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Afrique

Transition en Guinée: un agenda dont la Cédéao "n'a plus la maîtrise"

© AFP 2021 CELLOU BINANILes Guinéens sont sortis dans la rue pour célébrer le coup d’État
Les Guinéens sont sortis dans la rue pour célébrer le coup d’État  - Sputnik France, 1920, 22.09.2021
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En Guinée, la Cédéao appelle à des élections dans six mois pour un retour des civils au pouvoir. La junte putschiste s’y oppose, affirmant qu’elle ne compte que sur la volonté du peuple dans cette transition. Un nouveau "camouflet" qui appelle l’organisation régionale à repenser sa légitimité d’après un chercheur joint par Sputnik.
En Guinée, la junte militaire au pouvoir depuis le putsch du 5 septembre refuse de céder face aux pressions de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), en affirmant que la délimitation du cadre de la transition sera déterminée par la seule la volonté du peuple.
Réunis jeudi 16 septembre à Accra pour s'entretenir sur la situation en Guinée Conakry, les chefs d’État de l’Organisation ouest-africaine avaient décidé de maintenir"la suspension de la Guinée de toutes les instances de la Cédéao jusqu’à la restauration de l’ordre constitutionnel", appelant à "la tenue dans un délai de six mois, des élections présidentielle et législatives pour la restauration de l’ordre constitutionnel", et décidant de "la mise en œuvre des sanctions ciblées conformément aux protocoles de la Cédéao, impliquant l’interdiction de voyage des membres du CNRD (Comité National de Rassemblement et de Développement, la structure réunissant la junte militaire) ainsi que des membres de leur famille et le gel de leurs avoirs financiers".
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La conférence des chefs d’État de l’Afrique de l’Ouest a également décidé de "l’interdiction aux membres du CNRD d’être candidats à l’élection présidentielle". Une disposition qui vise plus particulièrement le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, chef de la junte et principal auteur du coup d’État contre le Président Alpha Condé.

"La Conférence appelle l’Union Africaine, les Nations unies ainsi que les partenaires au développement à endosser les décisions prises et à accompagner la restauration de l’ordre constitutionnel en République de Guinée" indique le communiqué ayant sanctionné cette session extraordinaire de la conférence de la Cédéao.

Elle a aussi exigé "la libération immédiate et sans condition du Président Alpha Condé", rappelant qu’elle tiendra les membres du CNRD "pour responsables individuellement et collectivement de l’intégrité physique du Président Alpha Condé".

"Seul le peuple décidera de son destin"

Les décisions prises à Accra ont été transmises de vive voix, le 17 septembre au lieutenant-Colonel Mamady Doumbouya par deux chefs d’État, les Présidents Nana Akufo Ado du Ghana, président en exercice de la Cédéao, et Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire.
Mais lors d'une conférence de presse organisée le 18 septembre, le CNRD a rejeté ces exigences.
L’intégralité de la conférence de presse diffusée sur Twitter par Miroir de la Guinée, un média local en ligne
D’après son porte-parole, Amara Camara, qui animait cette conférence de presse, le CNRD a rappelé aux deux chefs d’État qu’il était "important que la Cédéao écoute les aspirations légitimes du peuple de la Guinée".

"[Le chef du CNRD] a insisté sur le fait de faire attention pour ne pas commettre les erreurs du passé. Pour limiter ces erreurs, il les a informés des consultations nationales à venir et que seul le peuple, souverain de la Guinée décidera de son destin" a indiqué le Colonel Amara Camara.

Ce n’est pas la première fois que des putschistes font peu de cas des sanctions brandies et appliquées par la Cédéao, rappelle à Sputnik Emmanuel Dupuy, président du think tank Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE).
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Le chercheur français parle d’un "camouflet" dont l’organisation devient coutumière tout comme l’Union Africaine de la part de "l'ensemble des pays [objet de ses décisions] ces derniers mois à la suite d’un coup d’État, notamment le Tchad, le Mali et maintenant la Guinée". Trois pays désormais dirigés par des juntes qui ne semblent pas toujours disposées, dans leur logique de prise du pouvoir, à tenir entièrement compte des recommandations de la Cédéao ou de l'UA, selon le cas.
D’après lui, tout cela rentre finalement "dans un jeu parfaitement séquencé".

"Tout compte fait, le Président ghanéen est dans son rôle de leader d'une organisation régionale dont le but est de rappeler la charte fondatrice d'Accra. Les putschistes sont également dans leur rôle en rappelant qu'ils ont pris le pouvoir, contraints et forcés par l'illégalité du processus démocratique et électoral dans lequel s'est inscrit le Président Alpha Condé en se faisant réélire pour un troisième mandat de manière injuste" détaille Dupuy.

Réviser la charte constitutive de la Cédéao

Toutefois, reconnaît l’expert, dans la situation actuelle qui prévaut en Guinée la pression pèse plus sur la Cédéao "qui critique davantage les pouvoirs de transition qu'elle ne critique les Présidents élus contre les principes constitutionnels". En ce sens elle sera "obligée de tenir compte d'un agenda [le processus d’alternance démocratique en Guinée] dont elle n'a plus la maîtrise".

"Le risque est grand que la Cédéao ne soit finalement qu'un club de chefs d'État et de gouvernement un peu déconnectés des populations qu'ils sont supposés représenter. Un club prompt à défendre davantage les chefs d'État des 15 pays membres que les principes constitutionnels qui légitiment la démocratie, l'alternance et l'État de droit dans ces pays" insiste Emmanuel Dupuy.

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L’expert soupçonne d’ailleurs que les positions collectives de l’organisation ne sont pas vraiment partagées par les pays membres pris individuellement, ce qui l’affaiblirait encore plus. L’exemple le plus palpable selon lui est celui du Mali qui ne peut pas condamner ce qui se passe en Guinée, "puisque les militaires putschistes se soutiennent entre eux".
"Il est un tout petit peu tôt d'être sûr que les différents pays de la Cédéao ne soutiennent pas finalement la Guinée et même le pouvoir de transition au Mali"a déclaré Emmanuel Dupuy tout en indiquant que la Cédéao va devoir faire "réviser la charte constitutive de l'organisation" pour se redonner de la légitimité. Est-ce ce manque de légitimité qui la priverait de pouvoir imposer des sanctions fortes, à même d'imposer ses vues sur les régimes putschistes? Pour Dupuy, "L’interrogation quant à la force des sanctions a moins de sens que la notion même de sanctions qui de toute manière ne sont que temporaires".
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