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Le scénario de Kaboul peut-il se répéter dans l’un des pays du Sahel?

© AP Photo / Mohamed SalahaAu Mali, août 2020
Au Mali, août 2020 - Sputnik France, 1920, 27.08.2021
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Dans un entretien à Sputnik, le Dr Kinda, expert malien en sécurité, analyse les raisons et les conséquences de la décision du Tchad de retirer 600 soldats engagés dans la Force G5 Sahel, dans la région des trois frontières. Il évoque la situation à Kaboul après le retour des talibans* et l’éventualité de voir le même scénario se répéter au Sahel.
Samedi 21 août, le gouvernement tchadien a annoncé le retrait de la moitié de son contingent engagé depuis février 2021 dans la zone des trois frontières (Mali, Niger et Burkina Faso), dans le cadre de la Force G5 Sahel, soit 600 soldats. Alors que cette région est considérée comme la plus dangereuse de la région à cause d’une activité terroriste et djihadiste importante, la décision tchadienne, qui intervient dans le contexte de la fin de l’opération militaire extérieure française Barkhane, risque d’avoir des répercussions sur la situation sécuritaire.
En effet, alors que ces dernières semaines plusieurs attaques terroristes ont été enregistrées au Mali, au Niger, au Burkina Faso et au Tchad, faisant des dizaines de morts civils et militaires, la France va également retirer la moitié de ses effectifs, soit 2.500 soldats. Ceci pourrait compliquer davantage la tâche des armées des pays de la région engagés dans la lutte antiterroriste face à des groupes affiliés à Daech* et Al-Qaïda*.
Quelles sont les raisons qui ont motivé la décision tchadienne? Ce retrait est-il lié à la situation politique dans le pays qui a entamé un processus de transition depuis avril suite au décès du Président Idriss Déby Itno, mortellement blessé dans une attaque terroriste dans le nord du pays, à la frontière avec la Libye?
Par ailleurs, le retour triomphant des talibans* au pouvoir à Kaboul peut-il inciter les groupes activant au Sahel à s’en prendre aux États de la région, considérés comme des valets des puissances occidentales, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France? Y a-t-il des similitudes entre le retrait des forces américaines et de l’Otan en Afghanistan et la fin de l’opération Barkhane suivie de la réduction des effectifs tchadiens? Le scénario afghan peut-il se répéter au Sahel, notamment au Mali où les groupes terroristes contrôlent une bonne partie du territoire national?
Pour répondre à ces questions, Sputnik a sollicité le Dr Daouda Kinda, expert malien en sécurité internationale et politiques de défense. Pour lui, «la décision tchadienne tient avant tout aux motivations de l’engagement du pays dans la région des trois frontières, mais aussi à sa situation politique interne, marquée par des tiraillements entre différentes parties, dont les enfants de feu Idriss Déby Itno».

«L’engagement tchadien décidé pour faire plaisir à la France»

«Il est évident que le retrait des 600 soldats tchadiens, réputés très aguerris et courageux au combat, est un coup dur pour la Force G5 Sahel qui doit également perdre, d’ici 2022, pas moins de 2.500 soldats français, engagés dans la région depuis 2014 dans le cadre de l’opération Barkhane, ayant succédé à Serval (2013)», affirme le Dr Kinda, soulignant que «cette décision tchadienne n’est pas tout à fait surprenante».
Et d’expliquer que «l’engagement tchadien décidé, par feu le maréchal Idriss Déby Itno, n’a pas été étudié de tous les côtés [notamment la durée, les moyens financiers et les équipements militaires nécessaires, ndlr], pour faire plaisir à la France qui venait d’engager ses troupes au Sahel. Le manque de moyens humains, matériels et financiers, qui handicape encore le travail de la Force G5 Sahel présageait déjà ce retrait annoncé à demi-mot par Idriss Deby bien avant son assassinat».
Par ailleurs, «il faut savoir que le processus de transition engagé par Mahamat Idriss Déby, fils du Président défunt et chef du Conseil militaire de transition (CMT), connait des difficultés à cause des épines qui longent le chemin, suscitées par des rivalités, notamment entre ses trois enfants. En effet, en plus de Mahamat, également ex-parton des services de renseignement, ses frères Oumar et Zakaria nourrissent des ambitions politiques présidentielles, ce qui rend les négociations au sein du CMT sur une feuille de route acceptée par toutes les parties difficiles. Ainsi, faire grossir les rangs des troupes terrestres s’avère un moyen déterminant pour peser dans la négociation, ce qui rend la possibilité d’un retrait total de l’armée tchadienne tout à fait plausible, au moins le temps d’assurer une transition calme dans le pays».

«Ce qui s’est passé à Kaboul est un séisme dont les répliques sont à surveiller»

Dans la situation de la crise financière, économique et sociale qui frappe le monde, aggravée depuis 2020 par la situation sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, chaque région, notamment les plus pauvres et les plus sous-développées, a ses spécificités qui déterminent les dynamiques politiques et sociales locales. Il n’en demeure pas moins qu’elles subissent de la même façon, à des degrés différents, les influences des processus mondiaux, explique le Dr Kinda.
Ainsi, «au-delà de l’émotion suscitée par la prise de la capitale de l’Afghanistan par les forces talibanes* et son amplification, probablement à dessein, par les médias mainstream, ce qui s’est passé à Kaboul est un séisme, dont les signes objectifs avant-coureurs sont apparus bien plus avant. Donc il est évident que ses répliques sont à surveiller de très près partout où sévissent le terrorisme et le djihadisme».
Dans le même sens, l’expert estime que «la fuite du Président et des 300.000 soldats afghans surarmés, formés par l’armée américaine et l’Otan depuis 20 ans, face à 80.000 combattants talibans* sous-équipés, rééditant le même scénario de la déconfiture des forces irakiennes face à Daech*, laissent entrevoir les mêmes causes de cet état de fait. En effet, les forces américaines et de l’Otan, qui ont permis depuis 2001 le redémarrage de la production du pavot et de l’héroïne à des proportions astronomiques en Afghanistan, menaçant gravement la santé et la sécurité des populations des pays voisins, notamment la Russie, ont généralisé la corruption dans toute la société, y compris les corps constitués, dont l’armée. Face aux talibans* qui combattaient depuis 20 ans pour reprendre le contrôle de leur pays, il y avait des soldats afghans pétris depuis des années dans l’immoralité la plus totale, qui a fait d’eux les esclaves du salaire versé par une administration à la solde des États-Unis et de l’Otan».
«Tout comme en Irak et en Afghanistan, les pays et les armées du Sahel souffrent également d’une corruption endémique qui les a fragilisés, déconnectés de leurs populations et crée un terrain fertile pour le recrutement de jeunes désespérés par les différents groupes terroristes, notamment ceux ayant fait allégeance à Al-Qaïda* et Daech*», ajoute-t-il, précisant que «les corrupteurs sont toujours les mêmes: les puissances occidentales, notamment la France, contre lesquels les populations se révoltent de plus en plus. Il y a également la Chine, mais à un degré moindre. Cependant, cette dernière participe au développement des pays africains, ce que les Occidentaux n’ont malheureusement pas fait».

Quid des enjeux géostratégiques?

Enfin, le Dr Kinda rappelle que «bien que les talibans* ont promis de ne pas faire à nouveau de l’Afghanistan une terre d’accueil des organisations terroristes, notamment Daech*, il n’en demeure pas moins que cette organisation est très active dans le nord de l’Afghanistan. En effet, quelques semaines auparavant, les autorités russes avaient publiquement accusé l’armée américaine de travailler main dans la main dans cette région avec les combattants de Daech*. Il faut avoir à l’esprit ce que le journal Kommersant a révélé après la rencontre entre Poutine et Biden en juin à Genève, après le sommet de l’Otan et du G7. Le Président russe aurait discuté avec son homologue américain de l'éventuallité d’utiliser les bases russes au Kirghizistan et au Tadjikistan pour contrôler l’Afghanistan, après le départ de l’armée américaine et de l’Otan, annoncé depuis l’accord de Doha entre l’administration Trump et les talibans*. À ce jour, aucune suite n’aurait été donnée par les Américains, ce qui laisse penser qu’ils ont un plan après leur départ; probablement celui de l’embrasement du pays sur fond de guerre civile, comme ce que nous venons de voir le 26 août à Kaboul, où il y a eu des attaques à la bombe».
*Organisation terroriste interdite en Russie
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