Votre inscription a été enregistrée avec succès!
Merci de cliquer sur le lien envoyé par courriel sur
Assemblée générale des Nations unies (New York) - Sputnik France, 1920, 22.09.2021
International

Combien coûte la vie d’un civil afghan, selon les documents internes de la Défense britannique

S'abonner
Des dossiers sur les indemnisations octroyées aux familles des civils tués en Afghanistan par la Défense britannique attestent de centaines de vies ôtées, dont celles de femmes et d’enfants. L’organisation non-gouvernementale Action on Armed Violence, qui a pu consulter les documents, en donne les chiffres précis dans un rapport.
Contacté par Action on Armed Violence (AOAV), une organisation caritative non-gouvernementale établie à Londres, le ministère de la Défense du Royaume-Uni a déclassifié des dossiers relatifs aux accidents, souvent mortels, causés en Afghanistan par les forces armées britanniques. Et aux indemnisations payées par la suite.
Après avoir minutieusement analysé ces documents "fortement incohérents", l’AOAV a publié un rapport détaillé sur ce sujet.
Quant aux civils afghans, l’organisation met en avant que le département militaire a officiellement informé qu’il n’enregistrait pas et ne faisait pas d’estimations de l’ensemble des décès ou dommages liés aux activités militaires britanniques dans le monde, et en Afghanistan en particulier.
L’AOAV constate également que l’estimation du nombre de victimes civiles est compliquée par le fait que certaines demandes d’indemnisation ont été rejetées après avoir été examinées au sein du ministère.
Selon les dossiers divulgués, entre 2006-2013 les autorités du Royaume-Uni ont payé 529 compensations, dont 289 versements ont été effectués pour des accidents causés par les militaires britanniques et qui ont entraîné la mort de civils afghans.
L’AOAV souligne également que ces 289 décès ne correspondent qu’au nombre de plaintes déposées par les familles concernées, tandis que beaucoup d’Afghans soit n’étaient pas au courant d’une telle option, soit avaient peur des talibans* et n’osaient pas s’adresser aux militaires étrangers.
L’association suppose que les morts enregistrés dans ce type de documents ne représentent qu’une partie des décès causés par les soldats britanniques en Afghanistan.
Un ancien officier du renseignement militaire en Irak et conseiller justice en Afghanistan, Frank Ledwidge, dans son livre sorti en 2013 Investment in Blood: The True Cost of Britain’s Afghan War, a estimé qu’en 2007 au moins 220 civils ont été tués ou blessés par les forces britanniques. Les dossiers dévoilés de la Défense n’en comptabilisent que 36 pour cette année-là.

Une indemnisation minimum pour une vie?

Le rapport détaille les montants que le Royaume-Uni a payés en tant que compensations.
Au total, entre 2006 et 2014, les familles de 289 civils afghans tués par les militaires britanniques ont reçu 688.000 livres sterling (environ 805.000 euros).
L’indemnisation moyenne se monte ainsi à 2.380 livres sterling, soit presque 2.790 euros.
Les sommes versées dans chacun des cas se sont avérées d’ailleurs très variables et hétérogènes.
L’indemnisation minimale payée par le Royaume-Uni en février 2008 pour le décès confirmé d’un civil afghan inconnu était de 104,7 livres sterling (125 euros).
Quant au paiement le plus élevé, pour un tué à Kaboul en novembre 2007, a été compensé à hauteur de 54.347 livres sterling (63.624 euros).
Sans trouver de logique dans ces calculs, l’AOAV n’exclut pas le rôle d’une couverture médiatique pour chaque épisode concret.
Et d’ajouter que certaines des indemnisations pour une vie humaine étaient plus faibles que des versements pour des biens ou des animaux domestiques.
Ainsi, en 2008, la Défense britannique a payé 662 livres sterling, soit 775 euros, pour six ânes tués mais compensé la perte d’un smartphone 110 livres sterling (presque 130 euros).
Dans son courrier en date de 19 décembre 2014, le ministère s’explique:
"Le montant d’une indemnisation versée est déterminé par des principes juridiques qui tiennent compte du degré de préjudice et des pertes tant subies que futures, des arrangements reflétant également les coutumes et les pratiques locales".

Femmes et enfants

L’analyse des dossiers a révélé trois causes principales de décès et de dommages aux civils afghans. Il s’agit tout d’abord de coups de feu tirés par les militaires britanniques (51%), ainsi que de frappes aériennes (25%) et de tirs terrestres, notamment des grenades et des mortiers (22%).
Parmi les victimes dont les demandes d’indemnisation ont été approuvées par la Défense britannique, 71 ont été enregistrées comme concernant des femmes (43 tuées et 28 blessées) et au moins 28 mentionnaient des enfants (16 tués et 12 blessés).
Il peut cependant s’agir de 138 mineurs (86 tués et 52 blessés), parce que dans leurs dossiers ces personnes ont été indiquées comme "fils", "fille", "neveu" ou "nièce", c’est-à-dire elles auraient pu avoir moins de 18 ans, précise le rapport de l’AOAV.
Des pertes civiles difficilement évitables, selon la Défense britannique:
"Chaque mort civile est une tragédie et le Royaume-Uni cherche toujours à minimiser le risque de victimes civiles grâce à nos processus de ciblage rigoureux, mais ce risque ne peut jamais être entièrement éliminé".
* Organisation terroriste interdite en Russie
Fil d’actu
0
Les plus récents d'abordLes plus anciens d'abord
loader
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала