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Assemblée générale des Nations unies (New York) - Sputnik France, 1920, 22.09.2021
International

"Est-il rationnel d’attribuer l’aspect scientifique au système de production édifié par Taylor?"

© Sputnik . Par Omar AktoufLe professeur Omar Aktouf
Le professeur Omar Aktouf - Sputnik France, 1920, 27.09.2021
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Dans ce quatorzième cours "d’Anti-néolibéralisme", le Pr Omar Aktouf explique comment Frederick Taylor a appliqué ses obssessions psychologiques à la division et l’organisation du travail en usine, érigées abusivement comme "l’organisation scientifique du travail" qui affecte les entreprises à ce jour.
Parmi les penseurs occidentaux ayant influencé l’économie moderne figure Adam Smith (1723-1790), qui est le premier à avoir énoncé le principe de la division du travail. Puis Charles Babbage (1792-1871) a apporté un supplément de vertu économique à la division du travail en s’intéressant à ce que devraient faire les personnes qui souhaitent devenir maîtres manufacturiers pour vendre de façon rentable leur marchandise, grâce à un coût de production aussi bas que possible. Son argument met principalement l’accent sur la nécessité "d’acheter l’exacte quantité et qualité de travail nécessaire pour chaque tâche précise que permet une subdivision maximale".
Cependant, celui qui a systématisé la recherche des rendements dans la manufacture et les usines est Frederick Winslow Taylor (1856-1915), dont les travaux ont été qualifiés de "gestion scientifique du travail".
Sur quoi s’est-il basé pour énoncer ses principes? En quoi consistent les apports de Taylor? Quelle a été sa démarche pour établir son système de division et d’organisation du travail?
Dans ce quatorzième cours d’"Anti-néolibéralisme", Omar Aktouf, professeur titulaire à HEC Montréal et membre du conseil scientifique d’ATTAC Québec, souligne auprès de Sputnik qu’"outre son biographe officiel Frank Barkley Copley (1923), qui a tenté de dépeindre l’image d’un homme respectable et sain d’esprit, tous ceux qui ont écrit sur Frederick Taylor s’accordent à dire que c’était un personnage très curieux, paradoxal, ambigu et profondément pointilleux et calculateur, jusqu’à être obsessionnel dans ses comportements". Et d’ajouter que "même certains de ses amis d’enfance, comme Bridge Harrison, sont du même avis".

Son état psychologique pèsera-t-il dans son œuvre?

"Taylor était loin d’être un homme dénué de travers tel que le montre le travail psycho-historique d’un autre biographe, Sudhir Kakar, qui donne l’image d’un névrotique obsessionnel et même, épisodiquement, d’un être profondément mélancolique et déçu", estime le Pr Aktouf.
Et de souligner que "cela pèsera de tout son poids dans l’œuvre de Taylor, œuvre qui a marqué l’humanité du XXe siècle, en particulier l’univers de l’entreprise et du management".
Dans le même sens, il explique que "Frederick Taylor a eu un parcours normal jusqu’au jour où, au moment de son entrée à l’université d’Harvard, où il a très honorablement réussi ses examens, il a interrompu brusquement ses études à cause, selon lui, de troubles graves de la vision".
Puis "il est retourné vivre chez ses parents. Et pour des raisons peu claires, en 1874, à l’âge de 18 ans, il se met à travailler comme apprenti dans une usine qui appartient à des amis de sa famille. Il y restera quatre ans et y apprendra les métiers de modeleur et de mécanicien", expose-t-il.
Aidé une nouvelle fois par sa famille, Frederick Taylor est ensuite engagé dans une entreprise de mécanique, la Midvale Steel Co, au sein de laquelle il devient ingénieur en chef à l’âge de 28 ans, après avoir suivi des cours et obtenu un diplôme d’ingénieur-mécanicien au Stevens Institute. En 1890, Taylor quitte Midvale Steel Co pour la Bethlehem Steel, où il fut le premier à exercer le tout nouveau métier d’ingénieur-conseil en organisation, sous forme de profession indépendante.

"Il comptait et mesurait tout"

Pour mieux cerner les principes de division technique du travail énoncés par Taylor, Omar Aktouf rappelle le profil psychologique de l’intéressé, comme établi par son second biographe Sudhir Kakar.
"Jeune enfant, Taylor obligeait déjà ses compagnons de jeu à définir des règles extrêmement strictes, par exemple mesurer pied à pied et pouce à pouce le rectangle servant de terrain à leur jeu de rondeurs [sorte de base-ball, ndlr], ce qui révoltait ses jeunes amis et le rendait bizarre et excentrique à leurs yeux", poursuit-il.
Et adulte, "en particulier au travail, Taylor comptait et mesurait tout. Il voulait toujours tout rendre plus efficace: il comptait ses pas, il mesurait la longueur du pas nécessitant le moins d’énergie possible pour couvrir la plus longue distance possible dans une promenade champêtre. Il notait soigneusement, avant chaque bal, la liste des jeunes filles attirantes et non attirantes afin de répartir de façon strictement égale son temps entre elles toutes". Selon Omar Aktouf, "Taylor avait d’autres manies, dont celle de dormir en position assise, appuyé sur un empilement adéquat d’oreillers, afin d’éviter les cauchemars fréquents qu’il attribuait au fait de dormir allongé sur le dos".
Enfin, le Pr Aktouf indique que ce que l’on appelle "le système "scientifique de division du travail" de Taylor n’est en réalité que la projection de ses manies sur la façon d’organiser les ouvriers". Et de s’interroger: "Est-il rationnel d’attribuer l’aspect scientifique au système de production édifié par Taylor, bien qu’il répondait à des exigences d’augmentation du rendement financier dans des ateliers d’usines en se basant sur ses traits de caractère?".
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