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Chaos afghan: Moscou veut empêcher une percée de Daech en Asie centrale

© Sputnik . Andreï Stenine  / Aller dans la banque de photosDrapeau de Daech*
Drapeau de Daech* - Sputnik France, 1920, 24.08.2021
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Contrairement aux chancelleries occidentales soucieuses d’évacuer des Afghans anti-talibans, la Russie s’inquiète de la dynamique des groupes djihadistes. Présents dans le nord de l’Afghanistan, galvanisés par le chaos ambiant, ceux-ci représentent une menace directe pour les pays d’Asie centrale et pour la Russie voisine. Analyse.
Les autorités russes veulent contenir la crise afghane. C’est d’ailleurs par ce dossier chaud que Vladimir Poutine a entamé le 20 août sa conférence de presse commune avec Angela Merkel. Une prise de parole où le Président russe s’est montré critique à l’égard des Occidentaux pour leur rôle joué dans cet échec afghan, tout en rappelant ses priorités: éviter «l’effondrement» du pays et que les «terroristes» puissent le quitter pour déstabiliser d’autres régions.
Vladimir Poutine - Sputnik France, 1920, 22.08.2021
Poutine met en garde contre les terroristes afghans se présentant comme des réfugiés
Quelques jours plus tôt, Linda Thomas-Greenfield, représentante permanente des États-Unis aux Nations unies, avait appelé les pays voisin de l’Afghanistan à «accorder aux réfugiés afghans un asile provisoire ou définitif.»

Des réfugiés afghans aux portes de l’union douanière eurasienne?

En effet, en dépit de la menace de déstabilisation que représente pour ces ex-territoires soviétiques une infiltration des réfugiés par des katibas (groupes de combattants djihadistes) depuis les années 2000, Moscou a aboli les régimes de visas avec le Kirghizstan et le Tadjikistan.
Or, ce dernier est le pays d’Asie centrale qui dispose de la plus longue frontière (1.206 km) avec le nord de l’Afghanistan. Pour la sécuriser, Douchanbé, qui se dit prêt à accueillir 100.000 réfugiés afghans, a rappelé 20.000 réservistes, bientôt rejoints par les troupes russes. Les tankistes de la 201e division d’infanterie motorisée, basée dans la capitale du Tadjikistan, ont effectué la première semaine août des manœuvres communes avec l’armée tadjike à proximité immédiate de la frontière afghane. Bien qu’il s’agisse d’une anticipation de la victoire talibane sur Kaboul, ces soldats ne seraient pas là pour parer une improbable offensive des «étudiants en religion», mais pour contrer les incursions de groupes djihadistes galvanisés par le chaos qui sévit en Afghanistan avec le départ précipité des Américains.
En tête de liste de ces menaces directes: Daech*, dont la branche locale, l’État islamique au Khorassan, prolifère dans le nord afghan à la barbe même des talibans*, qui leur mènent une lutte sans merci. Les coups de force du groupe terroriste dans la région ne sont pas sans conséquences, comme le souligne auprès de Sputnik David Gaüzère, chercheur associé au Geopolitical research analytical circle (GRAC) et coauteur de l’ouvrage Le chaudron vert de l’islam centrasiatique (Éd. l’Harmattan, 2020).

L’Asie centrale métastasée par le cancer Daech*

Des militaires de la 201e base militaire russe au Tadjikistan - Sputnik France, 1920, 24.08.2021
La Russie renforce sa base militaire au Tadjikistan sur fond de crise afghane
Pour ce spécialiste de l’Asie centrale, le Tadjikistan offre justement une cible de choix pour le Califat et ses katibas. Principale menace: la «réactivation de cellules» dans les montagnes du Ferghana, une «vallée multiethnique au découpage frontalier très inhabituel et explosif» entre le Tadjikistan, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan. C’est d’ailleurs à la sortie de cette vallée, à Khodjent, qu’en novembre 2018 un commando de Daech* avait pris d’assaut la prison de la ville, tuant les gardes qui s’opposaient ou se rendaient à eux avant d’armer des détenus fanatisés.
«Lorsque ces révoltes ont eu lieu, les militants islamistes nationalistes tadjiks du Parti de la Renaissance Islamique (PRI) avaient été froidement abattus, de la même manière qu’aujourd’hui Daech* déteste les talibans*», précise David Gaüzère.
En mai 2019 ce scénario s’est répété, cette fois-ci à Vakhdat, à seulement une dizaine de kilomètres de Douchanbé. Ce soulèvement avait été coordonné par Bekhrouz Khalimov, fils d’un ex-commandant de l’OMON (forces spéciales du ministère de l’Intérieur russe) devenu le dernier «ministre de la Guerre» de Daech* dans la zone syro-iranienne avant d’être tué en septembre 2017 par l’aviation russe à Deir-Ez-Zor.
Une «saga familiale» qui témoigne des liens étroits entre le front irako-syrien et celui de l’Asie centrale «on a les mêmes katibas sur les deux fronts», souligne le chercheur associé au GRAC. «Daech* considère chaque espace conquis comme une province différente d’un califat mondial unique et y transpose l’organisation de sa structure militaire», ajoute-t-il.
Contrairement à la poche de Daech* au Nangarhar (entre Kaboul et le Pakistan), éradiquée par une alliance «contre -nature entre le gouvernement afghan, les talibans* et les Américains», celle du nord a perduré faute d’emprise ethnique des nouveaux maîtres de Kaboul sur la zone. Depuis cette poche nord afghane, entretenue par «des combattants radicaux, ouzbeks, tadjiks», ce «phénomène diabolique» qu’est Daech* aux yeux des talibans*, a ainsi métastasé à travers l’Asie centrale et le Caucase.

Tadjikistan, Ouzbékistan: la Russie amplifie son aide militaire

Autre pays d’Asie centrale directement exposé aux conséquences de la crise afghane: le Turkménistan, deuxième pays d’Asie centrale partageant la plus grande frontière avec l’Afghanistan. Le coauteur du chaudron vert de l’islam centrasiatique rappelle les «incursions meurtrières» de combattants centrasiatiques de Daech* depuis 2016. C’est d’ailleurs un Turkmène qui a repris le flambeau à la tête de l’État islamique* après la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi.
René Cagnat - Sputnik France, 1920, 17.06.2019
États-Unis, Chine, Russie, Iran, Djihad: comment l’Asie centrale est devenue une poudrière
Bien que dans une bien moindre mesure aux yeux de David Gaüzère, compte tenu notamment de sa faible frontière avec le nord de l’Afghanistan, l’Ouzbékistan est également dans la liste des pays menacés par le chaos qui règne chez son voisin. Les autorités ouzbèkes ont d’ailleurs également reçu le renfort militaire de Moscou, à travers un accroissement des livraisons d’armes et la tenue cet été de manœuvres militaires conjointes.
En effet, si de ces trois pays frontaliers de l’Afghanistan, le Tadjikistan est le seul à être membre de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), l’Ouzbékistan profite du parapluie militaire russe via l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dont le secrétaire général est d’ailleurs Ouzbek.
Tous ces ex-territoires de l’Empire russe, puis de l’Union soviétique, partagent encore un lien fort avec la Russie voisine. S’ils étaient membres de la Communauté économique eurasiatique (ou Eurasec) jusqu’à sa dissolution en 2015, ils sont aujourd’hui à la frontière de l’Union économique eurasiatique qui l’a remplacé (réunissant Arménie, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizstan et Russie). Bref, un espace économique unique où de Moscou au cœur de l’Asie centrale, il est facile de circuler. Y compris pour des djihadistes.
*Organisations terroristes interdites en Russie
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