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International

Entre les pays du Golfe et l’Iran: le jeu d’équilibriste de Bachar el-Assad

© REUTERSBachar el-Assad
Bachar el-Assad - Sputnik France, 1920, 15.11.2021
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Les monarchies du Golfe multiplient les avances vers Damas. Le chef de la diplomatie émiratie s’est rendu en Syrie. Cette réhabilitation arabe de Bachar el-Assad s’expliquerait par la volonté de contrecarrer l’influence iranienne sur le terrain.
Rien n’y a fait. Malgré l’appel qatari de stopper le processus de réhabilitation de la Syrie, les Arabes ne reculent plus sur le chemin de Damas. Après la visite d’une délégation ministérielle libanaise et la rencontre d’officiels jordaniens, c’est au tour des Émirats arabes unis de se rendre dans la capitale syrienne. Le cheikh Abdallah ben Zayed Al Nahyane, le puissant chef de la diplomatie émiratie, a rencontré Bachar el-Assad afin de parler "des relations entre les deux pays frères et des moyens de les développer". Il a également souligné les intentions de son pays: "Renforcer la sécurité, la stabilité et l'unité de la Syrie."
Cette visite n’est en aucun cas "contingente", estime David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS): "C’est l’expression publique d’une dynamique qui est lancée depuis plusieurs mois, si ce n’est depuis plusieurs années." Ce déplacement s’inscrit dans la durée, puisque Abou Dhabi a rouvert son ambassade de Damas en décembre 2018. Mohamed Ben Zayed, homme fort des Émirats, entretient de bonnes relations avec son homologue syrien. Il n’a pas hésité à le soutenir dans son offensive contre le dernier bastion djihadiste d’Idlib en 2020. Les deux hommes se sont appelés en octobre dernier pour développer les relations commerciales entre les deux pays.

De futurs investissements émiratis en Syrie

Ce rapprochement officiel viserait à tourner définitivement la page de la guerre civile et à normaliser les relations avec le gouvernement syrien.
"Il y a une forme de normalisation implicite avec Damas et les Émirats jouent le rôle de précurseurs. Ils savent que Bachar a gagné la guerre et que maintenant se pose le problème de la reconstruction du pays. Un vaste chantier que sont dans l’incapacité de financer les alliés de la Syrie", explique le géopolitologue.
Et ça tombe bien: les Émirats arabes unis sont prêts à investir en Syrie. Abou Dhabi représente déjà 14% du commerce extérieur syrien. Au cours de son déplacement, le chef de la diplomatie émiratie a signé avec le gouvernement syrien un accord prévoyant la construction d'une centrale photovoltaïque dans les environs de Damas. Une aubaine pour le pays dont le secteur de l’énergie a été dévasté. En effet, en raison du manque de fioul et de gaz, le courant est plus que jamais rationné. Jusqu’à 20 heures de coupure par jour!
Mais, derrière les affaires qui reprennent, "c’est surtout le message politique qui est important", indique David Rigoulet-Roze. En effet, les Émirats arabes unis souhaitent "réinvestir l’arabité de la Syrie".
Un retour que l’Égypte a voulu annoncer… et orienter. Le ministre des Affaires étrangères égyptien, Sameh Choukri, avait réaffirmé son souhait de revoir la Syrie dans la Ligue arabe. Le pays étant suspendu de l’organisation depuis novembre 2011. "Viendra un jour où la Syrie réintégrera le giron arabe. Mais cela dépendra des politiques qu'adoptera le gouvernement syrien", a-t-il ainsi affirmé . En marge de la session onusienne de septembre dernier, le chef de la diplomatie égyptienne avait rencontré son homologue syrien. Une première en dix ans.
"Il y a un militantisme de la part de l’Égypte sur le dossier syrien. Par l’intermédiaire du chef des renseignements, Abbas Kamel, le Caire pilote de manière discrète mais résolue ce rapprochement entre les pays du Golfe et Damas afin de favoriser la réintégration de la Syrie dans la ligue arabe", souligne le chercheur.
Le 9 novembre, Le Caire a servi de théâtre une entrevue entre le chef des renseignements saoudien, Khalid al-Humaïdan, et l’un des chefs de la direction générale du renseignement syrien, Husam Muhammad Louka. "Cette rencontre n’est en rien anodine et ce n’est pas la première", précise David Rigoulet-Roze. En effet, une délégation saoudienne dirigée par le lieutenant général Khaled el-Humaïdan, s’était rendue à Damas le 3 mai dernier pour rencontrer le Président Bachar el-Assad, "Ali Mamluk [chef des renseignements syriens, ndlr] s’était également rendu à Riyad en septembre 2015 et février 2018",ajoute notre intervenant.

L’Iran: "un allié très encombrant" pour la Syrie?

Reste que cet intérêt croissant pour la Syrie s’explique aussi par une rivalité régionale:
"Les pays du Golfe réinvestissent l’arabité de la Syrie pour tenter de diminuer l’influence iranienne sur le terrain", résume le géopolitologue.
En effet, les pétromonarchies verraient d’un mauvais œil l’implantation durable des milices iraniennes sur le territoire syrien. Téhéran a concouru à la reprise par les forces syriennes de villes stratégiques à la frontière libanaise, dans les faubourgs de Damas, à Alep ou encore à Homs. Mais les Iraniens tirent aussi des contreparties de leurs efforts militaires. Ainsi ont-ils obtenu l’exploitation des mines de phosphate de’Al-Charqiya et Khunayfis. Ils ont également construit plusieurs centrales électriques à Banyas et à Alep et gèrent le port de Lattaquié depuis 2019.
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La position du Président syrien est donc plutôt délicate…
"Bachar est sur une ligne de crête, il a une dette envers l’Iran. Au sol, ce sont les milices iraniennes qui l’ont sauvé, il est débiteur. Mais il veut montrer qu’il n’a pas les pieds et les poings liés avec Téhéran et que les Iraniens doivent revoir les modalités de leur présence en Syrie", souligne-t-il.
Ce réajustement se ferait déjà sentir sur le terrain. Non contentes d’avoir relocalisé leur principale base d’opérations à Deir ez-Zor vers l’est du pays, les forces iraniennes ont récemment quitté l’aéroport de Damas pour se concentrer vers Homs. Fait encore plus marquant, Bachar el-Assad aurait fait expulser du pays le commandant local de la Force al-Qods des Gardiens de la révolution iraniens, le général Mustafa Javed Jafari, en raison "de son suractivisme à la frontière israélienne", qui provoque des raids réguliers de Tsahal en Syrie. "L’Iran est un allié très encombrant. L’agenda iranien ne coïncide pas vraiment avec les volontés de normalisation de Damas avec les pays “frères” arabes", fait remarquer David Rigoulet-Roze.
"Bachar est donc dans un jeu d’équilibriste géopolitique compliqué", conclut-il. Réussira-t-il, comme son père, Hafez el-Assad, à nouer des relations cordiales aussi bien avec les Iraniens qu’avec les monarchies du Golfe?
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