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Liban: avec l’arrivée en grande pompe du pétrole iranien, le jour de gloire du Hezbollah?

© AFP 2021 -Arrivée du pétrole iranien au Liban
Arrivée du pétrole iranien au Liban - Sputnik France, 1920, 16.09.2021
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Le pétrole iranien est arrivé au Liban. Avec cette transaction, le Hezbollah étend décisivement son influence. Mais l’humeur des Libanais reste mitigée, entre reconnaissance et crainte d’une tutelle iranienne. Témoignages.
Chose promise chose due. Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, l’avait annoncé: le pétrole iranien arriverait au Liban dans la matinée du jeudi 16 septembre.
Dans son allocution du 13 septembre, le leader du puissant parti chiite avait déclaré qu’«un ou deux jours sont nécessaires pour que des camions-citernes soient désormais chargés avant de se rendre vers la Bekaa, où ils sont attendus jeudi». Arrivé via la Syrie, le mazout iranien a été accueilli en grande pompe par les sympathisants du Hezbollah. Les drapeaux du parti flottaient à la frontière, les portraits de Nasrallah étaient omniprésents, des chants partisans ont été entonnés au son des rafales de kalachnikov tirées en l’air ont célébré l’événement. La victoire du parti chiite libanais paraissait totale.

D’autres pétroliers iraniens attendus

Il faut dire que l’arrivée de ces 33.000 tonnes de mazout apporte une bouffée d’oxygène au pays du Cèdre, asphyxié par une pénurie d’essence sans précédent. Depuis plusieurs semaines, le pays tourne littéralement au ralenti. 80% des stations-service sont à sec. Pour les plus chanceux, il faut faire preuve de patience avec des queues interminables pour seulement 20 litres, rationnement oblige. Cette crise du carburant impacte tous les pans de la société libanaise.
Par l’entremise de cet achat de carburant effectué par des hommes d’affaires chiites liés proches du Hezbollah, le parti de Dieu, qualifié de terroriste par les États-Unis, est en passe d’étendre son influence sur tout le Liban. Une puissance qui enthousiasme évidemment ses partisans: «c’est le seul parti qui agit pour tous les Libanais», affirme Ali, un sympathisant du mouvement chiite.
«Après tant d’épreuves, tant de galères, voilà enfin une bonne nouvelle pour le Liban et pour les Libanais. Merci au Hezbollah de décanter la situation, c’est la première livraison et d’autres suivront, si Dieu le veut», s’enflamme-t-il au micro de Sputnik.
En tout cas, c’est ce qu’a promis Hassan Nasrallah. À l’en croire, un deuxième tanker est en route vers le Liban et d’autres devraient suivre.
Alors que les élites libanaises peinent à se mettre d’accord, le Hezbollah agit en solitaire et obtient des résultats: «il [Hassan Nasrallah ndlr] fait ce qu’il dit contrairement aux hommes politiques qui se battent pour leurs propres intérêts», critique Yassine, un chauffeur de taxi de la banlieue de Saïda, l’antique Sidon, située au sud du pays. En effet, les dirigeants libanais ont mis treize mois à tomber d’accord sur la formation d’un nouveau gouvernement. Les différents partis ne s’entendaient pas sur la nomination de tel ou tel ministre et la répartition des portefeuilles. Une pusillanimité que les Libanais ont payée au prix fort.

Opposition américano-iranienne au Liban

Hassan Nasrallah - Sputnik France, 1920, 07.09.2021
Liban: «le Hezbollah est le seul parti à agir pour résoudre cette crise»

Cette transaction irano-libanaise a aussi réveillé Washington. «Les Américains ne veulent pas laisser la part belle aux Iraniens au Liban», observe d’ailleurs Youssef, un chrétien habitant de Beyrouth. Comme par enchantement, au lendemain de l’annonce de l’arrivée d’un nouveau tanker iranien sur les côtes syriennes pour approvisionner le Liban, les États-Unis se sont manifestés, accordant leur autorisation pour permettre à Beyrouth d’acheminer du gaz égyptien via la Syrie, mais aussi de l’électricité venue de Jordanie. Quitte à fermer les yeux sur leurs propres sanctions, qui empêchent tout pays de commercer avec Damas.

«Qu’ils [L’Iran et les États-Unis, ndlr] se fassent la guerre encore longtemps si cela peut nous permettre d’avoir du pétrole et de l’électricité», s’amuse Rola, une jeune chrétienne libanaise de Jounieh, avant de déplorer: «Franchement, aujourd’hui, on n’a pas à être regardant de la provenance de telle ou telle denrée. Que ça provienne de Corée du Nord, on l’accepterait avec plaisir.»
«C’est bien beau de critiquer l’Iran, mais où sont les pays arabes si prompts à défendre le Liban dans les discours? On ne peut plus compter sur nos “pays frères”», ajoute-t-elle. En effet, les pétromonarchies du Golfe boudent désormais le Liban en raison du poids du Hezbollah dans le pays. Depuis l’élection de Michel Aoun à la tête du pays en octobre 2016, le parti chiite a considérablement gagné en influence, une véritable hantise pour le royaume saoudien. Obnubilée par la lutte contre le parti de Dieu, l’Arabie saoudite s’est ainsi marginalisée d’elle-même au Liban. L’affaire de la séquestration de Saad Hariri en 2017 avait précipité la rupture entre Riyad et Beyrouth.

Seul le Hezbollah a gardé ses armes depuis la fin de la guerre civile

Et les chiffres parlent d’eux même. Les exportations libanaises vers l’Arabie saoudite ont littéralement fondu, passant de 427 millions de dollars en 2014 à 128 en 2018.
Un retrait qui a favorisé l’implication de l’Iran. L’arrivée du mazout iranien serait ainsi pour certains synonyme d’une nouvelle tutelle étrangère.
«Le Hezbollah avance ses pions en toute liberté, en plus de maintenir des armes illégalement, ils mettent la main sur l’économie du pays» critique Hala, une activiste opposée à l’Iran.
Les détracteurs du puissant mouvement chiite lui reprochent en effet son considérable arsenal, alors que toutes les milices auraient dû déposer les armes en vertu des accords de Taëf qui mirent fin à la guerre civile libanaise en 1989. Mais le Hezbollah avait justifié de conserver les siennes en raison de l’occupation israélienne du Sud-Liban jusqu’en mai 2000. À tort ou à raison, il se sert aujourd’hui des fermes de la Chebaa, petit territoire proche du Golan, toujours sous contrôle de l’armée israélienne, pour revendiquer son droit à l’autodéfense.
Un deux poids, deux mesures qui traduit le communautarisme profondément ancré dans le pays et qui fait craindre que la distribution de pétrole iranien ne profite qu’aux zones majoritairement chiites.
«Vous savez, chacun vit pour sa poire au Liban. Les chiites vont aider les chiites et ainsi de suite. Le Hezbollah pourra monnayer politiquement son pétrole comme il a été acheté par des hommes d’affaires proches du parti. Donc ce pétrole sera chiite avant d’être libanais», pense Mounir, un habitant de Tripoli, grande ville du nord du pays.
Pourtant Hassan Nasrallah a été clair. Une première partie du mazout sera «offerte comme don aux hôpitaux gouvernementaux, maisons de retraite, orphelinats, institutions pour personnes à besoins spécifiques, infrastructures hydrauliques, municipalités pauvres ayant besoin de mazout pour pomper et distribuer de l’eau, aux pompiers et à la défense civile, à la Croix rouge libanaise», a-t-il déclaré avant d’ajouter que «notre objectif n’est pas de faire du commerce ni des profits». «Ce ne sont que des paroles, le Hezbollah va s’enrichir sur le dos des Libanais», rétorque Samir, proche des Forces libanaises, parti chrétien farouchement opposé au mouvement chiite.
Avec le Hezbollah, peu de place pour la nuance.
«De toute manière, qu’importe ce qu’entreprendra le Hezbollah, il y aura toujours des gens pour critiquer ses actions. Si vous voulez savoir pourquoi le Liban est divisé, vous avez là un bel exemple», conclut Tony, un orthodoxe vivant dans la plaine de la Bekaa, à l’Est du Liban.
Au Hezbollah de faire donc mentir ses détracteurs.
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