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Vingt ans après le 11 septembre: comment l’Amérique a nourri le djihadisme qu’elle espérait vaincre

© AP Photo / Mark LennihanLe mémorial national en l'honneur des victimes du 11-Septembre à New York
Le mémorial national en l'honneur des victimes du 11-Septembre à New York - Sputnik France, 1920, 10.09.2021
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Vingt ans après le 11 septembre et le début de la «guerre contre la terreur», l'épée de Damoclès djihadiste menace toujours à travers le monde. Une conséquence directe de la volonté américaine de prioriser son engagement contre des dictateurs arabes laïques plutôt que de se concentrer sur la menace djihadiste, estime Riadh Sidaoui. Explications.
Du Khorasan en Asie centrale jusqu’au fleuve Sénégal, des bidonvilles philippins de Mindanao aux cités françaises, la menace djihadiste est plus que jamais présente aux quatre coins de la planète.
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«La doctrine de Daech* et d’Al-Qaïda* est inspirée du Wahabisme saoudien, pas du nassérisme», rappelle notre interlocuteur au micro de Sputnik. 
Un travers repérable dès le 11 septembre. Exemple: dans le commando ayant frappé les Twin towers, «il y a eu quinze Saoudiens et aucun Irakien ou Afghan», comme le confirmait la commission d’enquête du 11 septembre. Ses membres étaient exclusivement saoudiens, émiratis, égyptiens ou libanais. Les décisionnaires, en la personne d’Oussama Ben Laden ou de son bras droit Ayman al-Zawahiri, étaient respectivement saoudien et égyptien. Or, après ces attentats, les États-Unis de Georges W. Bush, «largement influencé par son père et son entourage», sont partis en croisade contre les États nationalistes laïques du Moyen-Orient, alors qu’«eux-mêmes se battaient» contre cet ennemi commun du djihadisme. Seule exception: l’Afghanistan, sanctuaire d’Al-Qaïda*.

Destruction des États arabes nationalistes laïques

Mais ailleurs, l’accumulation parle d’elle-même: Saddam Hussein, Muammar Khaddafi, et Bachar el-Assad, «malgré tous les défauts de gouvernance que l’on peut leur prêter», étaient autant de remparts face au djihadisme que l’Occident a sciemment voulu faire tomber, explique Riadh Sidaoui. À Damas comme à Tripoli, les femmes pouvaient conduire ou s’instruire. Une erreur de jugement doublée d’une manipulation des foules:
«L’Irak n’avait aucun lien avec le terrorisme et l’on a appris par la suite qu’il n’avait pas non plus d’armes de destruction massive», rappelle le directeur CARAPS.
À l’issue de son deuxième mandat, Barack Obama avait avoué dans un célèbre entretien à la revue The Atlantic regretter l’intervention militaire en Libye. Du moins, le manque de suivi après que les institutions du pays aient été réduites en cendres. Cet épisode a d’ailleurs en partie motivé le 44e Président des États-Unis à ne pas intervenir en Syrie. Et à accentuer l’usage de frappes de drones entre l’Afghanistan et le Pakistan.

Diffusion de la menace

Dans les pays visés par Washington, le vide de pouvoir laissé par la chute d’un autocrate laïque, ou sa perte d’autorité sur une partie de son territoire dans le cas de Bachar el-Assad, a systématiquement permis l’émergence et le renforcement de groupes djihadistes aux idéologies mortifères. Ainsi, Daech* a-t-il pu s’implanter territorialement au Levant, en Libye, et même en Afghanistan pendant une courte période.
«Pourquoi y a-t-il eu Daech* à Syrte, à Raqqa, à Mossoul?», interroge notre interlocuteur. «C’est une conséquence directe de la volonté américaine de déstabiliser au nom des droits humains ces dictatures laïques.»
De surcroît, l’anarchie rampante dans ces pays après que l’autorité centrale a été renversée a servi de base pour ces groupes afin que ceux-ci se projettent sur de nouveaux théâtres d’opérations. Ainsi le chaos en Libye a-t-il permis, indirectement ou non, la diffusion de groupes idéologiquement alignés sur la ligne Daech* ou d’Al-Qaïda* dans toute la bande saharo-sahélienne.

Éloigner les puissances arabes de la Chine et de la Russie

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Depuis 20 ans maintenant, alliés comme adversaires des Américains font les frais de cette désastreuse politique. La destruction des États syriens et irakiens a permis aux groupes djihadistes de commanditer des attentats d’une violence terrible dans des villes comme Istanbul, Moscou ou Nice. Au pinacle de sa puissance, l’État islamique au Levant* a revendiqué un attentat faisant 50 morts dans une boîte de nuit LGBT à 10.505 kilomètres de ses bases, à Orlando en Floride. Tout un symbole.

L’enfer est pavé de bonnes intentions: pour Riadh Sidaoui, qui ne doute pas de la bonne foi américaine concernant les droits de l’Homme, la seule raison justifiant la destruction de ces États laïques est leur tendance à se rapprocher de la Chine et de la Russie au détriment des États-Unis.
«En voyant les gouvernements syriens, irakiens, ou libyens devenir des alliés potentiels de la Russie et la Chine, Washington a décidé de les neutraliser rapidement», affirme le directeur du CARAPS.
Ainsi, Washington aurait-il préféré laisser proliférer la menace djihadiste que de voir des puissances régionales riches en hydrocarbures non alignés sur ses intérêts.
Celui-ci en veut pour preuve le fait que les familles royales saoudiennes et qataries, qui ont eu des proximités idéologiques et politiques plus ou moins grandes avec ces groupes djihadistes n’ont pas été renversées. Et ce, parce qu’elles étaient géopolitiquement alignées avec Washington, alors même que leur responsabilité dans la diffusion du djihadisme était considérable.
*Organisations terroristes interdites en Russie
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