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Visite de Macron à Marseille: le chef de l’État dans le «déni de réalité»?

© AFP 2021 LUDOVIC MARINLe Président de la République française Emmanuel Macron accueilli par le maire (PS) de Marseille Benoît Payan, le 1er septembre 2021
Le Président de la République française Emmanuel Macron accueilli par le maire (PS) de Marseille Benoît Payan, le 1er septembre 2021 - Sputnik France, 1920, 01.09.2021
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Emmanuel Macron entend dévoiler son plan pour porter secours à la ville de Marseille, gangrenée par l’insécurité et plombée par le manque de moyens. Stéphane Le Rudulier, sénateur LR des Bouches-du-Rhône, dénonce l’abandon de l’État dans la cité phocéenne. Il se fait peu d’illusions sur la volonté réelle de l’Élyséen de résoudre le drame.
«Pourquoi avoir attendu quatre ans et trois mois pour traiter la situation de la deuxième ville de France?» fait mine de s’interroger Stéphane Le Rudulier au micro de Sputnik.
Pour le sénateur Les Républicains des Bouches-du-Rhône, la question ne fait pas un pli: la visite d’Emmanuel Macron à Marseille ce mercredi 1er septembre s’apparente davantage à une «stratégie de communication pour entrer dans une période électorale» qu’à une volonté politique de soigner les maux de la cité phocéenne. Escorté de sept ministres et secrétaires d’État, le Président de la République passera deux jours et demi sur place. Il doit notamment annoncer un vaste «plan d’accompagnement» de la ville «et de sa métropole» afin de répondre à «l’urgence» de la situation. «Il y a un déni de réalité par rapport à ce qu’il se passe à Marseille», prévient Le Rudulier.

La situation «s’est totalement aggravée»

Des policiers français lors d'une opération à Marseille (photo d'archives) - Sputnik France, 1920, 19.08.2021
Le maire de Marseille juge qu’«on peut acheter une Kalachnikov comme on achète un pain au chocolat»

Benoît Payan, le maire socialiste de Marseille, a lancé il y a près de six mois un appel à la «solidarité nationale» pour renflouer ses caisses désespérément vides. Sa ville est minée par des problèmes d’insalubrité du logement, d’insécurité chronique… Sans parler du délabrement des écoles. La municipalité a lancé un plan de rénovation de près de 300 établissements scolaires sur les 472 que compte la ville. Le tout pour un montant de 1,2 milliard d’euros. L’État en prendra en charge une partie. Mais, pour Stéphane Le Rudulier, «des moyens financiers à eux seuls ne suffiront pas» à résorber une situation «très préoccupante».

«Ce n’est pas la première fois que des responsables politiques de premier plan viennent à Marseille en promettant des milliards d’euros d’aides étatiques. En définitive, que s’est-il passé? Rien du tout, car rien n’a changé. Pire, cela s’est totalement aggravé», s'exaspère le sénateur.
En novembre 2013, Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, s’était rendu sur place. Il avait annoncé un plan d’aide de plusieurs milliards d’euros en faveur… des transports, de l’emploi et de la sécurité. «Marseille est la seule métropole qui n’a pas fait l’objet d’investissements massifs de l’État depuis cinquante ans. Depuis la création des communautés urbaines en 1966, toutes les autres métropoles ont fait l’objet d’un soutien massif. Il y a véritablement une faillite de l’État à Marseille», s’insurge Le Rudulier.

Faire intervenir l’armée à Marseille?

L’une des principales préoccupations concerne bien évidemment le trafic de drogue. Les règlements de comptes entre bandes rivales rongent la ville depuis plusieurs années. Le 18 août dernier, un adolescent de 14 ans était assassiné alors qu’un enfant de 8 ans était atteint à la tête par un commando armé de kalachnikovs dans le 14e arrondissement. Depuis le début de l’année, quinze personnes sont officiellement décédées dans des fusillades entre gangs. Ce qui fait monter le bilan à 199 morts dans des affrontements entre bandes rivales depuis 2011.
«L'urgence absolue, c’est de rétablir l’ordre. Les investissements à l’école et dans les transports sont, bien sûr, nécessaires. Mais, avant toute chose, il faut restaurer l’autorité. Sans elle, il ne peut y avoir de développement des politiques publiques», plaide notre interlocuteur.
En février, à l’occasion d’une visite dans les quartiers nord de la ville, Gérald Darmanin avait annoncé l’arrivée de 300 policiers supplémentaires sur trois ans dans la cité phocéenne, dont 100 dès 2021. Insuffisant, selon Benoît Payan.
Le maire de la ville, qui dénonce l’emprise des «trafics internationaux des mafias et des cartels» à Marseille, estime qu’il faudrait au moins 800 policiers supplémentaires afin de faire régner l’ordre. Et exige la création d’un «parquet spécial» afin d’assurer la prise en charge judiciaire des individus impliqués dans le trafic de stupéfiants.
«C’est une des solutions», reconnaît Le Rudulier. «Mais il faut avant tout gérer ces zones de non-droit. Il faut une présence policière permanente dans ces quartiers afin d’éviter qu’on ait 220 points de deal à l’échelle du département! Pourquoi pas aussi, en renfort de la Police nationale, permettre à l’armée de s’implanter dans ces quartiers sensibles», suggère celui qui est aussi conseiller de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

«Marseille est un peu le symbole de tous les maux qui traversent notre société»

La défiance entre les élus locaux et l’exécutif ne semble en tout cas pas près de s’apaiser. Dans un communiqué cinglant publié ce mardi 31 août, l’Élysée attribue les maux de la cité phocéenne «aux collectivités locales, qui sont un peu, et ce n’est pas une injure de le dire, dans une forme d’incurie ou d’incapacité locale à répondre aux enjeux». Une saillie qui ne passe pas pour l’élu local.
«De qui se moque-t-on? Emmanuel Macron va nous faire croire que, si l’État a failli, c’est la faute des collectivités territoriales? Je rappelle que nous n’avons pas la compétence en matière de sécurité et de justice. Les élus locaux, quel que soit leur bord politique, essaient de remplir leur mission du mieux qu’ils le peuvent dans un contexte très difficile», se défend le sénateur LR.
Ce mardi 31 août, Gérald Darmanin a annoncé sur Twitter «une importante opération anti-drogue» à la cité des Flamants dans le 14e arrondissement. La veille, l’émission Quotidien diffusait un reportage montrant un groupe de jeunes contrôlant la circulation près des points de deal du quartier. Les voyous allaient jusqu’à filtrer les voitures à l’aide d’une barrière levante! «Vous voyez Macron? Les Français lui obéissent. Bah, ici, c’est pareil: les gens qui veulent entrer dans le quartier, ils nous obéissent», plastronnait l’un des jeunes interrogés.
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