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International

L’Iran multiplie les projets au Liban et renforce son influence via le Hezbollah

© AFP 2021 -Hossein Amir-Abdollahian et Hassan Nasrallah
Hossein Amir-Abdollahian et Hassan Nasrallah - Sputnik France, 1920, 08.10.2021
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En visite au Liban, le chef de la diplomatie iranienne a présenté plusieurs projets d’aide, notamment la reconstruction du port de Beyrouth. Le lien direct avec le Hezbollah permettrait à Téhéran de devenir un acteur incontournable au Levant.
Les liens entre l’Iran et le Liban ne sont plus à démontrer. En déplacement à Beyrouth, le ministre des Affaires étrangères iranien Hossein Amir-Abdollahian s’est longuement entretenu avec les officiels libanais. Se rendant au palais présidentiel de Baabda pour rencontrer le Président Michel Aoun, le chef de la diplomatie iranienne a affirmé que Téhéran "se tiendra toujours aux côtés du Liban pour briser le siège injuste auquel il est soumis". Il s’est également déplacé au palais d’Aïn el-Tiné pour discuter avec le chef du Parlement Nabih Berri. Les deux hommes ont souligné que les problèmes régionaux devaient être résolus "par les responsables de la région eux-mêmes".
Au cours de cette tournée diplomatique au pays du Cèdre, le responsable iranien n’est pas venu les mains vides. Il a déclaré que "les compagnies iraniennes sont prêtes à construire en 18 mois deux centrales pour la production de courant électrique d’une puissance de 1000 MW à Beyrouth et dans le sud". Ces entreprises sont "aussi disposées à contribuer, par leur expertise, à la reconstruction du port de Beyrouth si le Liban le demande".

L’Iran, "monsieur pétrole" du Liban

Alors que la France peine à imposer une sortie de crise au pays et que les États du Golfe boudent économiquement le Liban, Téhéran y apparaîtrait plus que jamais comme un acteur incontournable. "Le débat est de savoir où se trouve l’équilibre avec Washington", estime Didier Leroy, chercheur à l'Institut Royal Supérieur de Défense et assistant à l'Université libre de Bruxelles (ULB).
"Ces propositions sont à prendre avec des pincettes. Il faut que tout ce qui se dessine satisfasse tout le monde, aussi bien à Moscou qu’à Washington et qu’à Tel-Aviv. Laisser entrer l’Iran avec du pétrole est une chose qui peut être perçue comme une bonne volonté de la part des États-Unis qui espèrent beaucoup sur le dossier du nucléaire. Mais il serait impensable de croire que l’administration américaine laisse les Iraniens prendre de telles initiatives", souligne-t-il au micro de Sputnik.
L’Iran est déjà un peu "le monsieur pétrole dans la crise libanaise", ajoute-t-il. En effet, pour parer aux pénuries de carburants, Téhéran, par l’intermédiaire d’hommes d’affaires proches du Hezbollah, achemine du fuel. Le 6 octobre, le troisième tanker iranien est arrivé au port de Banyas en Syrie d’où le mazout doit être transféré au Liban. Ainsi, par cette action plus que symbolique, le pays des mollahs montrerait un réel intérêt pour le pays du Cèdre. "C’est une obsession iranienne que de projeter son influence vers la Méditerranée", avance le chercheur.

Le grand frère du Hezbollah

La relation privilégiée avec le Hezbollah pourrait y contribuer. Car le parti chiite est "la seule véritable success story dans le cadre de l’exportation des thèses révolutionnaires après la révolution de 1979". À ce propos, lors de sa venue, le ministre des Affaires étrangères iranien s’est entretenu avec le secrétaire du Hezbollah lui-même. Hassan Nasrallah a tenu à remercier l’Iran en affirmant qu’il "a prouvé qu’il est un allié sincère qui ne laisse pas tomber ses amis, quelles que soient les circonstances difficiles". Tête de pont de l’influence iranienne au Levant, le puissant parti chiite libanais bénéficie d’une aide constante de la part de son parrain iranien. Selon les dernières données du Pentagone, celle-ci est estimée à 700 millions de dollars annuels. Or "ce sont des chiffres sur lesquels on n’a aucun contrôle", affirme le géopolitologue.
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La milice libanaise représenterait "une assurance vie" pour Téhéran afin de maintenir "l’équilibre de la dissuasion", analyse Didier Leroy. En effet, l’Iran serait devenu le champion de la guerre asymétrique contre les États-Unis, Israël et les États du Golfe. Depuis quatre décennies, le pays s’est constitué un maillage d’alliances à travers le phénomène milicien des Houthis au Yémen en passant par les Hachd al-Chaabi (unités de mobilisation populaire) en Irak.
Mais, à en croire notre interlocuteur, c’est vraiment avec le Hezbollah que l’interconnexion est la plus complète:
"C’est dans le contexte libanais que les graines ont produit un levier d’influence. La relation hiérarchique est on ne peut plus claire."
Hassan Nasrallah a été nommé dans les années 1990 secrétaire général du Hezbollah par le conseil des Sages du parti et par Ali Khamenei, guide suprême iranien. Ce qui revient à dire qu’il est le responsable absolu du guide en territoire libanais, indique Didier Leroy.
Mais cette imbrication ne s’arrête pas là. Le Hezbollah dispose d’un réseau associatif qui lui permet de pallier les déficiences de l’État libanais, "un modèle copié sur les établissements iraniens", rappelle le chercheur. La Fondation du martyr (mu’assasat al-chahîd) et la Fondation pour le blessé (mu’assasat al-jarîh) sont créées dès 1982 pour soutenir les familles des victimes de la guerre contre Israël. Il y a également la Fondation pour le "bon prêt" (mu’assasat al-qard al-hasan) qui distribue des microcrédits sans intérêt mais aussi l’aide à la reconstruction (Jihâd al-binâ) pour ne citer qu’elles. Toutes sont financées majoritairement par l’impôt religieux (zakat) et par des donations en provenance d’Iran.

Au Liban, le Hezbollah ne fait pas consensus

Mais cette entraide entre l’Iran et le Hezbollah attise aussi les critiques. Les détracteurs du mouvement jugent le parti chiite comme "un État dans l’État" au service d’une puissance étrangère. "Sa cote de popularité est fluctuante en fonction de la conjoncture: en 2006, le mouvement était au paroxysme de sa gloire après la guerre contre Israël. Mais depuis 2013, son intervention en Syrie contre des musulmans sunnites a entaché son image", résume le géopolitologue. La veille de la visite du chef de la diplomatie iranienne, plusieurs dizaines de Libanais sont descendus dans les rues de Beyrouth pour manifester contre l’Iran. Sur les pancartes, on pouvait lire "Non à l’occupation iranienne" et "Iran dehors".
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Depuis octobre 2019 et le début du mouvement contestataire au Liban, le Hezbollah cristallise les accusations de l’opposition. Il est perçu comme étant le principal responsable du blocage pour mettre en place des réformes structurelles. Plusieurs événements ont par ailleurs renforcé la marginalisation du parti chiite face aux autres communautés. Enfin, l’influent patriarche maronite Bechara al-Raï a notamment rappelé dans un contexte de tension avec Tel-Aviv que le Liban devait être neutre et que seul l’État libanais, et non le parti chiite, pouvait décider oui ou non d’entrer en guerre. Bref, tout laissait croire que le Hezbollah était sur la sellette.
"Sur le plan interne, le Hezbollah est la question la plus polarisante. La moitié de la population est inféodée au mouvement tandis que l’autre le déteste jusqu’au bout des ongles", estime le chercheur.
Mais le Hezbollah ferait preuve d’intelligence politique. Malgré les reproches, le parti fournit du fuel à toutes les communautés et principalement dans les zones défavorisées. Même pendant l’épidémie de coronavirus, le mouvement chiite a mobilisé plusieurs milliers de partisans pour distribuer des colis alimentaires dans les quartiers les plus pauvres du pays.
Il offre également une aide alimentaire à travers ses cartes Al-Sajjad, qui permettent à ses bénéficiaires de profiter de subventions à hauteur de 50% sur des produits de première nécessité dans les supermarchés de la chaîne Al-Nour.
"Le Hezbollah est quand même parvenu à encaisser les critiques croissantes et a toujours une longueur d’avance sur ces détracteurs", admet Didier Leroy.
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