerres comme celles de Bosnie.

Des échecs en cascade pour l’Otan

Les débarquements suivis de formation de troupes, puis de l’implantation de gouvernements pro-occidentaux seraient une stratégie inefficace. Notre expert est catégorique: «L’Otan est incapable d’assurer la paix à long terme.»
«Ce type d’intervention militaire a montré ses limites. L’Occident doit maintenant se demander quelles sont ses options. Que doit-il faire? Est-ce qu’on doit se cantonner à des frappes de drones, par exemple? L’Otan devra développer une nouvelle approche devant les nouvelles menaces car il se trouve dans une impasse», poursuit le professeur.
Il y a quelques jours, Justin Trudeau annonçait son intention de faire venir au pays 20.000 réfugiés afghans dont la vie était potentiellement menacée. Une démarche justifiée et légitime, selon le professeur de science politique.

Non-reconnaissance des talibans*: «le Canada n’y gagnera rien»

En revanche, l’intention d’Ottawa de ne pas reconnaître légitime le régime taliban pourrait être «contre-productive» à long terme:
«Le Canada ne gagnera probablement rien à ce jeu. Il pourrait se placer dans une position délicate. Tout dépend de ses objectifs… On ne sait pas vraiment ce que le rejet du régime ou des sanctions pourraient changer sur le terrain. Quels seront les bénéfices? Étant donné que la Chine et la Russie ont décidé de reconnaître le gouvernement, le Canada perdrait de son pouvoir de négociation et de marchandage avec lui», précise l’expert des politiques de défense.
Dans une autre perspective, Justin Massie considère que la Chine pourrait avoir trouvé avantage à voir les puissances occidentales s’empêtrer dans ce conflit de vingt ans, bien qu’elle soit dotée d’une frontière commune avec l’Afghanistan.
Situation en Afghanistan après la reprise du pouvoir par les talibans* - Sputnik France, 1920, 17.08.2021
Les Canadiens regrettent d’avoir suivi l’Amérique en Afghanistan et se préparent à accueillir des réfugiés
Selon lui, l’Afghanistan n’est pas vraiment une priorité pour Pékin. «Les Américains et leurs alliés ont concentré tant de ressources dans cette seule région qu’ils ont un peu oublié comment faire la guerre à la Chine avec tous les moyens sophistiqués d’aujourd’hui. Puisque la menace djihadiste est aussi une menace pour Pékin, l’intervention occidentale ne lui a pas nui non plus sur ce plan», conclut-il.
*Organisation terroriste interdite en Russie.
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