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Algérie-Maroc: «Il est utile de rappeler le contexte et les causes du déclenchement de la première guerre du Golfe»

© AFP 2021 FAROUK BATICHEDrapeaux de l'Algérie et du Maroc
Drapeaux de l'Algérie et du Maroc - Sputnik France, 1920, 10.09.2021
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Dans un entretien à Sputnik, Abdelhamid Larbi Chérif, ex-colonel des renseignements algériens, analyse le contexte et les probables conséquences de la rupture des relations entre le Maroc et l’Algérie. Évoquant comme exemple la première guerre du Golfe en 1991, il s’interroge si les autorités des deux pays ne se sont pas laissé piéger.
Le 24 août, l’Algérie a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec le Maroc, après plusieurs décennies de tensions, notamment depuis 1994. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, réputé pour être un diplomate chevronné, a justifié la décision de son pays en avançant plusieurs griefs, remontant jusqu’à la guerre des Sables de 1963. Lors d’une conférence de presse tenue le même jour à Alger, il a également évoqué les désaccords sur la résolution du conflit au Sahara occidental, l’affaire d’espionnage par le logiciel Pegasus de la société israélienne NSO, la normalisation avec Israël et enfin le soutien apporté en juillet au mouvement séparatiste kabyle MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie). Outre ces motifs, nombreux sont les analystes qui évoquent une lutte larvée entre les deux pays pour le leadership régional et continental.
Bien que le bruit court déjà depuis plusieurs mois, la prochaine victime de la rupture des relations entre les deux pays est l’accord gazier bilatéral qui permet l’acheminement du gaz algérien vers l’Espagne, via le gazoduc traversant le territoire marocain Gazoduc Maghreb Europe (GME).
Dans ce contexte, le chef de la diplomatie a annoncé jeudi 9 septembre l'annulation de la dette de 14 pays africains, signant le début d’une campagne pour redonner à l’Algérie toute sa place au Maghreb, au Sahel et sur tout le continent africain, après plusieurs années d’absence, notamment depuis 2014.
Cette lutte est-elle bénéfique pour les deux pays? Quel est le contexte international et régional sur lequel intervient cette bataille pour le leadership? Comment comprendre ses enjeux et ses probables aboutissements? Une politique inverse et une collaboration seraient-elles plus judicieuses pour les deux frères ennemis, les pays sahélo-sahariens et africains?

«Un contexte international des plus dangereux»

«Depuis la décision du 15 août 1971 du Président américain Richard Nixon de découpler l’or du dollar, mettant ainsi fin au système de Bretton Woods qui a permis la reconstruction d’après-guerre avec toutes ses insuffisances, l’économie mondiale est entrée dans une phase de déstructuration physique au profit de la finance internationale. En effet, depuis cette date, l’économie mondiale, notamment occidentale, a entamé une phase d’endettement exponentielle, qui arrive actuellement à des proportions la rendant absolument irremboursable. Toutes les crises financières ayant frappé le monde sont les excroissances de cette dynamique de financiarisation contrôlée par les grandes banques et bourses mondiales [la City de Londres et Wall Street en tête, ndlr], au détriment des États et des populations. Il faut bien voir que tous les conflits lancés dans plusieurs régions du monde, notamment au Moyen-Orient, en Asie centrale et dernièrement en Afrique du Nord, continuent de sévir sur fond d’un contexte international des plus dangereux, qui rappelle à bien des égards la situation du monde à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Outre les raisons biologiques, même la pandémie de Covid-19 est l’une des manifestations de la désintégration économique du monde qui prive les populations de moyens de prise en charge médicale», affirme l’ex-haut gradé.

La première guerre du Golfe, un cas d’école?

À ce titre, vu que les intervenants internationaux sont les mêmes au Moyen-Orient, au Proche-Orient, au Maghreb, au Sahel et en Afrique, l’expert estime que «d’un point de vue pédagogique, il est utile de rappeler le contexte et les causes du déclenchement de la première guerre du Golfe "Tempête du désert", début 1991, contre l’Irak qui avait envahi le Koweït en août 1990».
Et d’expliquer que «les États-Unis, qui ont armé et soutenu Saddam Hussein durant les huit années de guerre contre l’Iran (1980-1988), à la place des monarchies du Golfe et d’Israël, étaient terrifiés à l’idée de voir l’Irak devenir la première puissance régionale au sortir du conflit. Tel que ça a été documenté par beaucoup de spécialistes durant les années 2000, les Américains ont tendu un piège à Saddam pour le mener à détruire l’Irak par ses propres mains. En effet, ils demandèrent au prince du Koweït, Cheikh Jaber al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, d’exploiter le pétrole à la frontière avec l’Irak qui n’a pas tardé à accuser son voisin de pomper ses gisements. Par ailleurs, les Américains ont convaincu le prince koweïtien d’exiger de l’Irak, qui était alors dans une situation délicate, le remboursement de la dette fournie durant la guerre contre l’Iran. Au même moment, lors d’un entretien avec le chef de l’État irakien, l’ambassadrice des États-Unis à Bagdad, April Glaspie, a trompé Saddam Hussein en lui faisant comprendre que son pays n’interviendrait pas entre l’Irak et le Koweït».
«Inconscient du piège, tout comme le prince koweïtien, Saddam a interprété ça comme un feu vert américain à l’invasion du Koweït. Noyé dans ses problèmes internes, l’Union soviétique n’a pas arrêté la guerre qui allait être lancée par les États-Unis, dans le cadre d’une coalition internationale avec un mandat de l’Onu. La Chine a eu une attitude presque neutre, pensant à ses approvisionnements en pétrole. L’Otan et Israël sont restés à l’écart. Les tentatives de médiation, auxquelles l’ex-Président algérien Ahmed Ben Bella avait participé avec le concourt de la France, auraient été sabotées par François Mitterrand, tel que rapporté par son Premier ministre Michel Rocard dans la postface qu’il a publiée pour le livre de Marc Boureau d’Argonne, un des négociateurs français, "Irak, Guerre ou assassinat programmé?"».

Le Sahara occidental, pierre d’achoppement ou cheval de Troie?

Avant son départ de la Maison-Blanche, Donald Trump a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en contrepartie d’une normalisation des relations entre le royaume chérifien et l’État hébreu. Depuis janvier 2021, Joe Biden et son secrétaire d’État Antony Blinken n’ont ni abandonné la décision de Trump ni affirmé qu’ils la maintenaient.
«En tenant le bâton par le milieu, l’administration américaine s’est mise dans une situation très confortable à l’égard de l’Algérie, du Maroc et du Front Polisario. En effet, en se laissant une vaste marge de manœuvre, elle peut rassurer le Maroc sur son soutien à son plan d’autonomie, tout comme elle peut également assurer l’Algérie et le Front Polisario de la constance de la position des États-Unis quant à l’autodétermination du peuple sahraoui», analyse l’interlocuteur de Sputnik.

En conclusion

L’ex-colonel Larbi Chérif souligne que «toutes ces questions restent en suspens, d’autant plus qu’en rompant leurs relations, l’Algérie et le Maroc, habitué à provoquer son voisin, n’ont fait qu’aggraver leur isolement au Maghreb et au Sahel, dont les pays se trouvent malgré eux partagés entre Alger et Rabat».
«Dans sa célèbre pièce Othello, Shakespeare montre comment ce victorieux général maure, berbéro-arabe et musulman, a été piégé à cause de sa naïveté par son lieutenant Iago, pour le mener à liquider ses alliés les plus fidèles et les plus sincères, dont sa propre épouse. Autant dire qu’au-delà de ce qui se passe sur la scène, il est très important de comprendre les intentions et les visées de celui qui tire les ficelles derrière le rideau. À bon entendeur, bonne lecture!», conclut-il.
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