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En se rapprochant de Moscou et de Pékin, Téhéran fait «un pied de nez à l’Occident»

© AFP 2021 -Exercice militaire Chine Iran Russie
Exercice militaire Chine Iran Russie - Sputnik France, 1920, 20.09.2021
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L’Iran a intégré l’organisation de coopération de Shanghai. Outre les préoccupations sécuritaires, Téhéran entendrait s’ouvrir économiquement à la Chine et à la Russie. Or cette ouverture dépendrait en partie de la levée des sanctions américaines.
Téhéran prend le taureau par les cornes. Les membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) ont approuvé sa future adhésion. L’Iran est ainsi en passe de devenir le neuvième membre de cette organisation intergouvernementale regroupant la Chine, la Russie, le Kazakhstan, la Kirghizie, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Pakistan et l’Inde. Une alliance ayant pour objectif de renforcer les relations de bon voisinage, de sauvegarder la stabilité et la paix régionale ainsi que de promouvoir un monde multipolaire. L’ensemble représente 60% du continent eurasiatique, 50% de la population mondiale et plus de 20% du PIB mondial.

Lutter contre le terrorisme en Afghanistan

«C’est un succès stratégique et diplomatique», s’est félicité le Président iranien Ebrahim Raïssi, avant d’ajouter: «Le monde est entré dans une nouvelle ère. L’hégémonie et l’unilatéralisme ont échoué.» De son côté, Vladimir Poutine s’est réjoui du renforcement du poids international de cette alliance avec l’adhésion de l’Iran.
Plus d’ouverture régionale pour Téhéran qui depuis 2008, faisait la queue pour intégrer l’OCS.
«Cette intégration était plus que prévisible», affirme Baki Maneche, avocat franco-iranien et dirigeant associé du cabinet Ferdowsi Legal, basé à Téhéran:
«L’Iran était membre observateur de l’Organisation depuis 2005. C’était donc un processus qui devait se concrétiser. C’est une victoire politique, parce que ça permet à Téhéran d’être inclus dans un espace régional où il y a des connivences. Il y a eu une convergence conjoncturelle avec ce qui se passe en Afghanistan», souligne-t-il au micro de Sputnik.
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Les événements d’Afghanistan auraient donc milité pour l’intégration de l’Iran. «Il y a une volonté commune de sécuriser les frontières de l’Afghanistan», confirme notre interlocuteur. De Pékin à Moscou en passant par les républiques d’Asie centrale, les conceptions sécuritaires sur l’Afghanistan semblent se rapprocher. Tous sont prêts à envisager une collaboration avec les talibans* à condition que ceux-ci luttent efficacement contre tous les mouvements terroristes de la région à l’instar de l’État islamique* du Khorassan. Kaboul fait d’ailleurs partie des observateurs de l’OCS. Et ce depuis 2012.
Selon Baki Maneche, l’adhésion iranienne à part entière confirmerait un peu plus le tropisme asiatique de la nouvelle administration à Téhéran. «Les conservateurs ne s’en cachent pas, il y a une réelle tentation vers l’Est», avance-t-il.

Des milliards de dollars d’investissements chinois en Iran

Et ce n’est pas la première fois que le nouveau gouvernement iranien montre un vif intérêt pour l’Asie. Le 25 août dernier, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, avait exposé les priorités de son pays en affirmant qu’il poursuivrait «une politique étrangère équilibrée et active» avec «priorité à nos voisins et au continent asiatique». Pourtant ce penchant n’a pas toujours été en vogue à Téhéran. Depuis l’avènement de la République islamique en 1979, le régime des mollahs condamnait l’alignement envers les deux blocs avec une politique «ni Ouest ni Est».
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Mais l’isolement iranien a ses limites. Surtout quand le géant chinois fait du pied! Le 27 mars dernier, la Chine et l’Iran ont signé un pacte de coopération stratégique pour une durée de vingt-cinq ans. Pékin prévoirait d’investir plus de 400 milliards de dollars sur ce quart de siècle. L’accord parachève un processus économique entamé en 2016. «Mais il ne s’agit pas d’un traité, il s’agit plutôt d’une super lettre d’intention qu’il faut concrétiser avec de futurs accords», analyse Baki Maneche.
Lors d’une visite officielle, Xi Jinping avait proposé d’intégrer l’Iran comme pièce centrale du projet des «nouvelles routes terrestres de la soie». De ce fait, cette inflexion à la doctrine initiale de la République islamique «Ni Est ni Ouest» a été quelque peu remise en question. D’ailleurs, un accord similaire devrait être signé prochainement avec la Russie.
Mais, selon notre interlocuteur, ce tropisme asiatique ne signifierait pas pour autant un alignement total de Téhéran.
«L’Iran a ses propres intérêts. S’ouvrir à l’Est ne signifie pas se fermer à l’Ouest. La psyché révolutionnaire “ni Est ni Ouest” est toujours plus ou moins d’actualité, avec un déplacement du curseur selon le gouvernement. Aujourd’hui, cette intégration dans une alliance régionale est une victoire pour les conservateurs qui veulent montrer qu’ils ne sont pas dans une logique de dépendance, c’est un pied de nez à l’Occident.»
Et cette nouvelle intégration permettrait à l’Iran de sortir de son isolement économique. Selon les statistiques officielles iraniennes, le volume d’échanges de l’Iran avec les huit membres de l’OCS a atteint 9,82 milliards de dollars. La Chine est plus que jamais le principal partenaire commercial de Téhéran, et ce depuis plus de dix ans. Pékin est le premier acheteur de pétrole iranien.

«Les États-Unis jouent la carte des sanctions»

Mais les échanges commerciaux avec l’Iran pourraient être décuplés. «Tant qu’il n’y aura pas de levée des sanctions américaines, il n’y aura ni concrétisation ni mise en place des accords avec l’Iran», prévient Baki Maneche. En effet, depuis le retrait unilatéral des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le durcissement des sanctions sur tous les pans de l’économie, le pays est exsangue.
Parallèlement aux sanctions contre le pétrole, des mesures pénalisent les secteurs de l’aéronautique, de l’armement, des services financiers, des minerais… Les avoirs de certaines personnalités ou entités iraniennes sont gelés. Toute transaction en dollars avec l’Iran est interdite. Le pays des mollahs a donc du mal à attirer des investisseurs. Bilan: la monnaie iranienne s’est effondrée face aux devises étrangères, la classe moyenne se raréfie, la pauvreté progresse et le chômage toucherait plus d’un quart de la population.
Cette pression maximale sur les épaules de l’Iran ne s’est pas allégée avec l’arrivée du démocrate Joe Biden. Malgré la volonté proclamée de vouloir renégocier rapidement avec Téhéran, les sanctions sont toujours en vigueur. De ce fait, l’heure est à la défiance. Le guide suprême iranien Ali Khamenei a estimé en juillet dernier que cette expérience des négociations sur le nucléaire qui stagnent avait mis à nu le comportement de l’Occident. Pourtant, l’Iran n’abandonne pas l’idée de de reprendre place à la table des négociations. Le ministre des Affaires étrangères s’est rendu à New York le 20 septembre en vue de relancer les pourparlers, au point mort depuis juin.
«L’Administration Biden a manqué de courage politique. Pourtant les choses étaient simples, il suffisait de faire l’inverse de son prédécesseur. Il aurait dû négocier avec l’ancien gouvernement de Rohani, nettement plus enclin à l’ouverture vers l’Occident. Aujourd’hui, ça se complique», pense l’avocat franco-iranien.
Et pour cause, le nouveau gouvernement iranien met un point d’honneur sur son programme de missiles balistiques et à affirmer son influence régionale. «C’est non négociable pour Raïssi, c’est la base de leur dissuasion militaire», estime Baki Maneche. Chaque partie mobilise ses atouts pour tenter de faire plier l’autre.
«L’Iran joue la carte asiatique, mais les États-Unis jouent la carte des sanctions. Pour l’instant, c’est une victoire politique pour Téhéran, mais pas encore une victoire économique. Le système mondial étant dollarisé, Washington bloque l’ouverture iranienne et continuera à le bloquer tant qu’il n’y aura pas de concessions faites, mais le gouvernement iranien veut une levée totale des sanctions.»
Compte tenu des nombreux désaccords, cette partie d’échecs irano-américaine risque de durer encore longtemps.
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