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Ottawa de plus en plus aligné sur Washington? «Le Canada a perdu ses repères»

© Photo Pixabay/forcal35Le Capitole des États-Unis
Le Capitole des États-Unis  - Sputnik France, 1920, 03.09.2021
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Le Canada, un pays en déclin sur la scène internationale? C’est du moins le point de vue de Jocelyn Coulon, ex-conseiller du ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion (2016-2017). Dans son dernier ouvrage, le chercheur revient sur quinze années d’alignement sur les États-Unis et de perte d’influence. Entrevue.
«Les discours moralisateurs, c’est tout ce que connaît le Canada depuis quelques années en matière de politique étrangère», tonne Jocelyn Coulon, furieux de voir la classe politique canadienne «incapable de penser le monde d’aujourd’hui».

Le Canada, un pays qui se cherche

Dans son livre Le Canada à la recherche d’une identité internationale publié récemment aux Presses de l’Université de Montréal, le chercheur dresse le bilan de quinze années de rapprochement avec les États-Unis. Une posture qui aurait rimé avec l’abandon du multilatéralisme, pourtant autrefois au cœur de la vision d’Ottawa:
«Entre 1945 et 2000, le Canada avait une forte identité internationale. Depuis une quinzaine d’années, le Canada a perdu cette identité et en cherche une nouvelle. Nous sommes dans une sorte de période de transition. [...] Dans l’actuelle plateforme électorale du Parti libéral du Canada, pas une seule ligne n’est consacrée à l’Onu et au maintien de la paix! C’est une rupture majeure par rapport à ce que ce parti a toujours préconisé dans le passé», souligne l’ancien journaliste.
À notre micro, Jocelyn Coulon est catégorique: «Le Canada a perdu ses repères sur la scène internationale.» Depuis 2006, année de l’arrivée du Premier ministre conservateur Stephen Harper, le Canada rayonne moins dans le monde et peine à y défendre ses intérêts.
​Malgré son opposition aux tendances militaristes de son prédécesseur, Justin Trudeau a, depuis son élection en 2015, poursuivi la politique étrangère pro-américaine des conservateurs fédéraux. «On renforce toujours plus nos relations économiques et sécuritaires avec les Américains, alors que le Canada et sa politique étrangère se sont construits en opposition aux États-Unis. [...] Ottawa s’est toujours tenu près de Washington, mais conservait un espace internationaliste offrant d’autres alternatives, et permettant au Canada de se distinguer sur la scène internationale», précise notre interlocuteur.
Situation en Afghanistan après la reprise du pouvoir par les talibans* - Sputnik France, 1920, 17.08.2021
Les Canadiens regrettent d’avoir suivi l’Amérique en Afghanistan et se préparent à accueillir des réfugiés
Mais pourquoi un tel désengagement du Canada sur la planète? Selon Jocelyn Coulon, la tendance moralisatrice du Canada y a beaucoup contribué –ce qu’il appelle les «beaux discours»–, une tendance s’accompagnant d’une réticence à passer à l’action. De même, l’omniprésence d’une bureaucratie déconnectée de la réalité du terrain n’est pas étrangère à la situation, observe-t-il.

Beaucoup de paroles et peu de gestes

En guise d’explication, notre interlocuteur pointe aussi l’influence du multiculturalisme, qui ferait passer les intérêts de certaines communautés culturelles avant ceux du Canada. Cette réalité empêcherait entre autres le Canada de renouer le dialogue avec la Russie, avec laquelle il est doté d’une frontière commune dans l’Arctique. Depuis la réintégration dans la Russie de la Crimée en 2014, Ottawa se montre résolument hostile envers Moscou, une posture que juge «insensée» Jocelyn Coulon:
«Une bonne partie du discours de politique étrangère vise à obtenir des votes. [...] Par exemple, le Canada entretient des relations avec l’Ukraine comme aucun autre pays. Ce n’est pas que les Canadiens soient particulièrement fous de l’Ukraine, mais parce qu’il y a un grand bassin d’électeurs d’origine ukrainienne. [...] Le Canada est l’un des seuls États à bouder la Russie», déplore le chercheur au Centre d’études et de relations internationales de l’Université de Montréal.
Le 26 août dernier, Ottawa a rapatrié les ultimes Canadiens à Kaboul, reconquise quelques jours auparavant par les talibans.

Afghanistan: le Canada toujours ébranlé

Plus de 40.000 militaires canadiens ont été déployés entre le début de l’intervention du Canada et l’évacuation de ses derniers ressortissants ainsi que des réfugiés admis. L’incursion en Afghanistan est le plus long conflit auquel ait participé le pays de l’érable. 11 milliards d’euros ont été dépensés par le gouvernement central dans le cadre de cette intervention.
Dans ce qui est surtout considéré au Canada comme une défaite, voire comme une humiliation, Jocelyn Coulon voit l’occasion de repenser le modèle d’intervention militaire des pays occidentaux à l’étranger: «À certains moments précis de l’histoire, nous sommes tenus d’intervenir pour protéger, ce qui ne justifie pas n’importe quel type d’intervention à n’importe quel moment.»
«Maintenant, il faut nous demander si nous pouvons vraiment plaquer sur un pays comme l’Afghanistan notre propre conception de la démocratie, des droits humains, etc. L’Afghanistan est une société qui évolue à son propre rythme. Il faut espérer que le Canada y ait laissé un héritage positif», conclut-il.
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