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Sahara occidental: pourquoi le nouveau représentant spécial de l’Onu aura du mal à résoudre la crise

© AFP 2021 Ryad KramdiSahara occidental
Sahara occidental - Sputnik France, 1920, 01.09.2021
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Dans un entretien à Sputnik, le représentant du Front Polisario en Europe, Oubi Bouchraya Bachir, s’exprime sur la nomination du diplomate russe Alexandre Ivanko au poste de représentant spécial du secrétaire général de l’Onu pour le Sahara occidental et chef de la MINURSO. Selon lui, ceci n’aura pas d’impact sur la résolution du conflit.
Vendredi 27 août, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a nommé le russe Alexandre Ivanko, en tant que nouveau représentant spécial pour le Sahara occidental et chef de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO).
Ce diplomate, qui a servi comme chef d'état-major de la MINURSO depuis 2009, cumule plus de 30 ans d'expérience dans les affaires internationales, dont essentiellement le maintien de la paix, indique un communiqué du secrétariat général de l'Onu. Il a auparavant été directeur de l'information publique pour la Mission des Nations unies au Kosovo (2006-2009) et porte-parole de l’Onu en Bosnie-Herzégovine (1994-1998).
La semaine dernière, l’Algérie, qui soutient le Front Polisario dans sa lutte pour l’autodétermination face au Maroc, a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le royaume chérifien, citant plusieurs griefs, dont le soutien affiché et renouvelé de ce dernier au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), présidé par Ferhat Mehenni et basé en France.
Que pourrait apporter le diplomate russe sur la question de l’organisation du référendum d’autodétermination du peuple sahraoui? Quel est l’impact de la nouvelle situation diplomatique entre l’Algérie et le Maroc sur le conflit au Sahara occidental et sur toute la région? Où en est la démarche du Front Polisario auprès de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), visant à annuler l’accord de pêche Maroc-UE?
Pour répondre à ces questions, Sputnik a sollicité le représentant du Front Polisario en Europe et au sein de l’Union européenne, Oubi Bouchraya Bachir. Pour lui, «la nomination d’Alexandre Ivanko est une bonne nouvelle pour la gestion des affaires techniques internes de la MINURSO, mais pas pour la résolution du conflit au Sahara occidental, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu et ce pour plusieurs raisons».

Il s’agit d’un poste technique et non politique

«Pour mettre en œuvre les résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu concernant le conflit au Sahara occidental, depuis 1975, le secrétaire général de l’Onu nomme un représentant spécial et un envoyé spécial. Le premier poste est technique, alors que le second est diplomatique et politique. C’est ce dernier qui a le pouvoir et les prérogatives de faire avancer la mise en application des solutions au conflit et de mener les négociations entre les deux parties, ainsi que fédérer l’appui international nécessaire aux avancées réalisées», affirme M.Bouchraya Bachir.
Et d’expliquer que «M.Ivanko prend la place du Canadien Colin Stewart au poste technique de représentant spécial du secrétaire général de l’Onu et chef de la MINURSO, alors que depuis la démission de Horst Köhler en mai 2019 Antonio Guterres peine encore à nommer un nouvel envoyé spécial pour le Sahara occidental. Le Maroc a tout fait pour retarder l’arrivée d’un autre diplomate à ce poste, dans le but de maintenir le statu quo qui dure depuis plus de 30 ans afin, in fine, de faire accepter à la communauté internationale son plan d’autonomie par le fait accompli».
Dans le même sens, il souligne que «M.Ivanko a sans doute une réputation d’homme de terrain sérieux et intègre, mais malheureusement il arrive à la tête de la MINURSO au moment où cette mission onusienne a perdu toute crédibilité quant à l’organisation d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui, et ce à cause du laxisme du Conseil de sécurité, notamment ses membres permanents, qui a tourné le dos à ses responsabilités concernant le conflit au Sahara occidental».

«La MINURSO n’a plus de raison d’exister»

Suite à l’intervention le 13 novembre 2020 des Forces armées royales (FAR) marocaines pour prendre le contrôle du passage frontalier de Guerguerat, le Président de la République arabe sahraouie démocratique, Brahim Ghali, a signé un décret mettant fin à l’engagement de la RASD à respecter l’accord de cessez-le-feu avec le Maroc signé en 1991.
«La guerre entre les deux parties a repris après que le Maroc a rompu l’accord de cessez-le-feu, en novembre dernier, sans qu’il soit inquiété par le Conseil de sécurité ou par la MINURSO, ce qui le laisse penser que personne ne pourra se dresser sur son chemin [notamment après la déclaration de Trump reconnaissant la marocanité du Sahara occidental, ndlr], cela a fait que cette dernière a perdu toute crédibilité aux yeux du peuple sahraoui», soutient l’interlocuteur de Sputnik.
À ce titre, le responsable assure que «le peuple sahraoui n’acceptera jamais de refaire la malheureuse expérience d’une attente inutile». «Le peuple avait donné sa parole en acceptant un accord de paix [signé le 6 septembre 1991 sous les auspices de l’Onu et de l’Organisation de l’Union africaine (OUA), l’ancêtre de l’UA, qui en sont les garants, ndlr], mais il a été trahi, humilié et abandonné», regrette-t-il.

«Une gravissime escalade»

Alors que le royaume chérifien revendique sa souveraineté sur le territoire du Sahara occidental depuis 1975 suite à la marche verte lancée par feu le roi Hassan II, Oubi Bouchraya Bachir précise que «l’Onu, l’Union africaine (UA) et la Cour internationale de Justice (CIJ) ne reconnaissent pas la souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental».
Par ailleurs, alors que Rabat défend un plan de résolution du conflit axé sur l’octroi d’une autonomie au territoire du Sahara occidental, dont plusieurs pays ont ouvert des représentations consulaires dans les villes de Laâyoune et Dakhla, le représentant du Front Polisario affirme que «tenter de nier le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, c’est d’une part s’asseoir sur la légalité internationale. D’autre part, provoquer la guerre et l’instabilité dans une région stratégique très sensible pour la paix et la sécurité mondiales».
À ce propos, il évoque «la rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc, qui, malgré son caractère exclusivement bilatéral, sonne comme une gravissime escalade pouvant mener, à Dieu ne plaise, à un embrasement généralisé de toute la région d’Afrique du Nord, auquel il faut ajouter la situation en Libye et dans la majorité des pays du Sahel infestés par les organisations terroristes, le trafic d’armes et de drogues et la criminalité transnationale».

En conclusion, un «plaidoyer pour la paix et la coopération»

Enfin, tout en assurant que le prochain et imminent «arrêté de la CJUE confirmera définitivement, selon les avocats du Front Polisario, l’illégalité de l’accord de pêche entre le Maroc et l’Union européenne», M.Bouchraya Bachir estime que les «clés de la résolution définitive du conflit au Sahara occidental sont entre les mains du Conseil de sécurité, notamment ses membres permanents, qui doit faire valoir le droit international. Il doit imposer au Maroc le respect de la résolution relative à l’organisation du référendum d’autodétermination du peuple sahraoui, afin que le bruit des armes cesse à jamais dans la région».
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